‹ La synthèse en histoireChapitre 16 sur 224 · LA STÎJTHÈSE D.\:!<S LES OEUVRES D ÉRUDITION · texte numérisé non relu

LA STÎJTHÈSE D.\:!<S LES OEUVRES D ÉRUDITION

A la vérité, il est indispensable que ces résultats puisés dans les travaux antérieurs, ou bien aient déjà passé au crible de la critique, ou soient contrôlés avec soin par Fauteur de la synthèse. Les synthèses bien faites tendent donc, sur des points déterminés, à étabUr du définitif, à éviter le recommencement du travail. Et pourtant, on déclare, de toute synthèse, qu'elle est provisoire. C'est que toute synthèse — €t d'autant plus qu'elle est mieux faite — laisse apparaître les lacunes de la connaissance, évalue les degrés de certitude, appelle une synthèse ultérieure qui, sans l'infirmer, la complétera. Et ainsi toute synthèse bien faite aide à aller plus loin, est à la fois un aboutissant et une étape, un inventaire et un programme.

Cette façon de concevoir « les synthèses >; répond à un certain état d'esprit qui s'est manifesté avec beaucoup de netteté et d'énergie dans ces derniers temps. Il y a, de plus en plus sensible, une préoccupation synthétique qui tend à éviter que le travail historique recommence constamment, à obtenir que ce travail avance régulièrement, à réaliser la subordination des efforts individuels à l'œuvre collective, anonyme ; bref, à organiser, en ce qui concerne les faits humains du passé, la même solidarité dans la recherche expérimentale qui s'est imposée pour les phénomènes de la nature.

Renan, dans ses réflexions de i848, tout en voyant la nécessité du travail monographique, en allant jusqu'à souhaiter que « chaque pavé eût son histoire », déplorait 1' « immense déperdition des forces humaines ». « Le grand obstacle qui arrête les progrès des études philologiques me semble être cette dispersion du travail et cet isolement des recherches spéciales, qui fait que les travaux du philologue n'existent guère que pour lui seul et pour un petit nombre d'amis qui

LX SYNTHESE ERUDITE

s'occupent du même sujet Une vie suftirait à peine pour

épuiser ce qui serait à consulter sur tel point spécial d'une science qui n'est elle même que la moindre partie d'une science plus étendue. Les mêmes recherches se recommencent sans cesse, les monographies s'accumulent à un tel point que leur nombre même les annule et les rend presque inutiles. Il viendra, ce me semble, un âge où les études philologiques se recueilleront de tous ces travaux épars, et où, les résultats étant acquis, les monographies devenues inutiles ne seront conservées que comme souvenirs. Quand l'édiQce est achevé, il n'y a pas d'inconvénient à enlever l'échafaudage qui fut nécessaire à sa construction. Ainsi le pratiquent les sciences physiques. Les travaux approuvés par l'autorité compétente y sont faits une fois pour toutes et adoptés de confiance — C'est ainsi que... le vaste ensemble des sciences de la nature s'est fait pièce à pièce et avec une admirable solidarité de la part de tous les travailleurs. La délicatesse beaucoup plus grande des sciences philologiques ne permettrait pas sans doute l'emploi rigoureux d'une telle méthode. J'imagine néanmoins qu'on ne sortira de ce labyrinthe du travail individuel et isolé que par une grande organisation scientifique, où tout sera fait sans épargne ni déperdition de forces, et avec un caractère tellement définitif qu'on puisse accepter de confiance les résultats obtenus Le véritable défaut, c'est le

manque d'organisation et de contrôle — Il est triste de songer que les trois quarts des choses de détail que l'on cherche sont déjà trouvées, tandis que tant d'autres mines où l'on découvrirait des trésors restent sans ouvriers, par suite de la mauvaise direction du travail Qu'on y réfléchisse, on verra

qu'il est absolument nécessaire de supposer dans l'avenir une grande réforme du travail scientifique'. »

Aujourd'hui, d'incontestables progrès ont été réalisés. L'élaboration définitive d'une méthode rationnelle a été ac-

I. L'Avenir de la science, Pensées de i848, pp. 122, 282, 348-2^9.

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