Voir Estetica, p
transformer en concept ce qui nous intéresse à titre d^intaition ' M .
En Angleterre et en France, l'histoire-art a été mise en pratique beaucoup plus qu'en formules . On y trouve, en abondance, des œuvres qui sont un alliage de savoir plus ou moins solide et de création esthétique, — et oii se manifeste même la survivance des préoccupations littéraires. Aujourd'hui encore, l'Angleterre est loin d'avoir complètement accepté la « méthode scientifique et objective ». Au Congrès international des sciences historiques de Rome (avril 1908), James Bryce, l'illustre historien anglais, critiquait assez vivement l'organisation des études historiques dans son pays : « En Angleterre, pas d'Ecole des Chartes, pas de séminaires historiques, pas de spécialisation mais un enseignement général qui touche à la littérature. L'enseignement de l'histoire est fondé
I. Art. cité, p. 263. — Lois ou concepts historiques, cela implique contradiction comme quantité qualitative ou monisme pluraliste (voir Estetica, p. ^2). Quel historien espère arriver à des formules comme celles de la chimie: la chate de l'empire romain = x- -\- y^ -\- z^ ou la Réforme germanique ^=: a^ H- 32 | /fi p ÇQontro la storiogrnfia formulislica, in Critica, 1905, III, pp. 25o-a52). Les sciences dites positives ne sont, d'ailleurs, que de pseudo-sciences, fondées sur de pseudo-concepts, — des concepts représentatifs, qui ont leur utilité pratique, mais qui ne sont ni représentables ni pensables (voir Lineamenli di una Logica. chap. v). La science suprême, intégrale, serait réalisée dans une Histoire qui unirait indissolublement la philosophie et l'art, la théorie et l'intuition, l'idée et le fait. Il y a dans le système de Groce une grande part de vérité, présentée, selon nous, de façon trop constructive et sous une forme volontiers paradoxale. Dans l'art, cité de la Rev. de Synth, hist., on trouvera le nom de théoriciens qui se rangent, en Italie, à des conceptions semblables ou contraires. — Villari, dans son travail intitulé L'histoire est-elle une science? que L.-G. Pélissier a traduit pour la Rev. de Synth, hist. (oct. 1901, fév., avril 1902), fait également une place à l'art. Il y a trois éléments dans l'histoire : le fait, la représentation du fait, les lois. La représentation du fait exige un « travail, pour une part non médiocre, littéraire, pour lequel l'œuvre de l'imagination est continuellement requise, non pour l'altérer, mais pour le faire revivre devant nous dans la forme qu'il eut réellement » (i"^"" art., p. iAq)- L'étude de Villari, intéressante par les idées qu'elle remue, est, d'ailleurs, flottante dans ses conclusions.
REPRÉSE>TA>TS DE l'i>'TLIT10TSNISME 1^3'
sur réludede l'antiquité et sur un sentiment très vif de la vie contemporaine. L'histoire est donc considérée comme une branche de la littérature générale; aussi l'écrit-on d'une manière littéraire et même dramatique. C'est l'école des Hallam, des Macaulav, des Carlyle, des Diike. Les historiens anglais sont des autodidactes qui possèdent un sens littéraire très fin et un sentiment très profond de l'actualité. Mais aujourd'hui, cette conception ancienne tend à changer, et l'Angleterre, à l'exemple de l'Allemagne et de la France, commence à pratiquer la méthode scientifique '. »
Un historien qui, s'il n'est pas d'origine anglaise, enseigne et écrit en Angleterre, avec succès, Emil Reich, a formulé la théorie de ce « sentiment vif de la vie » dont parle J. Bryce. S'il ne va pas jusqu'à condamner l'érudition, tout au moins condamne-t-il l'iiistoire des purs érudits, ce qu'il appelle l'histoire « livresque » par opposition à l'histoire psychologique'. Aux ouvrages « scientifiques », aux histoires « documentées », il ne manque qu'une chose, la réalité, le wie es denn eujentlich (jeschehen istde Ranke. E. Reich raille avec verve etâpretéle pédantisme des théoriciens et méthodologistes allemands et les excès de la spécialisation, i- Etre spécialiste, c'est n'être pas humain. Tous les animaux sont des spécialistes. Un chat n"a besoin que d'une chose ou de deux toute sa vie durant ; le chameau de même. La puissance et la gloire de l'homme est d'être plus qu'un spécialiste. Les spécialistes qui se vantent de leur attachement aux « faits» négligent et ignorent en réalité les faits les plus importants: les faits psychologiques'. » C'est pardes « motifs humains », c'est pardes motifs permanents, quepeu-
I . La question de V enseignement de l'histoire au Congrès de Rome, d'aprcs M. Ph. Sagnac, in Reo. de Synth, hist., août igoS, t. VII, p. 99. Cf., sur la nécessité d'une métliode scientifique. P. Mantoux, Une leçon inaugurale sur la science de l'histoire à Cambridge {par 3 .-B. Burj), ibid.. déc. igoS, t. VU, p. 379.
3. Historiens psychologues et historiens livresques, in Rev. de Synth, hisl., déc. 1904, t. IX, pp. 253-268.