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vent être expliqués événements et institutions. Il faut donc « augmenter notre pouvoir d'idéation », c'est-à-dire nous procurer une large expérience psychologique : les voyages, la connaissance des langues étrangères, le contact direct avec la bigarrure des types humains, des « impressions sensorielles variées et intenses », « l'étude des institutions vivantes dans toute leur réalité palpitante », voilà ce qui est propre, par-dessus tout, à créer l'historien. Et ce qui, par excellence, est de l'histoire, ce sont de larges tableaux qu'inspire le sens de la vie'.
Dans une certaine mesure, l'œuvre de Michelet répond à l'idée que E. Reich se fait de l'histoire. Elle est vivante, et à l'intuition psychologique elle joint même l'intuition pittoresque du passé. Avec Augustin Thierry et Michelet nous avons eu les représentants les plus caractéristiques et les plus admirables de l'histoire évocatrice. La curiosité du passé, le goût de la couleur locale, dans le romantisme, ont précédé et préparé la connaissance exacte du passé fondée sur l'érudition. Thierry et Michelet sont des poètes, au sens profond du mot. Ils sont des poètes: et c'est pour cela qu'ils ont à la fois créé et faussé l'histoire. On sait ce que doit Augustin Thierry à Chateaubriand et à Walter Scott : il a parlé de cette « faculté de lire par intuition », de « l'espèce d'extase » où il s'absorbait dans le travail, des « apparitions évoquées en lui » par la lecture^. Et on sait ce qu'entendait Michelet par la « résurrection de la vie intégrale, non pas
1. « L'histoire de l'antiquité ne doit pas nous apparaître comme un défilé d'ombres chinoises, mais comme un drame dont les personnages sont des hommes en chair et en os. Aussi rien n'est plus funeste aux études philologiques que l'air renfermé du cabinet de travail oîi se cloître le spécialiste, et rien ne leur est plus salutaire que la vue étendue des choses humaines. Un bon philologue doit pouvoir dire avec le poète ancien : « Rien de ce qui e»t humain ne m'est étranger. » C'est un historien allemand qui fait ces réflexions. Gurtius (^Alterthum and Wissejischaft. t. I; cité par A. Bossert, Essais sur la litt. allemande (1906), p. a46).