L INTUITION ET 1,\ VIE
mise à l'épreuve des sciences historiques, nous recevons celle idée, « que la nature et que Tliumanité, qui est de la nature, ont des ressources infinies, et pour le bien, et pour le mal, et pour des infinités d'au delà qui ne sont peut-être ni du bien ni du mal, étant autres, et nouvelles, et encore inconnues;... cette idée que nos forces de connaissance ne sont rien auprès de nos forces de vie et de nos ressources ignorées, nos forces de connaissance étant d'ailleurs nous, et nos forces de vie au contraire étant plus que nous' — » Mais personne, de ce point de vue, n'a émis des considérations plus ingénieuses que Metzsche. Il a consacré tout un opuscule à l'examen de l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie-.
Dans la mesure oii l'histoire peut servir à la vie, Nietzsche veut bien la justifier, — mais dans cette mesure seulement. Il faut lui demander des leçons de grandeur, des objets de vénération, des motifs de révolte ^ Elle est surtout utile à la personnalité forte, et elle doit être faite par « les cerveaux les plus rares ». « Transformée en œuvre d'art », elle peut « conserver des instincts et peut-être même éveiller des instincts* ». Mais « il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation" ». La Grèce antique nous offre l'exemple « d'une culture essentiellement anti-historique, dune culture, malgré cela, ou plutôt à cause de cela, indiciblement riche et féconde*' ». Aujourd'hui, « on se glorifie de ce que la science commence à régner sur la vie » . Il est possible que