‹ La synthèse en histoireChapitre 157 sur 224 · Ibid., p. 3i · texte numérisé non relu

Ibid., p. 3i

l'on finisse par en arriver là, mais il est certain qu'une vie ainsi régentée ne vaut pas grand chose, parce qu'elle est beaucoup moins « vie », et porte en germe moins de vie à venir que la vie de jadis, régie non par le savoir, mais par l'instinct et par de puissantes illusions '. Et Nietzsche se livre, contre l'histoire comme pure science, à un réquisitoire d'une éloquence véhémente. Tout ce qui vit a besoin de s'entourer d'illusions protectrices, de mystère : notre époque est sursaturée de science et en particulier d'histoire ; « elle souffre de la maladie historique. L'excès des études historiques a affaibli la force plastique de la vie, en sorte que celle-ci ne sait plus se servir du passé comme d'une nourriture substantielle. Le mal est terrible » ; mais la jeunesse, avec l'instinct curatif de la nature, devine comment peut être reconquis le paradis de la santé : contre la maladie historique elle connaît les baumes et les médicaments, — qui sont le non-historique, ou le pouvoir d'oublier et de s'enfermer dans un horizon limité, et le supra-historique, ou les puissances éternisantes de l'art et de la religion"'.

Il s'est produit dans ces dernières années un mouvement curieux — dont Nietzsche a été un des annonciateurs^ — et qui, d'une façon générale, tend à opposer au conceptïintmlion, le sentiment, la donnée immédiate, la vie. L'idée de vérité objective, conforme à un ordre de choses statique, est une pseudo-idée : la vérité est notre œuvre et se prouve par ses conséquences. Ne prétendons plus atteindre le réel par la pensée claire, la logique abstraite : le mot d'ordre est de

Page 1