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L AVENIR ET LES MODES DIVERS DE L HISTOIRE

roman historique disparut presque à l'époque où l'histoire se transforma sous Finfluence d'Augustin Thierry, — de celui qui regardait \A alter Scott comme « le plus grand maître qu'il y ait eu en lait de divination historique' ». Maintenant que la plupart des historiens conçoivent tout autrement leur tâche, les \\ aller Scott peuvent renaître ; et il semble bien qu'un mouvement, depuis quelques années, se soit dessiné dans le sens du roman historique.

D'autre part, on ne saurait nier que Thistoire réponde à des besoins profonds et immédiats, — distincts et de la curiosité esthétique et de la curiosité proprement scientifique. Elle satisfait, à Torigine, une sorte d'instinct vital, qui est commun aux peuples et aux individus et qui tend, pour ainsi dire, à enraciner et à perpétuer leur être moral. Il n'est guère d'homme qui ne se plaise à remonter dans les annales de sa famille, qui ne se préoccupe d'assurer à sa mémoire des survivances plus ou moins lointaines. La piété à l'égard des ancêtres, le désir de la gloire, toutes sortes de sentiments se rattachent en partie à ce besoin profond d'où naît l'histoire. Et l'homme éprouve un autre besoin du même genre, celui de relier son coin de terre à l'étendue qui l'environne; de là, pour l'espace, quelque chose d'analogue à ce qu'est l'histoire pour le temps: ce sont les récits de voyages. Il n'est pas nécessaire qu'ils soient écrits par un artiste pour trouver des lecteurs avides d'échapper à l'étroit horizon de leur vie. — Mais la lecture des voyages a son utilité pratique : elle aide à voyager; et de même l'étude du passé a des avantages franchement utilitaires : elle aide à vivre. On ne s'y reconnaîtrait pas dans l'existence, on ne comprendrait rien

I. L'histoire est-elle une science? in Rev. de Synth, hist.. oct. 1901, t. III, pp. i36-i38. — De i8i5 à i83o, l'histoire « a été pour tous, ceux qui l'écrivaient, ceux qui la lisaient, une manière de vivre plus complètement, plus bruyamment, de vivre beaucoup d'autres vies ». G. Jullian, art. cit. sur Aug. Thierry..., in Rev. de Synth, hist., oct. 1906, t. XIII, p. t36.

y56 CONCLUSION

aux événements, à plus forte raison on serait incapable d'y jouer un rôle utile, d'y prendre une part dirigeante, si l'onne savait relier et comparer le présent au passé. Ce n'est que par l'histoire qu'on est vraiment l'homme de sa génération, le citoyen de son pays, un membre de l'humanité.

Or, cette description du passé, cette reconstitution empirique de la réalité évanouie, qui est nécessaire tant que la science n'est pas faite, il semble bien qu'une fois la science définitivement constituée, elle ne sera pas devenue inutile. De même que la description de la terre gardera toujours son intérêt en face de la géographie scientifique, il y a lieu de maintenir ce mode de l'histoire, traditionaliste et éducatif, qui est fondé sur un instinct profond de la nature humaine et sur des nécessités pratiques'.

Le terme, assez vague, d'histoire générale est parfois employé dans le sens d'étude philosophique, synthétique, qui traite les problèmes généraux de l'histoire ; mais souvent aussi on entend par ce mot une étude compréhensive de la vie des peuples, et surtout « l'histoire des peuples entrés dans la civilisation occidentale' ». Ce second sens est préférable ; et c'est dans ce sens-là qu'on enseigne l'histoire générale aux degrés primaire et secondaire des études. Si et dans quelle mesure cette histoire générale doit être enseignée encore à l'Université, c'est un problème qui a été agité^, mais que nous n'avons pas à traiter ici : il semble bien, cependant, que l'histoire empirique soit la base même du travail scientifique en histoire, comme la connaissance concrète

I . C'est cette histoire que préconise M. Seignobos. « L'histoire a surtout une valeur pédagogique » ; « si on lui demande de trouver des formules générales en dégageant les successions constantes de phénomènes, l'histoire perd à peu près toute sa valeur éducative, elle ne vaut plus la peine d'être faite ». Bull, de la Soc. fr. de Phil., juillet 1907, p. 273. Cf. L'Histoire dans Vens. sec. Introduction du cours Seignobos, 1906.

3. Seignobos, La méth. hist. appliquée aux sciences soc. (igoi), p. 160.

3. Voir, sur l'ens. sup. de l'histoire, l'enquête de la Rev. de Synth, hist., 1904-1905. Cf. F. Lot, De la situation faite à l'ens. sup. en France- (^Cahiers de la Quinzaine, 1906), ciiap. VIL

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