LA SYNTHÈSE DANS L ORGANISATION DU TRAVAIL Q
compagnée d'un commencement d'organisation rationnelle qui renforce l'efficacité de cette méthode. Personne n'a mieux que Ch.-V. Langlois, avec plus de sûreté et de clarté, établi le bilan des progrès accomplis'. — Intervention des gouvernements, de l'autorité publique, pour l'accroissement et l'amélioration des dépôts de livres, de manuscrits, d'archives, de richesses d'art, pour l'extension des Universités et Hautes Ecoles, pour la création de comités et de missions scientifiques ; activité des Académies et des Sociétés savantes ; périodicité des congrès nationaux et internationaux, et essais d'associations internationales : voilà pour les institutions. Elles sont complétées, d'ailleurs, par un grand nombre d'initiatives privées et de collaborations spontanées. Et voici les résultats capitaux : multiplication des instruments bibliographiques et des bibliographies de bibliographies, des collections de textes, de matériaux de toutes sortes, et des guides analytiques et descriptifs pour l'emploi de ces collections, développement de la presse scientifique. Bref, le fait dominant, c'est le perfectionnement de l'outillage. Elfet d'une solidarité accrue et agent d'une coopération systématique, il rend désormais le travail individuel plus facile et plus utile'.
1. \oir le Manuel de Bibliographie historique (rgoi-190/i) (notamment la 2"-' partie: Histoire et organisation des études historiques^, qui ne laisse pas de contribuer à ces progrès, et les Questions d'histoire et d'enseignement (1902). — Voir aussi Ch. et V. Mortet, art. cité, notamment p. 187 ; G. Desdevises du Dezert et L. Bréhier, Le travail historique (1907). Cf., pour l'organisation du travail relatif à l'histoire moderne en I*'rance, l'excellent opuscule de P. Caron et Ph. Sagnac, L'état actuel des études d'histoire moderne en France (1902), et, pour l'état des études relatives aux régions de la France, mon Introduction générale aux Régions de la France, en tète de la Gascogne, de Barrau-Dihigo (igoS).
2. Un exemple de l'ingéniosité qui se déploie dans ce sens. Aux Archives Nationales, chaque travailleur a un bulletin de recherches, ou une suite de bulletins portant un numéro unique où sont inscrites toutes ses demandes : « Ces bulletins (il y en a aujourd'hui plus de Sli 000) sont conservés ; une table sur fiches des travailleurs, ainsi qu'une table des recherches, sont tenues avec soin ; on peut de la sorte faire bénéficier les
10 LA SYNTHESE ERUDITE
Un des moyens de coopération dont la portée apparaît pleinement, et celui qui relève le plus des Revues scientifiques, c'est la critique des publications nouvelles et en particulier des synthèses provisoires. Il est de toute nécessité que cette critique soit impartiale, soit sévère, soit minutieuse. Il faudrait, à propos de chaque ouvrage nouveau, que les juges compétents précisassent, sans se récuser jamais, le degré de confiance qu'il doit inspirer, la part de vérité qu'il contient. En France et en Allemagne surtout, il y a des périodiques entièrement ou principalement consacrés à la critique. Lorsqu'une Revue n'est pas destinée à promouvoir telles études spéciales, ou encore à provoquer tel mouvement d'idées, à entretenir tel genre de préoccupations, à plus forte raison si elle a un contenu et une périodicité restreints, sa contribution en « articles » fait avancer bien peu la science historique. Aussi, rien n'est-il plus intéressant que de voir — tandis que se multiplient les publications purement critiques ou mi-bibliographiques mi-critiques — des Revues anciennes abandonner de plus en plus au livre, aux recueils de mémoires et de documents, les articles proprement dits, pour développer, par un sentiment très juste des nécessités présentes, leur activité critique. Il se produit donc un double effort, curieux à observer, de construction prudente et de critique vigilante, où tout est sans cesse remis en question pour finir, précisément, par ne plus pouvoir l'être.
Et il se produit depuis peu de temps un effort nouveau, en quelque sorte intensif, par lequel la critique n'est plus seulement un auxiliaire de la synthèse, mais tend à prendre elle-même un caractère synthétique. On peut concevoir et on a cherché à réaliser des études d'ensemble qui, — par opposition aux Chroniques, Bulletins, Berichte d'un grand nombre de Revues ou Répertoires critiques, — au lieu d'en-
chercheurs nouveaux des travaux anciens, ou leur éviter des publications qui feraient double emploi. » Voir Ch. Schmidt, Les sources de l'Histoire de France depuis i/8g aux Archives Nalionales (1907), p. i3, note i.