‹ La synthèse en histoireChapitre 18 sur 224 · LA SYNTHESE DA^JÎS L ORGANISATION DU TRAVAIL I I · texte numérisé non relu

LA SYNTHESE DA^JÎS L ORGANISATION DU TRAVAIL I I

rcgistrer simplement la production, inventorient le travail (ait pour montrer le travail à faire. Où en est-on dans tel ou tel domaine, pour telle ou telle période de l'histoire ? Quelle est la valeur des résultats obtenus ? Sont-ils épars ou déjà plus ou moins ramassés en synthèses provisoires? Y a-t-il quelque entente parmi les travailleurs? Comment pourraiton resserrer l'accord, et quelles lacunes importerait-il de combler au plus tôt pour que la synthèse commençât ou fît des progrès ?

Dans le second numéro de la Revue de Synthèse historique, un collaborateur commentait heureusement l'opportunité des « revues générales » qu'elle venait d'inaugurer, — « oii chacun de nous, disait-il, en pleine connaissance de cause, avec impartialité et d'une façon judicieuse, résumera... les travaux vraiment utiles et les accroissements réels de nos connaissances, dans son compartiment spécial ». Et il montrait comment chacune de ces revues, précieuse pour un groupe d'historiens, devait contribuer, en outre, à établir le contact entre les diverses équipes spéciales : « La complexité toujours croissante des études historiques et la surproduction des travaux de détails nous obligent, les uns et les autres, à nous cantonner toujours plus dans le domaine spécial que nous cultivons. Cependant les études historiques des divers temps et des divers milieux sont solidaires. Rien de plus funeste que de s'emprisonner dans sa petite propriété et d'ignorer le reste du monde. C'est la plus sûre manière de mal comprendre ce que l'on étudie avec une sollicitude si exclusive. Comment échapper à ces conditions contradictoires d'un travail fructueux ? En s'entr'aidant. Que chacun de nous apporte à ses confrères des domaines voisins des renseignements sobres, mais sûrs, sur l'état et les progrès de ses études spéciales et leur permette ainsi de se tenir au courant des travaux qu'ils n'ont pas le temps de lire eux-mêmes. Les princes et les ministres ont des secrétaires qui dépouillent pour eux les journaux et les Revues et qui

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condensent à leur usage, en quelques pages, tout ce qu'il est utile pour eux de savoir des nouvelles du jour, des découvertes, de tout le train quotidien du monde. Soyons les secrétaires les uns des autres. Formons une véritable société de secours mutuels pour renseignements historiques'. »

Tel est l'esprit nouveau qui, désormais, anime l'érudition, la recherche historique à son premier degré. On arrivera de plus en plus à accroître l'efficacité du travail en développant dans ce domaine, comme dans les autres domaines scientifiques, la solidarité, en améliorant toujours l'outillage, en signalant, au lieu de les dissimuler, les lacunes de la connaissance, en dirigeant l'activité des travailleurs novices ou isolés, en rapprochant les unes des autres les diverses spécialités historiques, en obtenant une meilleure répartition des tâches individuelles dans le champ élargi de l'histoire". Il s'élaborera ainsi, sans à-coup, des résultats — dans la mesure du possible — définitifs, dont s'enrichira constamment la synthèse érudite. « Les historiens objectifs ne cherchent

1. Oclobre 1900, pp. 233-234- Ces lignes sont du regretté Jean Réville. Dans sa leçon d'ouverture au Collège de France, il a parlé aussi de la synthèse on termes excellents : voir Revue de l'Histoire des religions. mars-avril 1907, et Reu. de Synth, hist.. juin 1907, t. XIV, p. 862. — Les Réc/ions de la France que publie la Revue de Synthèse historique ont à peu près le même caractère que ses Revues générales. La Revue d'Histoire moderne et contemporaine a publié, dans son domaine et sur des sujets volontairement restreints, quelques études critiques conçues d'après le même plan. C'est un travail analogue que l'Etat actuel..., de P. Caron et Ph. Sagnac, surtout dans la seconde partie : L'état des travaux duns les diverses spécialités (pp. 3 1-88).

a. La Revue de Synthèse historique a souvent insisté sur ce qui reste à faire pour la bonne organisation du travail et le perfectionnement de l'outillage. Elle a mené une longue enquôte sur l'enseignement supérieur de l'histoire (1904-1905. Questionnaire et conclusions de Barrau-Dihigo) ; publié une série d'études sur l'organisation des archives, bibliothèques et musées (musées, L. Réau, 1909; bibliothèques, Y. Chapot, 1910; archives, P. Caron, en cours) ; des notes sur l'organisation du travail bibliograplùque et sur celle des Congrès internationaux (par exemple, H. B., avril 1906, t. XII, p. 2i3, avril 1908, t. XVI, p. 216).

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plus à élever tout de suite de vastes synthèses, suivant les fâcheuses habitudes de leurs aînés ; ils étudient les questions par séries, se résignent à faire des monographies plus ou moins importantes, point de départ de synthèses futures ; et quand ils donnent des synthèses partielles, ce n'est qu'après de nombreuses études de détail, et en faisant remarquer combien leur œuvre est provisoire ; les synthèses très générales ne sont faites qu'en collaboration'. »

I. P. Caron et Ph. Sagnac, op. cit., pp. 89-90. — Nous tenons à citer également les premières lignes de cet opuscule qui est tout entier inspiré par la préoccupation de la synthèse érudite : « L'organisation des études historiques en est encore à peu près partout à l'état d'enfance. Ce n'est que d'hier que date, en France notamment, l'histoire scientifique et objective. Aussi n'est-il pas étonnant que le travail ne soit pas conçu et organisé en histoire, comme il l'est dans les sciences physiques et naturelles par exemple. Spécialisation d'abord, puis synthèse, telle est la marche que suit l'élaboration de toute connaissance ; mais études spéciales et études synthétiques doivent concourir, se combiner, marcher en quelque sorte du même pas, être orientées dans certaines directions générales, pour que tels grands sujets ne soient pas traités à moitié, que tels autres ne soient pas étudiés plusieurs fois, et qu'il n'y ait pas de temps ni d'efforts dépensés en pure perte. Il faut donc que le travail devienne collectif, que les travailleurs, au lieu de produire isolément, se connaissent davantage, sachent à tout moment ce qui se fait à côté d'eux ou loin d'eux, qu'ils soient vraiment solidaires les uns des autres, non seulement dans chaque pays, mais dans le monde entier. 11 faut aussi que celte solidarité, cette collectivité des efforts se manifeste le plus possible par des collaborations. En France, depuis quelques années, un mouvement s'est produit dans ce sens, et le mémoire que nous rédigeons ici, à deux, aidés des renseignements de plusieurs de nos collègues et amis, est, en même temps qu'un exemple, une preuve nouvelle delà nécessité du travail collectif». (P. 5.)

Le groupe de bons historiens, dont P. Caron a été l'àme, qui a créé la Revue d'Histoire moderne et contemporaine (1899), le Répertoire méthodique de l'Hist. mod. et cont. de la France (à partir de 1898), la Société d'Histoire moderne, la Bibliotherjue d'Histoire moderne, bien que spécialisé dans le temps, a agi très largement sur le travail historique, à la fois par les exemples et par les conseils. Voir, dans la Revue de Synthèse historique (avril 190/i, t. VIII, pp. 24/i-35o), la note de P. Caron sur La Société d'histoire moderne ( igoi-igo4). « ..■ Contribuer à fixer la méthode dans ses principes ; en vulgariser l'emploi ; dresser le plan général de la vaste enquête à accomplir ; s'efforcer d'assurer une bonne direction au travail, de donner aux travailleurs le sentiment de la solidarité qui doit les unir, et de les amener à la pratiquer ; faciliter les recherches en faisant con-

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Dans ces synthèses, la préoccupation dominante, c'est la qualité des faits établis et rassemblés, bien plutôt que leur mode de groupement. On se sert, pour la construction, decadres empiriques ou artificiels sur la valeur desquels nous aurons plus tard à nous expliquer'. (( Il faut reconnaître, dit Ch.-V. Langlois, que les cadres dans lesquels les historiens rangent, consciemment ou en se conformant à l'usage, les données fournies par la critique ne sont pas tous irréprochables. L'étude théorique des cadres, c'est-à-dire des manières plus ou moins légitimes et fécondes de grouper et d'agencer les données, est une des parties capitales, et sans doute une des moins avancées de la méthodologie historique^ » : c'est que cette étude est liée à des problèmes qui dépassent l'érudition. En définitive, le mouvement actuel de synthèse érudite ne consiste essentiellement qu'à organiser le travail analytique et à en colliger les résultats.

naître la matière, manuscrite ou imprimée, sur laquelle elles doivent porter » : telle est la partie de sa tâche que s'est surtout préoccupée d'exécuter cette vivante cl laborieuse Société. Elle a publié en 1902 un rapport étendu sur l'organisation du travail en province (rapporteur, P. Caron). Elle avait projeté une « instruction destinée à faciliter les travaux d'histoire moderne en province, avec des conseils pratiques et l'indication de sujets à traiter », qui devait être imprimée et largement répandue. Dans une certaine mesure, les circulaires et instructions de la Commission de recherche et de publication des documents relatifs à la vie économique de la Révolution (iÇfo3 ; Bulletin, depuis 1906; secrétaire, P. Caron) en ont tenu lieu.

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