INCONVENIENTS DE L AJOURNEMENT STSTÉMATIQUE I
Au surplus, peut-on nier Texistence, la survivance obstinée d'un besoin de synthèse complète? — Ce besoin, dirat-on, est une sorte de fringale maladive : l'analyse est le travail normal, l'expression de la santé. Tous les trente ou quarante ans, l'humanité pensante s'abandonne à une folie passagère qu'elle prend pour une activité normale. — Si ce besoin se manifeste à intervalles réguliers, c'est sans doute qu'il est inhérent à notre nature. L'analyse et la synthèse sont logiquement inséparables. En fait, l'une ou l'autre domine. On généralise prématurément ou abusivement : de là des réactions d'analyse. On se perd dans l'analyse : de là des réactions de synthèse. Même prématurée ou abusive, — subjective, par conséquent, — la synthèse a un avantage : elle rappelle le savant à la conscience de son rôle. Une collection de faits n'a pas plus de valeur scientifique qu'une collection de timbres-poste ou de coquillages'.
On ne saurait trop y insister : en même temps que la synthèse érudite amasse les matériaux, assemble les faits, la synthèse scientifique doit tâcher à les unifier, doit les ramener à des principes explicatifs. Trop de gens prennent à la lettre ou exagèrent encore des formules comme la phrase fameuse de Fustel de Coulanges : « Pour un jour de synthèse, il faut des années d'analyse". » Personne, cependant, mieux que l'auteur de la Cité antique n a compris la nécessité de la synthèse : « ... Si l'excès de la généralisation est infiniment dangereux, est-ce une raison pour nous jeter dans l'excès contraire et pour repousser toute vue d'ensemble ? Je ne le crois pas. L'histoire se compose d'une multitude de petits faits ; mais le petit fait, à lui seul, n'est pas l'histoire. Elle procède par le détail, mais elle ne se borne pas au détail. Ériger en règle absolue qu'elle doit s'interdire la recherche des lois
1. ^ oir Rev. de Synlh. hist., n" i, août 1900, Sur notre programme,