‹ La synthèse en histoireChapitre 25 sur 224 · POSSIBILITÉ DE LA SYNTHESE · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ DE LA SYNTHESE

savoir acquis. La synthèse historique doit être la science, la science vraie et la science pleine. C'est bien ce qu'indique le mot de synthèse ; il implique qu'on commence par l'analyse, et il implique qu'on la dépasse'.

Comment procédera-t-on pour se tenir dans cet entre-deux qui est le domaine scientifique — entre l'analyse érudite et la spéculation a priori? Un grand progrès est accompli dans toute science, ou plutôt toute science se constitue du jour oii l'on a découvert comment les lois y doivent être cherchées. Il y a une certaine attitude de l'esprit qui seule permet la conception de la science ; il y a des principes généraux qui président à n'importe quel travail scientifique : mais c'est une vérité de mieux en mieux établie que chaque disciphne a ses procédés particuliers, qu'il est nécessaire, pour chacune, de trouver le biais par où elle peut être efficacement cultivée.

I . — Mais ici une question préalable se pose à nous. Nous savons que certains historiens remettent la synthèse à plus tard. Il y a des historiens et des théoriciens plus décisifs, pour qui la synthèse, telle que nous l'avons définie, est impossible, pour qui l'histoire consistera toujours et uniquement à recueillir les faits établis et à les enchaîner, sans dégager de lois. Parmi ceux-ci, il en est qui déclarent catégoriquement que l'histoire n'est pas une science, mais qu'elle est de la même famille que l'art'; il en est qui veulent que l'histoire fasse partie delà science, puisqu'elle comporte des « vérités prou-

i. Voir Rev. de Synth, hist., 1900, n° i, p. 7.

a. Il concetto délia storia nelle sue relazioni col concetto dell'arte (^2" éd., 1896); notamment pp. 89 et suiv., 97 et suiv. — Voir sur Croce, et en général sur les rapports de l'histoire et de l'art, notre Conclusion, pp. 234 et suiv.

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vées » mais qui définissent l'histoire de telle façon qu'elle n'a rien à voir avec le concept habituel de la science.

L'histoire, dit-on, c'est l'étude des hasards (Eduard Meyer), des phénomènes singuliers (Rickert), des faits (B. Croce, Adrien Naville), par opposition aux lois (Navilie), à V universel (liiciverl) ; ou encore, c'est l'étude des faits de succession par opposition âu\ faits de répétition (Xénopol). Bien ditïerente de la science systématique (Ed. Meyer), théorique ou de concepts (Croce), théoréniatique (Naville), nomothétique (VVindelband), naturelle (liickart), qui pose abstraitement des rapports nécessaires, par conséquent universels et permanents, l'histoire considère l'individuel en tant qu'individuel^ le nouveau — tel qu'il est donné dans la réalité empirique. Elle ne peut s'attacher qu'aux causes prochaines. Elle est, dans la mesure du possible, la recherche de la causalité concrète, de l'enchaînement causal, — mais non des lois et des concepts'.

Et, sans aucun doute, il y a quelque chose de légitime dans la préoccupation de ces penseurs, — qui tend à souligner, parmi les laits humains, une certaine particularité importante, à savoir, le changement ou, autrement dit, la marque du

1. u L'histoire est la science des choses particuUères et individuelles « Rickert, Les quatre modes de V « universel » en histoire, in Rev. de Sjntli. Iiist., avril 1901, t. II, p. 187. « Ce caractère qui constitue l'essence de l'histoire consiste en ce que le fait considéré ne se produit qu'une fois dans le courant des àgcs et ne se reproduit plus jamais » Xénopol, Les sciences naturelles et l'Instoire, in Reo. de Synth, hist., déc. 1902, t. IV, p. 287. A Xénopol, dont les idées ont été exposées d'abord dans les Principes fondamentaux de l'histoire (1899), et à Rickert s'oppose vigoureusement Lacombe. On trouvera dans les premiers numéros de la Rev. de Synth, hist. (i 37, 12 ; igoo-igoa) une suite d'articles théoriques et polémiques de ces trois penseurs. Les idées de M. Naville, précisées dans des articles ultérieurs (notamment /?eu. de Synth, hist., août 190^, t. IX, et Rev. Phil. , avril 1906), sont exposées dans sa Nouvelle classification des sciences {2'' éd., 1901). — Pour des détails sur les théoriciens allemands, nous renvoyons à la seconde partie de notre ouvrage. Nous ne citons ici que quelques opinions marquantes et tranchées : en parlant de l'Allemagne, nous ferons l'historique de ce débat sur la nature de l'histoire.

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