‹ La synthèse en histoireChapitre 3 sur 224 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

tendances actuelles'. Après avoir condamné les formes de l'histoire qui avaient la faveur du public, où celuici trouvait son plaisir et parfois son profit, les historiens (( scientifiques », dit-on, ne lui ont donné en échange que des documents, des faits, des monographies, qu'une singerie vaine de la science. Il est naturel que le public les accuse de stérilité, ou tout au moins se désintéresse de leur travail sans résultat et se jette sur des ouvrages que fabriquent, pour lui plaire, des fournisseurs avisés ; naturel que la jeunesse studieuse se détourne elle-même d'études mortes et rebutantes. — Si les adversaires déclarés de la science ou les « amateurs » frivoles de l'histoire étaient seuls à pousser cette attaque, il n'y aurait pas lieu de s'en occuper ; mais des esprits sérieux se mettent de la partie, et on exploite les aveux d'historiens scientifiques pour qui l'histoire ne « mène à rien ». Il y a donc actuellement une sorte de crise, où se traduit l'état inorganique des études historiques.

Je crois, pour ma part, que ce malaise — qui n'est pas spécial à la France, qui est plus ou moins sensible dans tous les pays de forte culture historique — provient de ce qu'un trop grand nombre d'historiens n'ont jamais réfléchi sur la nature de leur science. Ils établissent des faits parce que tel est leur goût et telle leur aptitude : ils n'ont pas plus réfléchi sur l'histoire que ces profanes qui demandent aux historiens de les distraire. On affirme que c'est parce que l'histoire esttrop

I. J'ai parlé de cette polémique et j'en ai donné la bibliographie dans un article delà Revue de Synthèse historique, août 1910, Au bout de dix ans.

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