LES ARTICULATIONS DE LA SYNTHÈSE SCIENTIFIQUE
INTRODUCTION
La causalité en histoire.
Nous voici amené à insister sur cette notion obscure de cause. Parmi les théoriciens de Ihistoire, quelques-uns ont compris, dans ces dernières années, que là devait être cherchée la clef d'une organisation scientifique de l'histoire ; et il s'est produit, surtout en France, dans des Sociétés historiques et philosophiques, d'importantes discussions sur la recherche des causes en ce domaine'. Ces discussions ont fait ressortir des partis pris opposés : or, la causalité nous apparaît comme quelque chose de plus complexe que ne le montrent la plupart de ceux qui l'étudient.
Les uns, parmi les théoriciens, ont soutenu qu'il n'y a de
I. Société d'Histoire moderne. 3 janvier igoS (voir Fr. Simiand, Méthode historique et Science sociale, in Reo. de Synth, hist., fév. et avril igoS, t. VI, pp. I et 12g); Société française de Piiilosophie, 3i mai igo6, La causalité en histoire, thèse de Fr. Simiand, 3o mai igo7, Les conditions pratiques de la reclierche des causes dans le travail historique, thèse de Ch. Seignobos, 28 mai igo8, L'inconnu et l'inconscient en histoire, thèse de Ch. Seignobos (voir les Bulletins de juill. igo6, juill. igo', juin igo8). — Voir aussi les ouvrages cités de Lacombe, Bernheim, Xénopol, et, dans ces deux derniers, la bibliographie.
causes que là où il y a des lois ; que, dans Thistoire comme dans la nature, on ne peut concevoir qu'un type unique d'explication ; et que l'individuel « est, pour qui cherche des relations de science, l'ennemi' ». Personne n'a soutenu cette thèse avec plus de rigueur que Fr. Simiand. D'autre part, personne n'a, plus fortement que Xénopol et Seignobos, — avec toutes sortes de diflerences, — maintenu l'affirmation traditionnelle que la cause en histoire est d'une nature particulière et indépendante des lois. Seignobos dit que l'historien considère et est contraint de considérer comme cause celle des conditions nécessaires d'un fait « qui précède immédiatement », « la dernière dans le temps, celle que la recherche de proche en proche atteint la première », « l'antécédent lié par la relation la plus particulière », et non, comme le veut Simiand, conformément à la méthode des sciences positives, l'antécédent lié par la relation la plus générale". Pour lui, dans l'explication historique, la cause d'un événement, c'est sa place^. Et Xénopol soutient une thèse analogue quand il s'attache à démontrer que le propre de l'histoire est la recherche des séries. Sans doute, philosophant sur la causalité, il déclare qu'elle est constituée par des forces qui agissent, tantôt dans des conditions qui se répètent, — d'où les lois, — tantôt dans des conditions perpétuellement changeantes, — d'où les séries. Mais l'histoire, pour lui, consiste essentiellement dans l'établissement d'un « fil », d'un « nexus » de causalité^, c'està-dire d'un processus de changement. Gomme, sur ce fil de causalité, apparaissent les motifs psychiques des actes hu-
1. Simiand, Bulletin cité, juill. 1906, p. 376. Cf. dans la Reo. de Synth, lïlsi.. art. cit., t. VI, p. i38 : « Il n'y a rapport causal... que s'il y a régularité de liaison, que s'il y a renouvellement identique de la relation constatée ; le cas unique n'a pas de cause, n'est pas scientifiquement ■explicable. »