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LE PROBLÈME DE LA CAUSALITÉ

mains, la cause prend, ici, une valeur toute spéciale'. Et Bernheim, plus encore que Xénopol et que Seignobos, a insisté sur le caraclère à la fois psychique et individualisé de la causalité en histoire'.

Ainsi, il est fait du mot cause, même par des logiciens, des emplois divers qui répondent à des conceptions diverses, — et souvent, d'ailleurs, confuses. Que faut-il penser de ces oppositions.-^ Dans la science, le mot cau^e doit-il être réservé pour une certaine conception exclusive? Ou bien la recherche de la causalité comporte-t-elle, dans le domaine des faits humains, tout au moins, des points de vue divers, également légitimes, qui résultent de la nature même des choses et qui veulent être soigneusement distingués ?

Chercher la cause, c'est chercher à comprendre le changement, à en rendre compte. Il n'y a qu'une façon d'en rendre compte véritablement, c'est de trouver le pourquoi. Le pourquoi du changement consisterait dans des fins, des intentions, des raisons. L'homme, quand il commence à vouloir comprendre l'univers, s'imagine pouvoir aisément tout comprendre. Il suppose partout des volontés semblables à la sienne, des intentions semblables aux siennes. Sa préoccupation d'intelligibilité complète le leurre et l'égaré^.

Il s'en aperçoit. Il en vient, pour assurer l'œuvre scientifique, à dénoncer comme illégitime la recherche du

1. Xénopol {La causalité dans la succession, dans la Rcv. de Synth, hist., juin et août igo4, t. VIII, IX), a développé cette thèse que les lois physiques sont des données inexplicables tandis que l'histoire constitue une chaîne saisissable de causalité transitive.

2. Voir Bernheim, Lchrbuch.... I, 4 (Das Verhaltnis der Geschichtswissenschaft :u anderen Wissenschaften, not. pp. io5 et suiv.) et 6, et Simiand, Bulletin cité, juill. iç)o6, p. 247.

3. Voir, sur ce point, noire Avenir de la philosophie . pp. 820 et suiv.. Les Grecs, dit Stuart Mill, « croyaient n'avoir atteint le vrai but de la science que lorsqu'ils trouvaient dans la nature d'un phénomène quelque chose dont on pouvait conclure ou présumer avant l'expérience qu'il serait suivi par tel autre » Loyhjuc, III, v, trad. fr., t. II, p. 899. Cf. Ribot, L'écolution des idées générales (1904), p. 206.

pourquoi. Il en avait sûrement abusé ; il y renonce entièrement. Le changement, pour le savant, est donc une donnée initiale, acceptée telle quelle, inexpliquée. « L'intelligible tout court n'a pas pour nous, comme pour les Grecs, un sens bien précis. H y a toujours une première donnée dont il faut partir dans nos explications », disait récemment Emile Picard * ; et Claude Bernard avait déjà déclaré : « L'obscure notion de cause doit être reportée à l'origine des choses : elle n'a de sens que celui de cause première ou cause finale; elle doit faire place dans la science à la notion de rapport ou de conditions ^ »

A l'explication véritable par le pourquoi — que le savant rejette — s'oppose donc la constatation des rapports, des conditions, la recherche du mode de production, du comment. Un fait qui ne serait pas lié aux autres, dans l'espace et dans le temps, serait inexistant pour nous. A défaut d'intelligibilité, nous postulons le déterminisme. Il n'y a pas de fait sans cause, cela veut dire, scientifiquement : tout fait est déterminé, résulte, résulte nécessairement, d'un ensemble de conditions. Le déterminisme n'explique pas le nouveau, mais l'escamote, en quelque sorte, pour ne considérer dans le changement que l'identité*. Rien ne naît de rien; il n'y a pas de commencement absolu ; ce qui apparaît était déjà : voilà des formules qui expriment le point de vue auquel répond cette sorte de causalité — qu'on a proposé d'appeler (( efficiente » ou « constituante », par opposition à la causalité « efficace » ^.

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