‹ La synthèse en histoireChapitre 42 sur 224 · THÉORIE DU HASARD · texte numérisé non relu

THÉORIE DU HASARD

et comme la cause de celui qui va suivre' », c'est à notre ignorance des causes, dans la complexité des phénomènes, que nous donnons le nom de hasard. Tout au moins est-ce le caractère qui nous frappe le plus dans certains faits. Une illusion naturelle à Thomme, une survivance de l'anthropomorphisme primitif, là où le jeu delà causalité nous échappe, nous fait aisément parler du hasard comme de quelque chose de réel, comme de la volonté, capricieuse et taquine, de je ne sais quel démon : en masquant notre ignorance d'un nom, nous sommes tentés d'attribuer à ce terme tout négatif une valeur positive ". Les progrès de la science, à mesure qu'ils font mieux concevoir l'enchaînement des phénomènes, le déterminisme, font évanouir les apparences de caprice imprévisible. Ainsi, en un sens, le hasard est quelque chose de purement subjectif, de relatif à nous, à l'état de nos connaissances. Plus on sait, et plus on prévoit. Pour qui saurait tout, le hasard, entant qu'imprévu, n'existerait pas.

Cependant, il ne manque pas de penseurs — ce sont surtout des mathématiciens — qui cherchent à donner au hasard une consistance, à le définir par quelque caractère expérimental, objectif, d'une façon qui nous paraît contestable. J. Bertrand a parlé des lois du hasard^. R. de Montessus de Ballore a formulé une « définition logique du hasard et delà probabilité », fondée sur « les caractères expérimentaux immédiats des événements dus au hasard ». Henri Poincaré distingue — avec raison — des phénomènes encore inexpliqués qui se laisseront ramener à des lois, et qui n'ont rien de fortuit, les phénomènes proprement fortuits. Mais il les définit de la manière suivante : ceux où interviennent des causes trop petites ou trop nombreuses pour qu'on puisse en épuiser la connais-

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