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DIVERSES SORTES DE HASARD

cercle de hasards probables et qui prennent à nos yeux un caractère normal : il y a, pour ainsi dire, une part de prévu dans l'imprévu. Or l'improbabilité de certaines rencontres leur donne un air de fait exprès^ ; à plus forte raison, leur répétition ; à plus forte raison, ce qu'elles ont d'approprié : c'est l'involontaire simulant le volontaire^

Aux jeux de hasard, dans une loterie, qu'il y ait des gagnants et des perdants, voilà — dans certaines conditions — qui n'a rien de remarquable, même pour ceux qui gagnent ou qui perdent. Mais que, à une loterie, tous les numéros gagnants se terminent par le même chiffre; qu'une même personne gagne autant de lots qu'elle a de numéros, sur un petit nombre de lots et un grand nombre de numéros ; qu'une personne gagne le gros lot au moment où elle allait se tuer de détresse : voilà des hasards que l'on qualifiera d'étranges ou de singuliers, de miraculeux, de providentiels. Il y en a d'autres qui sont néfastes, diaboliques. Il semble qu'il y ait là bienveillance, malveillance, ou simplement paradoxe et mystification, — toujours intention'.

L'esprit humain répugne tellement au désordre qu'il a, spontanément et inconsciemment, réparti les phénomènes fortuits en deux catégories : ceux où le hasard est atténué, prend des allures régulières, ceux où le hasard s'exagère, en quelque sorte, jusqu'à se contredire lui-même et à jouer la volonté. Le hasard, avons-nous dit, c'est ce qui est étranger A l'ordre, — à l'ordre des lois et à celui des raisons. Et voici

1. Expressions de Maldidier, art. cité, p. 584, et de Tarde, art. cité, p. 5l2.

2. Au surpkis, si dans une loterie ou au jeu quelqu'un gagne trop souvent, on est disposé à croire qu'il y a tricherie, truquage : on cherchera la volonté humaine. En ce qui concerne les phénomènes naturels et même psychologiques, la répétition se tourne en présomption de loi. Qu'un homme meure et que, au moment de sa mort, un parent, un ami, très éloigné de lui, l'ait vu en rêve, mourant : voilà un hasard frappant. Que des phénomènes de ce genre soient constatés en grand nombre, «t — la religion ou la superstition écartées — on cherchera à les explic[uer par une extension de la psychologie, par la nature même des choses.

que nous constatons qu'entre les phénomènes fortuits, les uns sont éliminés comme tels, parce qu'on y trouve des quasilois, les autres sont retenus parce qu'ils manifestent des quasiraisons ' .

Combien est subjectif le caractère attribué à ces derniers, c'est ce qu'il convient de faire ressortir. Le hasard nous frappe soit dans la mesure où il est relatif à nos désirs, à nos convenances, soit dans la mesure où il trouble notre attente. Or, il faut remarquer que cette attente du normal est quelque chose d'individuellement variable. Improbabilité est un terme vague. Tout comme nous avons, chacun, une intuition obscure des probabilités, — à laquelle nous substituons la mesure des possibilités, là où le calcul est applicable ^ — nous avons de l'improbabilité un sentiment confus, très personnel, souvent très erroné, — mais qui suCBt pour que tel phénomène nous paraisse extraordinaire et nous frappe, \ariablc aussi est la capacité d'attention ; variables sont les motifs d'attention. Une certaine tournure d'esprit, une disposition Imaginative ou superstitieuse peut rendre frappants des hasards tout à fait vulgaires. Les phénomènes météorologiques et les faits de toute vie humaine forment deux séries indépendantes qui se rencontrent de façon continue. Le beau temps, le mauvais temps coïncident constamment avec des événements humains de toutes sortes. Un événement tragique sera accompagné aussi bien d'un soleil magnifique — qui pourra frapper comme une ironie — que d'un orage — qui pourra frapper par son appropriation. La rencontre d'oiseaux, de tels oiseaux, d'un certain nombre d'oiseaux, volant de tel côté, celle d'une araignée à telle heure du jour, — voilà qui frap-

I. Il Y a deux, mots en grec : tj/t] et to aùidaaTOv. A. Croiset traduit ainsi le second : « le spontané apparent dans les choses qui n'ont pas de volonté ». Voir Rev. de Met. et de Mor.. compte rendu de la soutenance de thèses de Hamelin, juill. 1907, suppl., p. 20.

3. Le calcul des probabilités est fondé à la fois sur la tendance du possible à se réaliser et sur la limitation des possibles par les conditions générales du réel.

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