‹ La synthèse en histoireChapitre 48 sur 224 · II. L'l>'DIVIDL"ALITÉ · texte numérisé non relu

II. L'l>'DIVIDL"ALITÉ

Il y a une forme de la contingence qu'il faut, avons-nous dit, soigneusement distinguer du hasard. L individualité est quelc[ue chose d'intermédiaire entre le pur hasard et la nécessité. Ici, un hasard initial affecte un groupement de phénomènes, plus ou moins durable, et soumis à des lois : il s'ensuit, tout ensemble, que ces lois se mitigentde contingence et que les effets du hasard participent à la stabilité de ces lois.

L'individualité, comme on Ta fait observer justement ', n'est qu'un des aspects que présente l'individu. Les caractères spécifiques sont nuancés dans l'individu de traits individuels qui ont une stabilité relative et sur lesquels brode encore le hasard. Nous avons parlé du pur hasard. Nous viendrons aux caractères spécifiques. Occupons-nous des contingences individuelles.

Nous allons rencontrer divers modes de l'individualité : en effet, le concept d'individualité, quoiqu'il ait été dégagé de l'individu humain, ne s'applique pas seulement à l'individu humain, ni même aux êtres vivants. Nous aurons à utiliser l'application qu'on en a faite au milieu géographique, à cet élément objectif de l'histoire, qui agit par l'intermédiaire de l'élément subjectif. Nous aurons surtout, dans l'ordre subjectif, psychologique, à distinguer l'individualité singulière et l'individualité collective. A bien délimiter cette dernière nous attachons la plus grande importance. Il ne faut pas, en effet, identifier — comme le font certains sociologues — l'indivi-

I. Lacomljc, L'hisloire considérée comme science, p. 2^8. ^ oir aussi, sur l'individuel, F. Gottl, Zur sozialwissenschaftlichen Begriff'sbildung. I, Umrisse einer Théorie des Indioiduellen . in Archiu fiir Sozialwissenschaft und Sozialpolilik, sept. 1906.

yO LA CONTINGEÎSCE

dualité collective et la société ; il ne faut pas plus confondre les traits individuels et les caractères spécifiques des sociétés que les traits individuels et les caractères spécifiques des individus.

Individualité singulière, individualité collective, individualité géographique, — celle-ci dans ses rapports avec Tindividualité collective, — telles vont être les trois premières divisions de ce chapitre. Dans une quatrième et une cinquième parties, nous étudierons ce qu'on peut appeler l'individualité temporaire et l'individualité momentanée, ou les modalités temporaires et les manifestations dynamiques de l'individualité collective. — Si un grand nombre de systèmes historiques ont fait ressortir le rôle du milieu, ou de la race, ou des grands hommes, ou de deux de ces éléments, ou des trois à la fois, souvent les philosophes de l'histoire se sont leurrés sur la portée explicative de ces causes purement contingentes. Souvent ils en ont masqué la contingence en en subordonnant l'action à quelque cause métaphysique. Dieu, Nature, Idée. Il s'agit, dans la science, d'en déterminer le rôle de façon positive ; mais il importe, avant tout, d'en bien concevoir la nature, et telle est notre tâche présente. Ici encore, si nos indications paraissent sommaires, on se rappellera que notre point de vue est méthodologique, que nous n'avons pas à entrer actuellement dans le fond des choses.

I. — Le principe de conservation psychologique que manifeste l'hérédité ne nous est donné que dans des combinaisons originales ; et les lois générales, abstraites, de la psychologie, sociale ou humaine, ne nous sont connues qu'à travers les individualités concrètes. Des jeux du hasard et des lois psychologiques naît incessamment l'individualité personnelle. Comme les individus sont ce qu'il y a de plus tangible en histoire, que les faits sont tous ou produits par eux, ou relatifs à eux, les chroniqueurs naïfs et, à leur suite, les historiens historisants leur ont attribué tout naturellement

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