Ribot, ibid
3. Stuart Mill, Bain ; Fouillée, Paulhan, Ribot, Ribéry, Malapert. Voir, en particulier, de ce dernier, Le Caractère (Doin, 1902), étude historicpie et critiqiie des travaux antérieurs, et de Ribot, l'ouvrage cité. — Voir dans V Année Psychologique (à partir de 1895) d'intéressantes études expérimentales de A. Binet et — sous les rubriques Psychologie individuelle et Caractère, dans la Bibliographie, Psychogénese. psychologie individuelle et comparée, dans la Table bibliographique — bien des indications utiles. L'Année Psych. a été souvent modifiée, et la Table bibliographique a disparu depuis igo^.
corrélation relative des éléments psychiques, la connaissance de tels traits permet d'en deviner d'autres qui ne sont pas connus. Et ainsi, non seulement on peut prévoir à quelque degré les actes d'un individu donné, mais on peut déterminer, en quelque mesure, cet individu par la famille psychique à laquelle il appartient.
Ce n'est pas tout : cette science des caractères se complétera de mieux en mieux par une psychologie pathologique et une psychologie du génie qui permettront de classer les individus anormaux et les individus exceptionnels, les monstres et les héros. L'étude des psychopathes et des dégénérés de toutes sortes a fait, grâce aux travaux des médecins, des criminalistes et de quelques psychologues, d'incontestables progrès'. Et de même, l'étude du génie a reçu des psychologues, des littérateurs et des historiens d'importantes contributions et fort diverses-. Cependant, pour ce qui concerne les individus géniaux, il y a encore beaucoup à faire : il est rare
1. Voir le Journal de Psychologie normale et pathologique (bibliographie), V Année Psychologique (id.), l'ouvrage synthétique récent de Janet, Les Névroses (1909). — Travaux de Lombroso et de l'école italienne; essais, divers et inégaux, de psycho-pathologie historique de A. Brachet (^Pathologie mentale des rois de France Louis XI et ses ascendants : une vie humaine étudiée à travers six siecl(:'< d'hérédité, 1908), du D"" Jacoby (Etudes sur la sélection chez l'homme. 2« éd., 1905), des D""" Binet-Sanglé, Laurent, Cabanes —
2. Voir E. de Candolle, Histoire des sciences et des savants (a^ éd., 1895); A. Binet, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs (189/i); du même, dans l'Année Psych., des études sur divers auteurs dramatiques; H. Berr, L'histoire des romans de A. Daudet, étude sur la formation de l'œuvre d'art, in Rev. Bleue, 26 fév. 1888; E. Toulouse, Enquête médico-psychologique sur les rapports de la supériorité intellectuelle avec la névropathie, É. Zola (1896), Henri Pomcaré (19 10) ; de nombreuses « biographies psychologiques » ou « études médico-psychologiques » sur des penseurs et littérateurs (Vinci et Renan, par Séailles; « deux messies positivistes », Saint-Simon et Auguste Comte, par G. Dumas; Edgar Poe, par Lauvrière ; Dostoiewski, par le D"" Loygue ; Guy de Maupassant, Arthur Rimbaud, par le D"^ Lagriffe...). Voir une riche bibliographie dans l'ouvrage du D"" P. Voivenel, Littérature et folie <i9o8).
LE PERSONNAGE HISTORIQUE 'j5
qu'on ne les ait pas considérés avec un parti pris d'exaltation ou de rabaissement, comme des surhommes ou des soushommes. Le concept de « grand homme » est vague; la classification des génies n'a été encore qu'ébauchée'. D'une façon générale, il a manqué à toutes ces études — qu'il s'agisse du caractère, de l'anomalie ou du génie — d'être menées méthodiquement et par l'étroite collaboration des psychologues et des historiens. L'historien a été trop attaché au singulier, le psychologue trop exclusivement préoccupé des généralités abstraites ; et ceux qui se sont intéressés aux types divers de combinaisons individuelles ont eu presque toujours en vue des fins pratiques, médicales ou pédagogiques. Il y aurait lieu, bien certainement, de promouvoir ces études mixtes qui font apparaître la limitation du hasard, dans l'individualité personnelle, par la psychologie générale".
b) Même ainsi éclairée par la classification des caractères, des types normaux et anormaux, l'étude des individualités n'a pas d'intérêt en soi-même dans la synthèse historique. L'éthologie, sous toutes ses formes, n'est ici qu'un auxiliaire. Elle permet d'entrevoir quelque ordre dans les jeux infinis de la contingence individuelle, presque aussi déconcertants que ceux du pur hasard ; elle simplifie le problème qui consiste à rechercher ce que peut l'individualité comme cause : mais voilà, dans la synthèse, le problème véritable.
1. On trouvera la bibliographie relative à la question du génie dans H. Berr, Essais sur la science de l'histoire : La méthode statistique et la question des grands hommes, in Nouvelle Revue, i et i5 juin 1890 ; R. Altamira, Cuestioncs modernas de «s^or/a (igo^); R. Nazzari, Le moderne teorie del genio (c. r. du D"" Jankelevitch, in Rev. de Synth, hist., juin igoS, t. X, p. 299); F. Mentrc, Le problème du génie, in Rev. de Phil., juin 1905. — J'ai fait un essai de classification dans le travail, déjà ancien, cité ci-dessus. Cf. Draghiecsco, Du rôle de l'individu dans le déterminisme social {1 go l\), III, 11, et Mentré, art. cité.
2. Voir à ce sujet des réflexions intéressantes de G. Heyraans, La classification des caractères, in Rev. du Mois, mars 191 1, pp. 298 et suiv., 3i6-3i8.
'j6 LA CONTINGENCE
L'individualité est un élément de l'histoire d'un caractère plus général que le hasard, un élément par rapport auquel des faits de nature psychique se laissent, dans une certaine mesure, prévoir. Mais aux faits d'ordre personnel qui sont sous la dépendance directe de l'individualité se rattachent des faits extérieurs à l'individu, en nombre et en importance variables. De même qu'il y a des hasards indifférents et des événements, il y a des individualités négligeables et des pet^sonnages. Gomme l'événement a été défini par la multiplicité et la durée des effets, le personnage se doit définir par l'ampleur et la portée de Vinjluence.
Au surplus, pour les individualités comme pour les hasards, on a souvent confondu ce qui frappe avec ce qui agit. L'histoire est encombrée de biographies qui peuvent être intéressantes, amusantes, émouvantes, terrifiantes, mais qui n'ont pas de valeur historique : par contre, il y a des vies dont l'influence profonde a passé inaperçue. L'historien digne de ce nom a donc le devoir de démêler parmi le fouillis des individualités que les circonstances ont mises en lumière, de poursuivre dans la pénombre oi"i certains sont demeurés pour des raisons diverses, les véritables acteurs de l'histoire. Mais cette recherche n'a pour but, elle-même, au point de vue de la synthèse, que de préciser, par une étude positive, le rôle de l'individualité historique, de distinguer celle dont le hasard fait un personnage, de celle qui le devient par sa nature propre, de déterminer le mode d'action, la portée de l'action du grand homme véritable, des divers types de grands hommes. Et, en définitive, — puisqu'il n'y a d'action qui compte historiquement que par rapport à l'ordre, — il s'agit de savoir quel est le rapport de l'individualité avec l'ordre, avec l'ordre des lois et celui des raisons, ce que peut F individualité pour ou contre l'ordre.
C'est donc l'étude des éléments régulateurs qui doit enseigner dans quelle mesure cette contingence que constitue
l'individualité COLLECTIAE 'y'7
lindividualité personnelle est un facteur historique'. Mais auparavant il faut considérer d'autres contingences qui fournissent un élément de généralisation plus ample encore,
— causes de même nature que l'individualité personnelle, mais qui la limitent elle-même comme elle limite le hasard.