Voir L. Cuénot, La genèse des espèces animales (igii
2. Essai d'une psych. pol. du peuple anglais au xix« siècle (igoi), p. 4-
ANTHROPOLOGIE, ETH:V0L0GIE ET ÉTHOLOGIE COLLECTIVE 7g
toire. Les races se sont beaucoup moins modifiées au point de vue physique qu'au point de vue psychique : l'anthropologie proprement dite, qui se rattache à la zoologie et à la paléontologie, constate les caractères somatiques permanents des grandes races humaines ; et elle relève les quelques traits psychologiques très généraux qui v sont ou qui y ont été jusqu'ici liés. C'est à cette conception de l'anthropologie qu'il faut se tenir pour une bonne division du travail : on donne souvent à ce terme une telle compréhension que l'anthropologie devient une science vague et illimitée qui se confond, non seulement avec l'ethnologie, mais parfois même en partie avec la sociologie'.
Il y a ensuite l'ethnologie, qui cherche à déterminer des sortes de sous- races. Ce sont des groupes plus ou moins dérivés et mélangés, mais oij l'hérédité joue, ou semble jouer, un rôle important. On donne souvent à ces groupes, dans l'usage courant et même dans la science, le nom de races, qui est trompeur, ou celui de peuples, qui est vague :
I. Les Revues d'anthropologie et d'ethnographie sont nombreuses. Par une tendance synthétique, qui serait heureuse si elle ne brouillait parfois les problèmes, elles ne se renferment pas toujours — les plus récentes surtout — dans un programme étroitement délimité. L' Anthropologie (depuis 1890) réunit les Matériaux pour l'histoire de l'homme, la Revue d'Anthropologie et la Revue d'ethnographie : soit ; mais Anthropos (igoi) est une « revue internationale d'ethnologie et de linguistique ». La Revue des études ethnographiques et sociologiques (igo8) entend par sociologie « la vie en société des hommes de tous les temps et de tous les pays; par ethnographie, plus spécialement la description de leur civilisation matérielle >>. On trouve encore un exemple de cette indétermination des concepts dans le programme d'anthropologie de la nouvelle Encyciopédie scientifique (Doin). Enfin, il vient de se fonder un « Institut français d'anthropologie «, destiné à réunir des physiologistes, des biologistes, des psychologues, des sociologues, et un « Institut ethnographique international de Paris », qui doit grouper « le préhistorien, l'archéologue, l'historien, le linguiste, l'ethnographe ». — Citons parmi les principaux représentants de l'anthropologie proprement dite. De Quatrefages, Topinard, Deniker, Hovelacque, CoUignon, Manouvrier. Voir dans V Année Psych., à partir du t. X (igoS), des re>-ues d'anthropologie par Deniker (avec une section de psychologie ethnique).
8o LA CONTINGENCE
il vaut mieux les appeler familles ethniques. Que certaines familles soient nomades, que toutes aient été migratrices, que la plupart se soient divisées, éparpillées à la surface de la terre et juxtaposées ou mêlées dans des combinaisons diverses, — voilà qui est pour faciliter la tâche propre de Fethnologiste, lequel cherche à faire abstraction du milieu et des mélanges ethniques et, lors même qu'il considère les groupes dans leur distribution géographique, s'intéresse à leurs traits héréditaires et non à leur rapport avec la géographie. Et de même, lorsque l'ethnologiste considère le régime social, le degré de culture de ces familles, — qu'il distingue, par exemple, des civilisés les « barbares » et les « sauvages » ou les « demi-civilisés » et les « incultes », — c'est pour savoir dans quelle mesure, avec quelle rapidité, par quelles facultés ces familles se sont montrées perfectibles : mais l'étude de la société et de la civilisation (ces mots demanderont à être définis), comme celle du milieu, est étrangère à l'ethnologie proprement dite. Celle-ci s'attache essentiellement à recueillir les caractères anthropologiques qui peuvent différencier les familles ethniques, et surtout leurs traits psychologiques — qu'elle précise à l'aide de l'archéologie, de la linguistique, du folk-lore. L'ethnologie doit être distinguée de l'ethnographie, en ce qu'elle est comparée tandis que cette dernière est purement descriptive ^ Elle se complète par la palethnologie ou archéologie préhistorique^.
Il y a enfin Véihologie collective qui étudie le caractère de groupements historiques donnés, déterminés, tangibles en quelque sorte, — peuples anciens et nations modernes, — organisés en sociétés politiques, liés à un sol, constituant
I. La Vôlkerkunde des Allemands embrasse l'ethnographie et l'ethnologie. Il faut distinguer avec soin la ] ôlkerkunde de la ] olkskuiule (Folklore) et naturellement de la Vôlkerpsycholo(iie. Voir S. Gûnther, Ziele, Richtpunkle und Melhoden der inodcrnen Vôlkerkunde (igo^).
3. Voir, pour l'ethnologie, J. Deniker, Les races et las peuples de la terre, Eléments d'anthropologie et d'ethnographie (igoo), J. Déch(ilette, Manuel d'archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, I (1908).
ERREURS SUR LA RACE bl
une individualité que nous font connaître des manifestations variées et des documents précis*. L'éthologie collective intéresse particulièrement la synthèse, et il convient d'y insister.
6) C'a été l'erreur d'un grand nombre de philosophes de l'histoire, et même d'historiens, de ne pas distinguer cette science, que Stuart Mill a nettement conçue sous le nom d'éthologie politique-, de la théorie des races. En Allemagne surtout, on a souvent confondu race et individualité collective. Taine recueille une idée familière aux Allemands depuis Herder quand il parle de la « ténacité extraordinaire^ » de ce génie de race dont les génies individuels seraient l'expression : mais Taine, s'il a donné quelque éclat à cette théorie, a trouvé, sur ce point, parmi les Français, plus de contradicteurs que de partisans. Et Paul Lacombe, par exemple, l'a, dans un récent ouvrage, magistralement critiqué : « S'il y a eu, dans le début, des races effectivement distinctes, quand l'humanité se composait de groupes espacés sur la surface du globe, et par suite dans des conditions physiques assez différentes, il y a beau temps que la guerre et la paix ont sassé et ressassé la pâte humaine, au moins dans les pays justement les plus intéressants pour l'histoire : invasion sur invasion, pénétration pacifique, association politique et synœcisme, transplantation de vaincus, esclavage, mariage, infiltrations individuelles, vingt causes ont, dans ces pays, mêlé, confondu ensemble des membres de peu-
1. Le mot peuple, quelquefois employé pour désigner des famiUes ethniques, semble devoir être réservé pour les groupements politiquement organisés : le peuple romain. Le mot nation désigne des groupements qui ont pris conscience de leur individualité dans des crises historiques : la formation des nations modernes. — Voir les Libres Entretiens de l'Union pour la Vérité, 3" série, Sur l'internationalisme, n° i.
2. Logique, VI, ix, § /J, Ethologie politique ou science du caractère national.