Hist. de la litt. amjl., Introd., p. xxiv
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plades diverses. Allez donc reconnaître sûrement en France qui tient du Celte, qui tient du Romain, qui tient du Germain,,de l'Ibère, du Basque, de l'Arabe, sans parler des peuplades antérieures à l'histoire et innommées, que les premiers envahisseurs historiques ont à coup sûr trouvées sur le sol'. »
Quoiqu'il reconnaisse le mélange des races, le comte de Gobineau, pour qui l'ethnologie est « la racine et la vie même de l'histoire », a formulé une théorie plus absolue encore et plus simpliste que celle deTaine. Devancier de l'auteur de la Littérature anglaise, il n'a quelque notoriété en France que depuis peu d'années : et, Français, il la doit à l'Allemagne, à 5on Allemagne^. Gobineau déclare qu'il y a entre les di-
1. La psychologie des individus et des sociétés chez Taine historien des littératures, p. 126. — Sur la question de la race voir, dans la Rev. de Synth. Iiist. (1900, t. I, n»** i et 3, 1901, t. II, no« 4 et 6) une discussion entre Lacombe et Xénopol. Xénopol fait la part trop belle à la race (Cf. La théorie de l'histoire, chap. v) ; Lacombe, plutôt qu'il ne nie le rôle de l'hérédité, souligne — et peut-être exagère — la difficulté qu'il y a à le préciser expérimentalement. ■ — Voir aussi, dans la Reu. de Synth, hist., avril 1906, t. XII, p. 126, A. Wirth, Problèmes et controverses : De la race. Steinmetz, Der erbliche Rassen- and Volkscharakter {Vicrleljahrschrift fiir wissenschaftliche Phil. und Sociol., 1902 ; analysé par G. Bourgin in Rev. de Synth, hist., oct. 1902, t. V, p. 253), donne la liste des tenants et des adversaires de la race.
2. La correspondance entre Alexis de Tocrjueville et Arthur de Gobineau (1908) — récemment publiée par L. Schemann, le prophète de Gobineau, le fondateur de la Gobineau-Vereiniçfung — ■ est tout à fait instructive. Dès 1843, Tocqueville parle à Gobineau de « son Allemagne 3) (p. 17), et en i854 (p. 206) il le traite d' « homme qui sait nager dans la bouteille à l'encre de l'esprit allemand » ; il défend contre Gobineau l'esprit français (p. 334). Gobineau se plaint des critiques que provoque son Essai sur les races, et encore plus du silence presque général: « Faudra-t-il que j'attende que mes opinions rentrent en France, traduites de l'anglais ou de l'allemand? » (p. 284.) Tocqueville, qui l'aime, n'aime pas son œuvre, et leluidit(pp. 187, 200...).
Dans Gobineaus Rassenwerk, Aktenstûcke und Betrachtungen zur Geschichte und Kritik des « Essai sur l'inégalité des races liumaines n (19 10), Schemann a réuni un grand nombre de renseignements et de documents sur l'accueil fait aux idées de Gobineau et sur son influence. Voir, en particulier, p. 67, une lettre de Renan : « Je ne puis vous dire que je
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verses races « une inégalité native, originelle, tranchée et permanente » ; qu'il y a donc des races supérieures et des races inférieures; que les races se sont mélangées, mais que ce mélange a été funeste ; et que le succès, au cours de l'histoire, se produit fatalement là oîi les races supérieures sont restées le plus pures'. Ces conceptions ont été vulgarisées de façons diverses, poussées à des exagérations où elles se réfutent par l'absurde ^ En même temps qu'elles ont été employées à des fins pratiques, — et ce n'est guère qu'auprès de politiciens qu'elles ont fait fortune en France, — elles ont pris récemment dans Vanlhroposociologie une forme pseudo-scientifique. Il n'entre pas dans notre cadre de donner des détails sur une théorie éphémère qui ne résiste ni au raisonnement ni au contrôle des faits : il est possible qu'il y ait quelque fondement à la division des races européennes en dolicocéphale blonde, brachycéphale brune et dolicocéphale brune ; mais on ne saurait prouver en bonne
sols... de votre avis sur tous les points. Le fait de la race est immense à l'origine; mais il va toujours perdant de son importance, et quelquefois, comme en France, il arrive à s'effacer complètement. Est-ce là absolument parlant une décadence? Oui certes [à certains points de vue]
Mais aussi que de compensations!...» Sur Taine et Gobineau, voir pp. 59-6/i.
1. Lettre de Tocqueville, 17 nov. i853 : « ... Qu'y a-t-il de plus incertain au monde, quoi qu'on fasse, que la question de savoir par l'histoire ou la tradition quand, comment, dans quelles proportions se sont mêlés des hommes qui ne gardent aucune trace visible de leur origine ? . . . Croyezvous qu'en prenant cette voie pour expliquer la destinée des différents peuples vous avez beaucoup éclairé l'histoire... ? ... Il y a un monde intellectuel entre votre doctrine et la mienne » (Pp. 192, IQÔ.) — Sur
Gobineau, voir R. Dreyfus, La vie et les prophéties du comte de G. (igoS) et E. Seillière, Le comte de G. et l'Aryanisme historique (igo3).
2. Chamberlain, Die Grundlagen des XIX^"^ Jahrhunderts (1900), critiqué par le D'' F. Hertz, Les sources psychologiques des théories des races, in Rev. de Synth, hist., déc, igoS et févr. igo4 (t. VII, p. 253, et VIII, p. l'j). Woltmann, fondateur de la Po/J<«sc/i-Aft</iro/)o/o5fJsc/ie Revue, divers ouvrages, notamment Die Germanen in Frankreich (igo7), critiqué par L. Réau, Un paradoxe anthropologique, in Reo. de Synth, hist., oct. 1907, t. XV, p, i5o.
science que ces dolicocéphales blonds, ou « Aryens » purSy soient la fleur de l'Europe, aient constitué toutes les aristocraties, et que, par la vertu delà race, un peuple n'ait jamais dominé que dans la mesure où l'élément « dolicocéphale blond » y a lui-même dominé'.
Contre de semblables théories, doublement dangereuses,.
— parce qu'elles sont grosses de conséquences pratiques, — certains historiens modernes ont réagi de façon excessive: ils sont tombés dans l'erreur opposée, de rejeter toute individualité collective, de ne reconnaître que les individus singuliers. L'hérédité, cependant, est une grande force, et d'autant plus puissante qu'il s'agit de conserver des caractères plus dominateurs, par conséquent communs à un plus grand nombre d'hommes. Les arguments qui valent contre la persistance de la race ne valent plus contre l'existence de caractères collectifs, — résultats du mélange même des races, de combinaisons et de circonstances multiples. Paul Lacombe, dans le passage que nous citions tout à Theure, tend moins à nier laction de l'hérédité qu'à montrer — et il a cent fois raison
— combien il est difficile de démêler la contribution des races diverses et, d'une façon générale, la part de l'hérédité par rapport aux autres éléments qui concourent dans la genèse d'une nation. Ceux-là mêmes cjui craignent le plus le réalisme historique et qui se méfient du Volksgeist, entité métaphysicjue, ne peuvent nier qu'on ait Vimpression de quelque réalité de groupe, pour employer les termes les plus vagues. Dire que, « dans la société comme dans l'individu, le caractère est le noyau central et permanent qui relie les uns aux
I. Sur cette question, voir Colfijanni, Lutins et Ançjlo-Saxons (igoo), Beuglé, La démocratie devant la science (i goZi). V Année Sociolocfiijue, notamment I à IV : on trouvera là l'exposé et la discussion des travaux de Vacher de Lapouge, Ammon et autres anthroposociologistes. — Ilyaune riche hihliographie dans les ouvrages de Vacher de Lapouge : Les sélections sociales (1896), L'Arjen (iSgg), Race et milieu sor(ai( 1909). L'Introduction de ce dernier livre résume les plus récentes modifications de la doctrineanthroposociologique.