Expression de Ribot
2. Ruyssen, Essai sur l'éuolution psychologique du jugement (^i go ^^ ; c. r. de Bougie, in Année Sociologique, VIII, p. 193. Voir aussi, sur l'imitation, Baldwin, Interprétation sociale et morale des principes du développement mental (iSgy) et Le déueloppement mental chez l'enfant et dans la race (1906).
3. Tarde a reconnu — au moins à un moment donné — que tous les rapports inter-psychiques ne sont pas sociaux ; mais pour lui tous les faits sociaux résultent de rapports intcr-psjchiques, se ramènent à « l'action unilatérale ou mutuelle des esprits en contact ».
^. La coutume contribue naturellement à former aussi l'esprit de sousgroupe : esprit régional, esprit de petite ville; esprit de caste; esprit professionnel et de classe
Mais l'imitation propage les contingences individuelles et les contingences de groupes : c'est l'aspect que Tarde a appelé imitation-mode, par opposition à V imitation- coutume. Il a, d'ailleurs, étendu le sens du mot imitation d'une façon abusive. Nous aurons plus loin à considérer le rôle des individus, dans son rapport avec V ordre, l'initiative individuelle; et nous verrons que l'action des individus peut s'exercer autrement que par le simple jeu automatique de l'imitation. A. l'égard de certains individus la tendance à l'imitation se trouve renforcée par les attributs spéciaux de ces individus, — c'est-à-dire, pour anticiper, par leur valeur sociale ou logique ; et d'autre part, l'instinct d'imitation peut servir l'action de causes étrangères à cet instinct. Mais l'imitation, en soi, est un agent neutre qui tend à la transmission des contingences individuelles, indépendamment de toute valeur sociale ou logique. Une originalité individuelle quelconque, à condition qu'elle ne soit pas excessive, qu'elle n'aille pas jusqu'à provoquer l'antipathie, — c'est-à-dire la tendance contraire à celle qui résulte de la ressemblance foncière des individus, — en provoquant une surprise, une attention particulière, se communiquera imitativement à quelque degré. Et l'étranger, le groupe étranger, si l'antipathie n'est pas trop vive, si l'antagonisme n'est pas trop fort, — parfois en raison même d'un antagonisme qui excite l'intérêt, — exercera nécessairement une action de ce genre. La mode psychologique, — comme la mode matérielle, — c'est la nouveauté, Vétrangeté^, que l'imitation propage dans un rayon plus ou moins étendu. De là naissent, en grande partie, les « milieux » humains ; de là le caractère, 1' « esprit » de cercles et de groupements variés, de ce qu'on appelle le monde, le public, tel public, — sortes de sous-individualités éphémères, plus ou moins larges ; et de là les individualités temporaires : une « époque », un « siècle », les
I. h'élrangeté provient quelquefois de l'éloignement dans le passé.
l'indiaidualité momentanée io3
plus amples et les plus durables des contingences de cet ordre.
Taine, dans sa notion du milieu, après avoir distingué de la nature, qui « enveloppe » Thonime, les autres hommes qui r « entourent », précisait ce dernier élément en parlant des circonstances politiques et des conditions sociales : à quoi il ajoutait le moment — dont il expliquait mal la nature. Nous nous rendrons de mieux en mieux compte que tout cela est très confus ; mais nous voyons dès maintenant que Taine n'a pas fait à l'imitation sa part, qui est considérable et toute de contingence, dans la notion du milieu humain.
La coutume et la mode sont antagonistes: ainsi l'imitation, tantôt concourt avec l'hérédité, tantôt la combat. De l'action du milieu géographique, de la composition ethnique dépend, en partie, la force avec laquelle l'imitation s'exerce dans un sens ou dans l'autre*. Là oh l'imitation-mode a le plus de puissance, il est évident que le caractère national a le moins de stabilité : les individualités temporaires se succèdent, les sous-individualités se multiplient ; par l'action et la réaction des contingences diverses, les fatalités primordiales tendent à s'effacer rapidement, et la libération dont nous avons parlé apparaît de façon particulièrement frappante.
5 . — Dans les pages qui précèdent, nous avons essayé de débrouiller le réseau compliqué, le lacis des contingences. Nous avons vu comment le jeu du pur hasard, comment la combinaison du hasard avec les lois de l'hérédité, de l'adaptation au milieu et de l'imitation créent l'individualité collective, font ses destinées, la transforment. Nous avons cherché à préciser le contenu d'une psychologie collective, distincte de la psychologie sociale, et qui comprend l'éthologie collective et la psychologie intermentale.
I. Isolement plus ou moins grand, mélange plus ou moins complexe de races, — d'où résultent plus ou moins de contacts, plus ou moins de <liversités individuellss.
lO/i LA COISTINGENCE
Sous le nom précisément de psychologie collective, certains savants italiens ont prétendu créer une i< science » nouvelle, qu'ils distinguent avec raison, sinon avec netteté, de la psychologie sociale, et à laquelle convient plutôt le nom de psychologie des foules. De leurs efforts, assez confus, et de leurs idées, un peu flottantes, il y a des indications intéressantes à retenir, et il vaut la peine de s'y arrêter.
a) La « psychologie collective » des Italiens étudie des foules plus ou moins concentrées dans le temps et dans l'espace, des foules statiques, — qu'ils opposent aux foules dynamiques, ou peuples. Cette appellation de « foule » pour les peuples nous paraît absolument impropre, et il ne nous semble pas que l'épithète de « statique » pour les foules véritables ait rien de précis ni d'approprié. Du reste, le principal promoteur de cette « science », Pasquale Uossi, avait commencé par se servir des mots « statique » et « dynamique » pour distinguer la foule agglomérée et la foule dispersée, — dont l'unité se fait par le livre, la presse. — celle que Tarde appelle, plus justement, public. On voit que c'est l'idée de groupement compact et, pour ainsi dire, saisissable, qu'exprime ici le mot « statique ». Or, le caractère momentané, instable et explosif de la foule proprement dite, exclut ce terme et appellerait bien plutôt celui de « dynamique ». Au surplus, ce sont là querelles de mots, tout à fait vaines. Il reste qu'il y a une étude à faire — à laquelle les Italiens se sont mis' — des groupements inorganisés, temporaires, en contact spa-
I. Ferri, Lombroso, Barzellotti, Morselli, Sighele, Groppali, Stratico. Les travaux de P. Rossi sont très nombreux : voir D"" Jankelevitch, Psychologie collective et psychologie sociale, d'après M. Rossi. in Rev. de Synth, hist., oct. 1904, t. IX, p. 172. Un grand nombre d'ouvrages de « psychologie collective » sont analysés et discutés dans l'Année Sociologique, not. IV, V, VII-X. — La rubrique psychologie des groupes, employée dans l'Année (IX, X), nous semble également imprécise, — L'ouvrage de G. Le Bon, Psychologie des foules (1890 ; iG<' éd., 191 1) donne au concept de foule une trop grande extension.