LA SOCIOLOGIE SCIENTIFIQUE 12D
(le ces matériaux qui est allée se modifiant et se perfectionnant peu à peu. Il y a, dans les onze volumes actuellement parus de ÏAnnée Sociologique, un labeur dont, en général, on ne se fait pas une idée juste, et qui a exigé, de la part de jeunes savants d'une valeur rare, une abnégation plus rare encore, — puisque à l'entreprise collective ils ont longtemps subordonné, sacrifié leur œuvre personnelle. Peut-être n'y a-t-it pas un autre exemple — au moins dans les sciences de 1 humanité et parmi les travailleurs laïques — d'une élaboration scientifique menée avec cette étroite discipline, cette lenteur voulue, ces retouches incessantes, en toute loyauté et au grand jour. On n'a pas attaché assez d'importance, à l'étranger et même en France, à des recherches poursuivies sans réclame et sans tapage, et dont les résultats, pour être plus modestes^ n'en étaient que plus sûrs. Si on s'y était intéressé, si on les avait utilisés davantage, la sociologie serait dans un état moins chaotique. Pour nous, au cours de ce chapitre, nous allons nous inspirer très largement des idées et de la méthode du groupe durkheimien : nous nous attacherons à lui dans la mesure précise où il nous semble faire de la science véritable ; nous nous écarterons de lui dans la mesure où il nous parait tendre à devenir systématique, lui aussi, et à constituer une doctrine.
Durkheim a fait effort pour nettement concevoir une sociologie « objective, spécifique et méthodique' ». Au lieu de croire la solution des problèmes facile, à portée immédiate, grâce au raisonnement dialectique ou à la psychologie introspective, au lieu de « dogmatiser sur tous les problèmes à la fois » et de vouloir, « en quelques pages, ou en quelques phrases, atteindre l'essence même des phénomènes les plus complexes^ », le sociologue doit, selon lui, traiter les faits
1. De la méthode objective en sociologie, in Rev. de Synth, hist., févr.. igoi, t. Il, p. 3 (Préface de la 2^ éd. des Règles de la Méthode sociolo-gique).