II. — Le domaine de la >'écessité
I. — Quelque réalité que présentent les sociétés ; si légitime, par suite, que soit cette abstraction : la société ; et si important que puisse être ce facteur de l'explication historique, il ne faut point, par réaction contre l'histoire individualiste, poser a prioriVêlre social comme une donnée irréductible, source primordiale de tous les faits humains. Les éléments dont la société se compose ont une indépendance assez manifeste pour avoir frappé seuls la plupart des observateurs, une indépendance qui semble bien pouvoir aller jusqu'à la lutte, une indépendance extrêmement variable, non seulement selon les individus, mais selon les époques et les milieux : et c'est un problème, précisément, d'établir les degrés de ces variations et leurs lois \
Or, c'est une partie — d'ailleurs insoluble — du problème,, de savoir jusqu'à quel point, dans le principe, l'individu est indépendante Si la socialité — que nous avons précédemment distinguée de la similitude, soit héréditaire, soit imitative — a certainement dans l'homme, et dans l'être vivant en général, de très humbles et de très lointaines origines, il n'en est pas moins probable que les êtres, primitivement, ont été plus semblables, plus dépendants de l'espèce, que proprement sociaux. La sympathie — qui accompagne la ressemblance et qui favorise l'imitation — a noué peu à peu le lien social, fait naître le consensus, la solidarités A mesure que
1. On connaît la division fondamentale de Demolins : sociétés à formation communautaire, sociétés à formation particulariste.
2. Sur ce problème nous reviendrons plus loin. Voir pp. i66 et suiv.
3. Dans les Annuités de l'Institut int. de Sociologie, t. XII (^La solidarité sociale dans le temps et dans l'espace, 19 lo), voir, sur les origines de la