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LE PROCESSUS LOGIQUE

IL — Théorie de la logique,

I . — Il convient, en premier lieu, de dégager les caractères essentiels de tout processus de finalité. Qu'est-ce qui caractérise, au fond, la finalité là oîi elle est incontestable et où la notion en a été recueillie, — c'est-à-dire dans l'activité intentionnelle des êtres humains? C'est un raisonnement pratique qui met tel moyen, ou telle série de moyens, entre un premier terme, qui est une tendance, et un dernier terme, le résultat, conforme à cette tendance. On définit quelquefois la finalité, par rapport au seul résultat, convenance des éléments au tout, des antécédents au conséquent; mais, en réalité, la convenance implique un premier terme par rapport auquel le résultat lui-même apparaît convenable : le premier terme est essentiel, et c'est sur lui qu'il faut insister. La finalité d'une œuvre humaine, d'une machine ou d'un poème, est, non dans la convenance des éléments au tout, mais dans la convenance des moyens, et par suite du résultat, à l'intention, — point de départ du raisonnement pratique.

Au surplus, le propre du raisonnement, en général, est d'être une activité dirigée de l'esprit, où le résultat est le produit d'une orientation interne. Tous les raisonnements sont, par essence, de même nature ; et, dans l'histoire de l'esprit humain, les raisonnements pratiques sont, d'après la psychologie contemporaine, à l'origine du raisonnement. La faculté d'inférer, suscitée et maintenue par des besoins vitaux et des désirs, dit Th. Ribot, « a été d'abord exclusivement pratique, nullement spéculative, et ses premières démarches ont dû être incohérentes et mal assurées' ». L'homme primitif, pour vivre, a construit une foule de « raisonnements con-

I. Ribot, La logique des sentiments, in Rev. Pfiil., juin igo^, p. 588.

crets », en actes, dont les moyens termes étaient plus ou moins adaptés au besoin et dont le résultat était le sxiccès ou l'échec. C'est l'expérience qui a décidé de la convenance des moyens. Le résultat s'accompagnait donc d'un jugement de valeur qui sanctionnait les tnoyens employés par rapport à un principe interne de valeur'. Il y a eu d'abord une logique pratique : ce sont les raisonnements qui ont réussi — grâce aux moyens-valeurs, productifs de résultats-valeurs. Cette logique vécue a préparé la technique, qui est une logique utilitaire extériorisée. La technique fonde la rationalité, c'està-dire fixe les procédés qui conduisent sûrement l'activité mentale. La logique rationnelle, en systématisant ces procédés, dirige l'esprit vers les valeurs-vérités et répond à une « volonté de connaissance ». — Dans quelle mesure la logique rationnelle, qui s'est constituée sousl'influence et surle modèle de la logique utilitaire, et qui est une logique à la quatrième puissance, est au service de l'utilité primordiale ; dans quelle mesure les valeurs-vérités sont des valeurs-utilités, c'est ce que nous n'avons pas à rechercher pour le moment, — pas plus que nous ne nous demandons actuellement comment s'explique l'évolution mentale ni quels sont, dans cette évolution, les rapports de l'individu et de la société. Ce que, dans ce chapitre, nous avons voulu établir, à propos de l'activité humaine, c'est qu'un processus de finalité est un processus logique, et qu'un processus logique est essentiellement un piûcessus qui a une raison d'cire, dont le résultat est une valeur par rapport à Têtre qui pense.

Si donc, abstraction faite maintenant de l'esprit humain,

— « Si... juger, c'est agir ou se préparer à agir sur un milieu ambiant, il est évident, puisque toute vie est action, que nous retrouverons, à l'origine même de la vie physique et mentale, l'équivalent et peut-être même la première manifestation de ce processus. » Th. Ruyssen, Essai sur l'éolution psychologique du jagement (igo4), p. 48. — Cf. Espinas, Les ori- (jinrs de la technologie (1897).

I. Sur la notion de valeur et pour la bibliographie de ce sujet, voir plus loin, pp. 221 et suiv.

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nous nous demandons comment peut être pratiquée dans la science, d'une façon générale, la recherche du même processus, nous dirons que la préoccupation logique consistera à discerner dans la trame continue de la causalité — car la logique ne peut que diriger le cours de la causalité, sans l'interrompre — des séries de causes et effets qui, en plus de leur détermination causale, présentent le caractère de valeur d'un dernier terme, d'etlicacité des moyens termes, par rapport à un premier terme*.

Comme on l'a fait remarquer, le nom de fin ou de cause finale donné au premier terme a quelque chose, d'abord, de contradictoire ou d'équivoque ; sans doute, il marque une relation entre le premier terme et le dernier, mais il la marque gauchement : on ne saurait dire que le résultat soit cause de lui-même, que la fin préexiste à ses moyens. Et lorsqu'on explicite le sens du mot « cause finale » en disant que la finalité, c'est la causalité de l'idée, que c'est l'idée se réalisant, on évite la contradiction, — mais non l'erreur, si ce qui caractérise le processus, ce n'est pas la présence, le rôle de l'idée, mais la nature du résultat, l'efficacité des moyens, leur raison d'être, par rapport à quelque chose qui ne soit pas indifférent, pour quoi il y ait du bien et du mal : si ce qui le caractérise, en un mot, c'est la causalité de l'utile ou du bien '-.

I. « Peut-être y aurait-il lieu de tenir compte d'expressions qui, pour être relativement nouvelles, n'en expriment pas moins une vérité importante Il y a une « logique sociale », une « logique morale », etc. ; et,

réunies à la logique intellectuelle, ces diverses « logiques » de la pensée et de la vie formeraient la Logique générale. Toutes ont pour but de

manifester l'inévitable tendance à {"organisation Toutes les formes de

l'être sont sans doute; mais il y a, en toutes, un principe de sélection, d'intelligibilité, de critique interne, d'adaptation ou de justice immanente dont il est possible et désirable d'étudier le développement réel; et c'est la logique générale qui aurait à jouer ce rôle. » M. Blondel, art. Logique du Vocabulaire philosophique, ÊH/ie^in cité, juillet 1910, p. 177.

3. Goblot, art. cit., oct. iç)o3, p. 377. — \ oir d'intéressantes réflexions de Hamelin. op. cit.. pp. SaS-Sa^ : la finalité est un système, « une organisation cpii s'invente elle-même, un plan qui se dresse lui-même ».

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2. — En fait, la logique se présente dans la nature sous des formes diverses.

Sans doute il y a, dans la vie humaine, une logique intelligente, éclairée par l'idée : mais ce n'est là qu'un des aspects de la logique — telle que nous venons de la définir. Au surplus, cette sorte de logique qui se développe dans la conscience réfléchie \ dans la pensée, est bien plutôt — on vient de le voir — la causalité par l'idée, avec l'aide de l'idée, de l'instrument intellectuel, que la causalité de l'idée. Même la logique rationnelle, celle qui crée la science et qui s'épanouit dans la Logique théorique, c'est un problème — nous l'avons dit — de savoir quels rapports elle soutient avec la logique concrète, la logique utilitaire, quelle orientation elle a, si elle est jamais idéologie pure.

D'autre part, il y a, dans le psychisme inférieur, une logique sans intelligence, que n'illumine point la réflexion ; logique affective -, oii une conscience plus ou moins obscure s'aide de la mémoire associative. Cette mémoire est un instrument inférieur à l'intelligence, « faculté de former des conceptions par abstraction et d'en tirer des conclusions, faculté de prévoir l'avenir ^ » ; mais, à défaut de la prévision intellectuelle, elle permet du moins l'anticipation et, dans quelque mesure, une adaptation active^. La mémoire est

1 . La conscience réfléchie est ici une donnée dont nous n'avons pas à recherclier la nature.

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