La crise du transformisme, p
3. Les darwiniens et surtout les néo-darwiniens ne croient guère à la permanence des variations acquises (fluctuations de de Vries). L'école de de Vries ne croit même pas à l'efficacité de petites variations individuelles innées, mais bien aux brusques mutations qui constituent les espèces nouvelles. Ces apparentes mutations, que la théorie mutationiste explique par la brusque sortie de caractères latents, dans une secousse quelconque, comme on l'a fait observer, pourraient très bien résulter de lentes variations internes : autrement, on retrouve le mystère et la finalité. (Le Dantec, La crise du transformisme ; Et. Rabaud, Le milieu et les mutations, in Ucu. du Mois, mars 19 10.)
LES MODES DE LA LOGIQUE l53
•déjà citée — de Le Dantec, canaliser le hasard. Or, pour •que le hasard soit favorable ou défavorable, — et même pour qu'il soit « indifférent », — il faut bien qu'il rencontre quelque chose de prédéterminé, par rapport à quoi il prenne un sens. « On ne conçoit pas comment le facteur sélectif... pourrait en agissant au cours des siècles se fabriquer la matière même sur laquelle il agit, à savoir la vie, plastique et mobile, variant au gré des rencontres fortuites de causes internes ou externes, mais conservant toujours un fonds commun de propriétés irréductibles que Torganisation, la reproduction et rhérédité expriment et conservent à travers toutes les vicissitudes du devenir'. » La vie, autrement dit, n'est pas quelque chose de neutre et, pour ainsi parler, de vide : elle contient un principe interne. La substance vivante vit. Et c'est parce qu'elle vit qu'elle « canalise » le hasard et qu'elle manifeste une logique. Il n'y a pas simple processus de causalité quand une variation fortuite, à cause de l'appropriation qu'elle présente à la nature de la vie et de la survie qu'elle permet, se fixe par l'hérédité. Quelque rôle que joue ici le hasard, ce n'est pas le hasard qui est actif, c'est la vie, — la vie qui se souvient et qui « retient » ainsi ce qui l'avantage; la vie, qui oriente le déterminisme" ; la vie, qui, — selon une antithèse allemande, — sans être zwecknulssig, est ziveckthiitig néanmoins "*, parce que ce qui n'est pas fait pour tel usage se trouve servir à tel usage '*. Ce qu'on appelle adaptation, c'est de la logique vécue. On peut distinguer entre l'adaptation passive et l'adaptation active, — mais à la condition de définir cette passivité et de la bien distinguer de y inertie^.
I. L. Weber, La finalité en biologie, in Rev. Pliil., juillet 1908, p. 3. 3. Goblot fait une distinction intéressante entre l'orientation et la direction, in Rev. Phil., art. cit., 190^, p. 34.
3. Formule de ^A eismann, citée par Beuglé, La démocratie devant la science, pp. 34, note, et 197.