Goblot, in Rev. de Met. et de Mor.. art. cité, p. 4o
5. L'adai^talion active ajoute à l'enregistrement des hasards favorables
La différence de cette logique automatique avec la logique affective et la logique intelligente est dans la façon dont le moyen terme s'insère entre le premier et le dernier termes. L'intelligence, avec la vue nette du but posé par le désir et des voies qui y mènent, fait choisir à l'avance les moyens les mieux appropriés ou qui semblent tels. La logique affective permet d'atteindre un but plus ou moins obscurément entrevu par des moyens appropriés. La logique automatique est à la merci du hasard ; elle résulte donc d'essais, d'un nombre indéfini d'essais parmi les possibles : la logique intelligente « est plus rapide et plus économique, parce que les possibles sont jugés avant que d'être essayés ; ou plutôt les essais sont faits idéalement au lieu d'être faits réellement' ».
3. — S'il y a de la logique partout oiî il y a conscience et partout où il y a vie, il semble bien que l'évolution de la vie et de la conscience ait pour élément essentiel la logique. C'est l'évolution de la logique qui constituerait le fond même de cette évolution. Il semble, d'autre part, — c'est là une hypothèse qui s'impose à l'esprit, — que l'évolution de la logique consisterait en la production d'appareils de plus en plus perfectionnés pour fabriquer de la logique. Et l'intelligence, — qui n'est pas cause, mais instrument, — serait une machine-outil d'une remarquable efficacité-. La vie apparaît comme autonome, dans une certaine mesure ; et l'énergie qu'elle emmagasine s'y déploierait de plus en plus logiquela réaction directe de l'être : c'est le fonctionnement de Lamarck et des Néo-Lamarkiens (la cinétogénese de Cope, opposée à la physiogénese qiii crée des variations aussi fortuites que les innées ; V assimilation fonctionnelle de Le Dantec).
1. Goblot, in Rev. de Met. et de Mor., art. cité, p. 4o5. II dit: lafinalité intelligente (qu'il oppose à la finalité inintelligente^, terme, selon nous, contestable.
2. Cf. la définition de l'homme par Bergson, Évolution créatrice (1907)^ pp. i5i, i52.
L EVOLUTION DE LA LOGIQUE IOl[)
ment, — de Torganisme au psychisme, du psychisme inférieur à l'intelligence'. La logique serait le dedans de cette évolution adaptative, dont les caractères extérieurs sont la différenciation et l'intégration-.
L'évolution de la vie, dès lors, pose un double problème. Il s'agit, d'une part, de préciser, s'il est possible, la nature du principe interne, de la cause sui generis, réellement explicative, sur laquelle est fondée la logique. Et il s'agit, d'autre part, de préciser les modalités de cette évolution — dont on entrevoit, dont on retrace par hypothèse les grandes lignes. Nous avons montré ce que le darwinisme lui-même suppose de logique : il faudra déterminer dans quelle mesure l'évolution se produit par le jeu d'une logique purement darwinienne, automatique, fondée sur le hasard et la sélection ; comment se développe le psychisme et de quelle façon il intervient.
4. — Que le principe logique soit la tendance à être, voilà sur quoi on ne comprend guère le doute \ Rien n'aurait d'intérêt*, de valeur ; il n'y aurait ni ordre ni désordre, ni pro-
I. Pour Ribot, la conscience affective est « la conscience des énergies vitales dans l'individu et de leurs modalités ; elle se naanifeste comme une force de la nature » ; la connaissance est quelque chose de distinct. Voir ses Problèmes de psychologie affective.
3. « ... La pensée scientifique, issue de la pensée populaire, clôt le développement biologique continu qui commence aux manifestations de la vie les premières et les plus simples. « Mach, La connaissance et l'erreur, p. 12.
3. Le raisonnement pratique repose sur un premier jugement pratique, le jugement de besoin. — Voir, sur tout ceci, Rauh, De la méthode dans la psychologie des sentiments, ch. ix et x, Lalande, La dissolution opposée à l'évolution, p. 876.
4. Sur r « état d'intérêt ». voir de pénétrantes réflexions de Ribot, Le moindre effort en psychologie, in Rev. Phil., oct. 19 10. et la Psychologie d'Angell, que cite Ribot : « Evidemment, l'intérêt représente le côté spontané, dynamique, de notre constitution psychique. Le moi se reflète réellement dans ce qui l'intéresse. Il serait plus vrai de dire que les réactions affectives d'une personne révèlent ce qui l'intéresse que de dire, comme on fait quelquefois, que ses états aïïectih provoquent en elle l'intérêt... »
grès ni regrès ; la représentation des choses, en admettant qu'elle existât, serait comme si elle n'existait pas ; tout s'accomplirait en vain, si la vie n'était — au lieu d'une table rase — une tendance à être, susceptible d'être contrariée ou satisfaite. La tendance, dans tout être vivant, est « par rapport au dehors, un commencement — en un sens — absolu » ; et, dans la suite des êtres vivants et pensants, ce qui dépend d'elle constitue un développement spécifique, qui est la substance même de l'histoire, qui est ce par rapport à quoi tout le reste prend un intérêt et un sens. Gela ne veut pas dire qu'il y ait là de l'indétermination : il y a détermination et loi intérieures.
On peut être tenté de voir dans ce développement spécifique une création. Mais le mot de création est dangereux parce qu'il est équivoque. Concevoir la réalité — intérieure — comme productrice d'effets imprévus, imprévisibles, « où elle se dilate et se dépasse elle-même' », c'est lui prêter une allure déconcertante et en faire — tout au moins en apparence — une source d'indétermination. Bergson, pour définir cette réalité, a une richesse d'images prodigieuse : elle est la « mobilité même », une « poussée », un « libre élan », un « courant », un « jaillissement ininterrompu de nouveautés », une « croissance perpétuelle »^ Et il oppose
cette « création qui se poursuit sans fin » dans la réalité profonde, non seulement à l'immobilité de la matière, — qui est morte, — mais à la passivité de l'intelligence, — qui n'est qu'un reflet de cette matière inerte et « lestée de géométrie '^ » . Ainsi l'intelligence — Bergson s'est plu, dans toute son œuvre, à insister sur ce point — a pour objet principal le solide inorganisé, est modelée par la matière brute pour
(p. 38o). Cf. Rignano, art. cité, pp. 99 et suiv. — Voir aussi Mach, op. cit., not. pp. 64, 85, ii5.