LE PRINCIPE LOGIQUE
connaître des étals, et non révolution, « est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie' ».
11 semble bien qu'il soit trop affîrmatif en établissant une « coupure » entre la vie et la matière, entre le « tout fait » et le « se faisant ». Mais, dans tous les cas, il exagère la séparation entre cette intelligence, « qui ne saisit que le tout fait et qui regarde du dehors », et l'esprit, « faculté de voir qui est immanente à la faculté d'agir et qui jaillit, en quelque sorte, de la torsion du vouloir sur lui-même ■ » ; il distingue d'une façon trop absolue les démarches de l'être « qui agit sur la matière » et le travail de l'esprit « qui spécule sur son essence » ■*. Sous prétexte que les besoins pratiques la commandent et qu'elle sélectionne les caractères utiles du réel, faut-il faire de l'intelligence un instrument extérieur à la nature profonde de l'action ? \ a-t-il vraiment une connaissance qui « dépasse » et « transcende » l'intelligence*, et est-ce dans l'intuition, dans la contemplation pure que sfr révèle l'activité créatrice.'* Conçoit-on aisément que la connaissance de l'activité et l'activité connaissante soient étrangères l'une à l'autre .'•
La pensée est un instrument ; mais la création et l'emploi de cet instrument sont la forme la plus haute de l'action, celle où s'accomplit la conquête méthodique du réel grâce à une divination, semble-t-il, de sa nature (qui est le germe de la raison), celle aussi où s'accomplit la conquête du moi par lui-même. Nous ne pouvons concevoir aucune réalité, en son essence, que d'après la réalité que nous sommes. Mais cette réaUté, dont nous avons le sentiment intime, nous ne pouvons la connaître, de façon immédiate, précisément parce que nous la sommes. Il semble donc qu'au lieu de nous re-