‹ La synthèse mentale (volume 2)Chapitre 18 sur 22 · III. — LES MÉTHODES DE LABORATOIRE · texte numérisé non relu

III. — LES MÉTHODES DE LABORATOIRE

Nous examinerons à présent quel parti Ton peut tirer d'un autre groupe de méthodes, les méthodes do laboratoire. Nous distinguerons entre psycho-physique, psychométrie, étude des rapports entre Tactivité mentale et certains rythmes organiques, recherches qualitatives sur les mouvements, la mémoire et Fidéation. Nous ferons un groupe à part de Fexploration de Tacti vite inconsciente et de la pathologie mentale, car les méthodes de laboratoire proprement dites exigent la collaboration volontaire de sujets normaux. Nous n'avons pas Tintention d'exposer dans le détail ces méthodes. Elles sont universellement connues. Mais il importe aujourd'hui de définir l'emploi qu'on peut en faire dans l'étude d'un problème psychologique.

1"* Les psycho-physiciens introduisent en psychologie la notion d'intensité. Ils croient pouvoir isoler de Tensem^ ble de la vie mentale des séries de faits qu'ils supposent de même qualité et les distinguer par des diffL^rences mesurables de degrés. On choisit par exemple un ordre particulier de sensations ; le sujet qui se soumet aux expériences apprécie la seule intensité des sensations, et

SSa LA SYNTHÈSE MENTALE.

rexpérimentateur cherche à déterminer la série des intensités qui, dans la sensation du sujet, correspondent à la série parallèle des excitations. Chacun sait comment Fechner a formulé la loi psycho-physique. Les polémiques que soulevèrent ses travaux se manifestèrent par des critiques nombreuses ; les plus fortes d'entrés elles portent sur la détermination des caractères du fait conscient et montrent l'impossibilité d'appliquer à celui-ci les procédés d'abstraction des sciences exactes et de trouver une mesure dans l'appréciation de l'intensité des sensations (1). La vie normale ne nous met jamais dans la situation artilicielle du sujet exercé qui, après le long apprentissage du laboratoire, croit pouvoir, de l'ensenible des caractères sensibles, isoler l'intensité. Au contraire, l'intensité d'un état conscient varie en fonction de l'activité du sujet, de son attention et des sentiments qui la sous-tendent. Ensuite, n'est-ce pas par un artifice que l'on prétend qu'une sensation est le multiple d'une autre? Nous avons examiné cette question au premier paragraphe du chapitre troisième et y renvoyons le lecteur. Au surplus, les appréciations varient, d'individu à individu, suivant Ttixercice, et chez le même homme, suivant les dispositions du moment : cela enlève tout sens aux moyennes. Le postulat de la psycho-physique, l'existence d'une quantité intensive dans la vie mentale, ne semble pas îuslifié* II n'y a mesure possible que là où je puis rapporter une quantité à une autre quantité prise pour unité et me servir du nombre. Or, la vie consciente ne présente pas de valeurs quantitatives déterminables : le qualitatif ne s'élimine pas, comme dans les phénomènes. Ce n'est

(1) Voir dans Delboeuf, Éléments de psycho-physique (F. Alcan, 1883, pages t09 et suiv.), les lettres de Von Kries et Tannery, ainsi que le l«'chapiti^e de Bergson, Données immédiates.

LES MÉTHODES PSYCHOLOGIQUES. ûM

pas à un rapport mathématique entre sensation et excitation que nous conduisent les^ recherches psycho-pliysiques; car, de ces deux termes, il n'en est qu'un, l'excilation, qui s'exprime quantitativement.

Ces recherches cependant ne sont pas perdues; on en acquiert la conviction en lisant l'un des derniers ouvrages importants parus sur la matière, la Psychophysique, pnr Foucault. Mais leur interprétation doit être modific'Lv II se pourrait que la psycho-physique permît de déterminer — approximativement — la clarté des perceptions (1 . l']ii tout cas, les formules mathématiques n'ont plus en ( eUi le sens qu'elles ont dans les sciences mécaniques, VA\\}é ne sont qu'un symbole, une approximation, ou mieux une manière d'écrire, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre. La psycho-physique étudie donc l'appréeiation plus ou moins claire de l'excitation extérieure flaiis le cas particulier de sujets exercés et d'observa teins habiles : elle fournit la monographie de rappréciLUion des perceptions sensibles chez le travailleur de laboiatoire ; elle conserve ainsi une valeur très limitée et qualitative, malgré ses appareils de chiffres,

2*^ La psychométrie fournit la mesure exacte du temps exigé par certaines opérations intellectuelles ; la méthode des réactions permet de connaître combien dure l'inscription d'une sensation attendue, convenue d'avance, avec ou sans attention ; le temps qu'il faut pour recon-

(1) M. Foucault, La Psycho physique, F. Alcan, 1901. Voir p. 303 - « D'une manière générale, toute mesure de la sensibilité différentielle se ramène à une mesure de la clarté, soit des perceptions proprement dites, soit des perceptions dififérentielles. C'est donc bien la clarté et non liatensité qui est, toujours et partout, la quantité psychologique dont le* méthodes psycho-physiques fournissent la mesure. » Nous faisons nos réserves au sujet de la notion de « quantité psychologique ».

gU LA SYNTHÈSE MENTALE.

naître une sensation, pour choisir entre des mouvements simples, pour associer, selon des rapports élémentaires, deux idées ; les oscillations de l'attention, la régularité dans rappréciation des rythmes. Selon que le sujet est exercé ou non, les variations sont considérables. Si, au point de vue psychologique, ces recherches n'apprennent rien de bien important, elles peuvent prendre de l'intérêt si on compare leurs résultats à ceux de la physiologie* cérébrale. La durée d'une association d'idées peut atteindre dix fois celle d'une réaction simple ; la transmission se fait entre le neurone réceptif et le neurone moteur par un nombre plus grand d'intermédiaires : entre le temps dû réaction et les voies et centres nerveux qui interviennent dans l'acte étudié, il y a une corrélation que Tintrospection ne peut faire connaître ; elle nous présente en effet les dilférents moments d'un tel acte mental comme si étroitement fusionnés qu'ils ne forment pour nous qu'un seul tout, sans points de repère temporels. Mais si ce sont là des documents utiles au physiologiste, ils n'apprennent pas grand'chose au psychologue.

3o L'étude des rapports entre l'activité mentale et certains rythmes organiques peut amener à d^ curieuses constatations : on étudie, par exemple, les modifications de la respiration et de la circulation sous l'influence du travail intellectuel et des émotions, et Ton cherche les ressemblances et les différences entre les deux séries de modifications, la série organique et la série psychique (1) ; on trace la courbe de la fatigue musculaire dans ses rapports avec la fatigue mentale ; on se sert du dynamomètre pour mesurer, chez certains sujets anormaux et spéciale-

(i) Dû trouve dans V Année psychologique des recherches dans ce sens et un répertoirù utile de ce qui se fait dans la psychologie expérimentale.

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ment impressionnables, les effets, sur le dégagement d'énergie, des différentes espèces d'excitation sensible (1), Dans ces recherches, on ne peut additionner, les uns aux autres, les résultats des divers sujets étudiés ni en prendre la moyenne, puisqu'il s'agit de cas individuels qui diffèrent qualitativement. Ces documents sont plus intéres* santsque ceux de la psycho-physique et de lapsychometrie, car ces dernières méthodes cherchent à dépersonaalîser les sujets, tandis que les rythmes organiques et la pression •dynamométrique varient suivant l'état psychique provoqué; on ne peut faire abstraction ici des cas individuels.

4o Les expériences les plus intéressantes tentées jusqu'à présent en psychologie sont incontestablement celles qui portent sur la mémoire, l'imagination, l'idéation^ c'est-àdire sur des faits psychiques concrets, pris dans leur intégrité ; on fait varier les conditions de leur production et Ton étudie les|variations de celle-ci. Ces recherches fournissent des documents, comme les observations du clinicien, mais ils appartiennent aux cas normaux. Il n'est pas question ici de mesure quantitative ; on recueille les observations, on les classe, on les interprète. L'emploi de la méthode expérimentale en psychologie est, à ce point de vue, très fécond, tnais il fut plus rare que celui des méthodes de mesure.

A cette classe d'expériences se rattache l'étude des asso- •ciations d'idées chez un sujet auquel sont présentées des images et qui inscrit successivement les associations qu'elles éveillent en son esprit (2). On obtient de cette manière un plus grand nombre de faits que n'en eût fourni la seule introspection, et souvent aussi des faits

(1) Féré, Sensation et mouvement, F. Alcan.

(2) Voir dans Philosophische Studien VH, p. 50 et suiv. les recherches

«de SCRIPTURE.

quij sans rcxpériraentation, auraient passé inaperçus. La classification des résultats exigera beaucoup d'attention. Dans la manière de percevoir, de se souvenir, d'imaginer, l'expérimentation peut dégager, tout en restant essentiellement psychologique, des aspects de la vie mentale que Tintrospection ne pourrait atteindre. Il s'agit. d'étudier non un aspect mécanisé du cours des représen tationSj mais la synthèse perceptive elle-même. Une méthode qui s'adresse à la réalité concrète doit en faire varier certaines manifestations tout en maintenant comme objet d'expérience un acte conscient dans son ensemble. Je crois que c'est Alfred Binet le premier qui, en 1897 (1), eut ridée d'étudier l'image mentale. Peu après, en 1898, je fis des expériences du même genre ; je crois être utile au x expérimentateurs en reproduisant quelques pages du compte rendu de ces recherches (2). Je signalais à ce moment l'importance de ce genre d'études pour le témoignage. En Allemagne, depuis les recherches de Stern (1902), on s'est occupé de cette question, d'une application juridique importante. On trouvera dans l'excellent article de Larguier des Bancels (3) un résumé des résultats, et de nombreux renseignements sur les expériences et les méthodes.

Voici comment, dans mes expériences, je procédai.

Je présentai pendant vingt secondes à six sujets placés à égale distancedel'objetàvoiretdistinguantnettementceluici, une reproduction de la Mélancolie, de Durer. Aussitôt après, je leur demandai de décrire par écrit, chacun isolémentj ce qu'ils avaient vu. Ils ont écrit la description sous mes yeux.

(1) Année psychologique, III, pages 296 et suiv. . (2) Elias parurent dans la Revue de l'Université de BruxelleSy publication peu connue des psychologues, en décembre 1898. .

(3) Année psychologique, XII, 1906.

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Huit jours après> sans les avoir avertîsj je les priai de m*écrire de mémoire la description de la gravure; cela feit, je leur fis voir à loisir l'œuvre , et ils me Font décrite en T ayant sous les yeux.

A. — Analyse de la première expérience : perception de fœu ore , exp osée pendant ving t s econdes ,

Nous avons considéré onze objets de perception dans la gravure : le grand ange, ses ailes (que Tanalyse des résultats nous force à compter à part) ^ Tun ou Tautre des accessoires, la maison, le petit ange, le cbienj le bloc polyédrique, la mer, la banderole, rarc-eu-cîel, Tastre.

Voici le tableau-statistique des objets vus exactement, à peu près^ inexactement ou pas :

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