AUTEUR
lre INCUBATION.
2e INCUBATION.
Waller, 1 cas
34 jours.
31 jours.
Waller, 2 cas
30 jours.
29 jours.
Pfàlzer Anonymus, 1 cas.. . .
— — 2 cas.. . .
— — 3 cas
Lindwurm
Env. 25 à 26 jours.
Pellizzari
39 jours.
Ces recherches montrent que le sang, examiné à une époque assez rapprochée de V accident primaire, renferme le virus syphilitique actif, mais la présence de ce virus est loin d’y être constante, puisque sept seulement des dix-huit expériences faites sur l’homme, ont donné des résultats positifs (2).
Ces constatations furent confirmées par l’expérimentation sur le singe. Hoffmann (3), qui étudia le premier cette question, a publié des faits à l’abri de toute objection et qui permettent de considérer comme résolu le problème de l’infectiosité du sang syphilitique. Il opéra de la façon suivante : après désinfection soignée du pli du coude dépourvu de toute lésion syphilitique, il pratiqua une incision au niveau de la veine médiane et introduisit une canule dans ce vaisseau. Il recueillit, après avoir laissé écouler les premières gouttes, environ 5 à 10 centimètres cubes de sang et l’inocula, souvent même avant toute coagulation, à l’arcade sourcilière et au bord palpébral des singes, en ayant soin de se servir du procédé des poches sous-épidermiques. Dans d’autres cas, il eut soin de frotter ce sang pendant cinq à vingt minutes, sur
(1) Consulter, pour les détails de ces observations, l’ouvrage de Rollet : « Traité des maladies vénériennes », Paris, Masson, 1866.
(2) Ces données ontété confirmées par J ullien ( Festschr.fürl . Neumann , Leipzig et Vienne, 1900, p. 367), qui a publié l’observation de deux médecins s’étant inoculé la vérole par l’intermédiaire du sang, au cours d’une opération faite sur un syphilitique.
(3) Hoffmann, Deutsche med. Woch., 1906, n° 13.
la peau préalablement scarifiée. Ces expériences sont au nombre de quatre, deux positives et deux négatives. Voici l’une des premières : Le sang, provenant d’un malade syphilitique depuis environ trois mois et en pleine période secondaire, fut inoculé à un Macacus rhésus , qui montra, au bout de dix-huit jours, des manifestations locales; extirpées quelque temps après et examinées au microscope, ces manifestations se montrèrent riches en spirochètes. L’autre expérience positive ( Cynocephalus babuin ), fut également concluante, et il en a été de même des deux recherches qui ont abouti à un résultat négatif. En effet, les singes qui ne réagirent pas à l’inoculation du sang (Cynocéphales), furent sensibles à une scarification d’épreuve faite avec un virus fourni par des accidents spécifiques cutanés. Il n’y avait donc chez eux aucune immunité naturelle.
Ces données permettent de conclure : 1° que le sang des syphilitiques peut être infectieux déjà quarante jours après l’inoculation, c’est-à-dire, d’après Hoffmann, deux ou trois semaines avant l’apparition de la roséole et qu’il peut garder sa virulence même six mois après le début de la maladie ; 2° que la quantité des tréponèmes circulant dans le milieu sanguin doit être relativement minime et que leur présence peut n’y être que momentanée. Nous venons de voir, en effet, que dans quelques cas (la moitié environ), il fut impossible de transmettre la syphilis par inoculation du sang.
Dans une publication ultérieure, Hoffmann (1) revient sur cette question et publie une nouvelle expérience positive, très intéressante en ce sens qu’une première inoculation, faite immédiatement après la saignée (syphilis datant de trois mois), réussit à reproduire un chancre, tandis que la seconde, pratiquée quelque temps après avec le même sang, resta sans effet. Ceci prouve l’extrême fragilité de l’agent pathogène de la vérole une fois retiré de l’organisme. (Cf. Salmon.)
(1) Hoffmann, Dermat. Zeitschrift, 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 561.
A côté de ces résultats positifs, il faut citer les expériences négatives de Neisser (1) et de Finger et Landsteiner (2). •Ces derniers se sont servis du sang d’un malade qui était au début de ses manifestations secondaires et de cinq autres sujets en pleine période éruptive ; aucun des animaux inoculés ne présenta le moindre signe pouvant être rapporté à l’infection spécifique. Il n'est donc pas douteux que si, au cours de révolution de la syphilis, le sang se montre virulent, il ne l'est pas toujours ; sa richesse en virus est donc loin d'égaler celle des manifestations spécifiques cutanées et muqueuses. Nous verrons au chapitre de la Microbiologie (Voy. page 250), que la recherche du spirochète dans le sang de la circulation générale confirme ces conclusions, puisqu’il est difficile et parfois même impossible d’y déceler ce parasite chez l’adulte syphilitique (3).
§ 5. — Infectiosité du sperme.
La question de l’infectiosité du sperme a depuis longtemps préoccupé les syphiligraphes. Les anciens, impressionnés q>ar la fréquence de la contagion par les voies génitales, étaient convaincus que le sperme est un des importants vecteurs de l’agent infectieux. Ainsi Astruc (4) affirme « que la semence et les autres humeurs séminales sont les plus sujettes à être infectées du virus vénérien, à raison de l’affinité particulière qui les rend propres à en être intimement pénétrées. En effet, l’expérience prouve que la vérole se répand principalement
(1) A. Neisser, Dieexperimenl. Syphilisforschung, 1906, Berlin, Springer, p. 28.
(2) Finger et Landsteiner, Sitzungsberichte der Kaiserliche Akad. der Wissenschaft inWien, 1906, vol. 115, fasc. III, p. 179.
(3) Aucun expérimentateur ne s’est occupé de l’infectiosité du sang prélevé uhez les syphilitiques tertiaires. Nous ne possédons, à ce sujet, que les observations de Diday ( Gaz . mèd. de Paris , 1849, cité par Rollet), d’après lequel l’inoculation du sang de malades atteints de périostose tertiaire, faite à plusieurs individus, ne fut suivie d’aucune manifestation locale ou générale.
(4) Astruc, De morbis veneriis , 1736, cité par Rollet, Dict. Encyclop ., vol. 15,
par le commerce vénérien et conséquemment par le véhicule de la semence et des humeurs séminales ». Cette opinion n’est pas partagée par Hunter (1) qui, dans son « Traité de la syphilis », s’exprime de la façon suivante : « Ainsi on a supposé que les testicules et les vésicules séminales peuvent être affectés par la maladie, que le sperme peut devenir vénérien, communiquer la maladie à d’autres personnes et même, dans l’acte de la fécondation, produire un foetus vérolé. Mais toutes ces hypothèses sont sans fondement ». Porter (2), au contraire, en 1857, dans son « Essai sur V histoire de la syphilis » , "affirme que la semence d’un syphilitique peut, sans intervention de la grossesse, développer l’infection chez une femme saine. Diday soutient également la même théorie. « Le sperme, écrit-il, peut infecter directement, et le spermatozoïde, qui est l’agent de transport de la matière virulente, pénétrant jusqu’à l’ovaire, a assez de force pour infecter l’ovule de l’organisme de la femme qui le porte » (3).
La question en était là, lorsqu’en 1867, Mireur (4) plaida la cause de la non contagiosité du liquide spermatique. Dans sa thèse inaugurale intitulée : « Essais sur l'hérédité de la syphilis », il s’exprime de la façon suivante : « il est probable que le sperme pas plus que les autres sécrétions de l’économie, ne participe aux propriétés contagieuses du chancre, du sang et des lésions secondaires syphilitiques ». En énonçant cette probabilité, il n’était guidé par aucune observation précise. Aussi, quelques années plus tard, convaincu que l’expérimentation seule pouvait trancher la question, il se décida à avoir recours à elle et entreprit la recherche sui-
(1) Hunter, Traité de la syphilis , 1786, cité par Rollet, Dict. Encyclop.,
vol. 15, p. 287.
(2) Porter, cité par Mireur, dans les Annales de Dermat. et de Syphilig., 1876-77» p. 424.
(3) Diday, Gazette hebdomadaire , 1864, p. 706.
(4) Mireur, Essais sur V hérédo- syphilis . Thèse de Paris, 1867. Annales deJDermat . et de Syphilig., 1876-1877, p. 424.
vante, l’unique tentative qui ait été faite sur l’homme :
Un malade âgé de vingt-six ans, en pleine période secondaire (le sujet était porteur d’une induration spécifique, trace de l’ancien chancre, d’adénites multiples, d’une roséole papuleuse confluente du tronc, de plaques muqueuses, etc.), et n’ayant jamais suivi de traitement, fournit le sperme qui, maintenu à une température légèrement tiède, fut inoculé immédiatement après à quatre personnes.
Les deux premières furent opérées avec une aiguille cannelée (six piqûres, trois à chaque bras). Sur la jambe droite de la troisième, on pratiqua l’ablation de l’épiderme par vésication ammoniacale, puis l’application d’un plumasseau de charpie imbibé de liquide séminal. Le pansement fut laissé en place vingt-quatre heures. Enfin, le quatrième sujet fut inoculé par le procédé employé par Pellizzari de Florence, lorsqu’il expérimenta l’infectiosité du sang sur Barglioni, Rossi et Pazzigli. A la partie supérieure et externe du bras, Mireur enleva l’épiderme par raclage et fit trois petites incisions transversales, sur lesquelles on appliqua et on laissa en contact, pendant trente-six heures, de la charpie imbibée de sperme.
A part une légère inflammation apparue chez les deux premières personnes quelques heures après l’inoculation, et qui disparut le lendemain, ces malades, suivis attentivement pendant six mois, ne présentèrent aucun accident ni local, ni constitutionnel. Malgré quelques objections, il est vrai peu fondées, Mireur conclut fermement à la non contagiosité du sperme.
Ces résultats ne furent confirmés qu’en partie par l’expérimentation sur les animaux. Finger et Landsteiner (1) qui, les premiers, ont entrepris cette étude, ont réussi à transmettre la vérole aux singes par inoculation du
(1) Finger et Landsteiner, Sitzungsbericht. der Kaiserl. Akad. der Wissens chaften in Wien, 1905, vol. 114, fasc. III, p. 497; 1906, vol. 115, fasc. III, p. 179.
sperme. Leurs expériences sont au nombre de trois; les voici en détail :
Le 6 novembre 1905, les auteurs recueillent du sperme chez un malade qui avait eu, quelque temps auparavant, un chancre du prépuce avec tuméfaction ganglionnaire multiple et de rares syphilides papuleuses lenticulaires. L’accident primaire avait été extirpé, de sorte que, au moment où le sperme fut recueilli, le sujet ne présentait aucune manifestation spécifique des organes génitaux (scrotum, pénis, urètre, etc.). Le liquide spermatique (1) fut obtenu par expression des vésicules séminales et de la prostate, et on eut soin d’éviter toute contamination en le faisant couler immédiatement dans un verre de montre placé au méat. Après centrifugation, Finger et Landsteiner inoculèrent le culot au niveau de l’arcade sourcilière et du pubis d’un Cynocéphale (procédé des poches sous-épidermiques). Trois semaines après, on constata les premières manifestations qui augmentèrent progressivement et se transformèrent en ulcérations légèrement indurées. Ces lésions étaient sûrement d’origine syphilitique, car l’animal, réinfecté une seconde fois, montra une résistance absolue.
Dans une autre expérience, Finger et Landsteiner ont inoculé à un rhésus le sperme provenant d’un malade atteint d’une orchite interstitielle double et dont la syphilis datait de trois ans. Trente-six jours après, le singe présenta quelques nodules pâles dans la zone scarifiée, lésions qui disparurent rapidement. Quant aux résultats fournis par la dernière expérience, ils sont trop douteux pour avoir quelque valeur.
A ces recherches s’ajoutent celles de Hoffmann (2) et de Neisser, Baermann, Halberstâdter et Schucht (3). Le pre-
(1) A l’examen microscopique, on a constaté que ce sperme ne contenait ni sang, ni leucocytes, mais un grand nombre de spermatozoïdes vivants.
(2) Hoffmann, Dermat. Zeitschr., 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 561.
(3) A. Neisser, Die experim., Syphilisforsch. Berlin, Springer, 1906.
mier essaya l’infectiosité du sperme fourni par trois malades syphilitiques depuis deux mois et demi, onze mois et un an ■et demi ; il eut soin d’inoculer profondément une grande quantité de liquide séminal, mais, malgré ces précautions, il n’obtint que des résultats négatifs. Il en fut de même des recherches de Neisser, qui comportent sept expériences faites avec du sperme recueilli chez des syphilitiques à toutes les périodes de la maladie.
Quoi qu’il en soit et malgré ces essais infructueux, les deux résultats positifs de Finger et Landsteiner sont suffisamment nets pour pouvoir conclure que dans certaines conditions , difficiles à préciser , le sperme peut contenir le virus syphilitique. Il ne nous semble pas que les remarques formulées par Hoffmann à propos de ces résultats, soient bien fondées. Cet auteur objecte, entre autres, la possibilité de l’existence, sur la paroi urétrale, de plaques muqueuses ayant pu contaminer le sperme sur son passage dans le canal. Mais il est bien difficile d’admettre la présence de ces lésions muqueuses sans troubles fonctionnels et sans suppuration, si minime soit-elle. Or, les auteurs ont bien insisté sur l’absence de cellules de pus dans le sperme employé par eux.
Au point de vue théorique, l’infectiosité du sperme est d’un intérêt capital, car elle permet de comprendre le mécanisme de la transmission de la vérole paternelle au rejeton. On sait combien il est fréquent de constater la syphilis chez un fœtus dont la mère est indemne de tout accident apparent et complètement réfractaire à l’égard d’une infection spécifique venant du dehors. La maladie, dans ces cas, n’a pu être transmise que par l’intermédiaire du liquide séminal, cela d’autant plus que le générateur n’offre pas des manifestations spécifiques contagieuses au moment de la conception. Quant à la voie par laquelle se fait cette transmission spermatique de la vérole, il est difficile de la préciser actuellement. La pénétration du tréponème dans l’ovule, facilitée peut-être par celle du spermatozoïde, est probable,
mais il n’est pas impossible que le sperme puisse contaminer l’enfant par l’intermédiaire de la mère. En effet, l’agent pathogène peut envahir l’organisme maternel soit par une érosion des muqueuses vaginale ou utérine, soit encore par l’intermédiaire des trompes et de la cavité péritonéale. Toutefois ce dernier trajet est bien improbable, puisque d’après les expériences de Neisser, l’injection intrapéritonéale du virus spécifique reste sans effet et ne confère aucune immunité. La première de nos hypothèses est donc la plus rationnelle, d’autant plus que l’examen microbiologique de l’ovule des nouveau-nés hérédo-syphilitiques a montré à Wolters et à Levaditi et Sauvage, la présence de nombreux tréponèmes dans les ovocytes, prouvant ainsi que ces parasites sont capables d’envahir les cellules germinatives. (Voy. page 310.)
De ces recherches ressort une fois de plus l’affinité marquée de l’agent pathogène de la syphilis pour le testicule. C’est dans cette glande que Neisser réussit à inoculer le virus spécifique chez le singe, et c’est dans son tissu également, ainsi que dans" quelques organes hématopoiétiques, qu’on a pu le retrouver. Enfin, nous venons de voir que le sperme, prélevé même pendant des périodes d’accalmie, contient le tréponème, puisque inoculé par Finger et Landsteiner, il a transmis la maladie aux espèces simiennes.
§ 6. — Infectiosité du lait et du liquide céphalorachidien.
Beaucoup moins heureuses furent les recherches faites sur différents autres liquides, entre autres le lait et le liquida céphalo-rachidien. Pour ce qui concerne le premier, Finger et Landsteiner (1) ont inoculé à deux Cynomolgus du lait provenant de femmes syphilitiques, mais n’obtinrent que
(1) Finger et Landsteiner, Sitzungsber. de r Kaiserl. Akad. der W issenschaften in Wien, 1906, vol. 115, fasc. III, p. 181.
des résultats négatifs. Il en fut de même du liquide céphalorachidien; Thibierge et Ravaut (1) firent cinq expériences en scarifiant le bord palpébral de plusieurs Macacus rhésus avec le culot de centrifugation du liquide cérébro-spinal prélevé chez des syphilitiques secondaires ou héréditaires ; ils n’obtinrent jamais de chancre.
Hoffmann (2) fut le seul à transmettre la syphilis par l’intermédiaire de ce liquide recueilli chez un malade atteint de syphilides papuleuses confluentes. Cette unique recherche positive demande toutefois à être confirmée.
(1) Thibierge et Ravaut, Annales deDermat. et de Syphilig., juillet 1905, p. 9.
(2) Hoffmann, Dermat. Zeitschrift , 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 561.