NUMÉRO
des
expériences.
DURÉE de la
lre incubation.
NOMBRE de jours écoutés entre ta lre et la 2e inoculation .
DURÉE de la
2e incubation.
RÉSULTATS
Il résulte de ces recherches que la réinoculation est encore possible pendant les premiers cinq jours qui suivent l’apparition du syphilome primaire (dix jours d’après Metchnikofï et Roux) (.1). Il n’existe donc aucune immunité absolue au cours de cette période, mais, comme chez l’homme, la façon dont l’organisme réagit vis-à-vis du virus a néanmoins subi des modifications appréciables. En effet, non seulement les chancres de réinoculation sont plus atténués et plus fugaces que les accidents primaires, mais encore leur incubation est exceptionnellement courte; elle fut en moyenne de six jours au lieu de vingt-deux, moyenne des incubations des syphilomes primaires enregistrée par Finger et Landsteiner (2).
Conformément à ce qui avait déjà été observé par Metchnikofî et Roux, ces auteurs ont constaté qu’après cette période de début, pendant laquelle on n’observe qu’un état réfractaire relatif, l’organisme des singes oppose une résistance pour ainsi dire absolue à toute tentative de réinoculation (six expériences toutes négatives). Dans un seul cas pourtant, il fut possible de provoquer un chancre chez un Cynocephalus hamadryas en lui inoculant le virus dix mois après la première infection ; la lésion, représentée par quelques nodules
(1) Metchnikoff, La syphilis expérimentale. Arch. générale de médecine , 1905, p. 1623.
(2) Finger et Landsteiner, Sitzungsber. der Kaiserl. Akad. der Wissensch. in Wien., 1905, vol. 114, fasc. III, p. 497.
rougeâtres, se développa moins/bien que l’accident primaire, apparut après une incubation de neuf jours et guérit au bout de huit.
De son côté, Neisser fit 37 essais de réinoculation sur des Macacus cynomolgus, des Gibbons et des Orang-outangs, et enregistra neuf succès incontestables. Dans ces expériences où la réinfection fut possible, cet auteur constata pour le premier accident, une incubation moyenne de vingthuit jours, et de vingt-neuf pour le second, ce qui est loin d’être conforme aux observations des savants de Vienne (1). Il est intéressant de rappeler que Neisser réussit à obtenir un syphilome des plus nets, en inoculant le virus trois cent seize jours après une première infection.
A cette question se rattache celle des récidives locales fréquemment constatées au cours de l’évolution de l’infection syphilitique chez les simiens. Il s’agit de lésions ayant l’aspect des chancres et qui se développent au voisinage immédiat de ceux-ci, quelque temps après leur guérison complète ou même pendant leur évolution. Ces récidives furent constatées la première fois chez les singes inférieurs, par Metchnikofî et Roux (2). Ces savants virent apparaître chez un Macacus cynomolgus , après la guérison d’un syphilome sourcilier et tout près de lui, une végétation pigmentée qu’ils comparèrent à un lupus et dont ils ne purent préciser la nature d’une façon certaine. Depuis, ils eurent l’occasion de vérifier un grand nombre de fois cette constatation et purent s’assurer de la nature spécifique de ces manifestations satellites du chancre (3).
Les observations de Metchnikofî et Roux ont été vérifiées et
(1) Comme nous l’ayons déjà fait remarquer, cette discordance tient à la façon dont les divers expérimentateurs apprécient le début du chancre.
(2) Metchnikoff et Roux, Annales de V Institut Pasteur , 3e mémoire, 1904,, vol. 18, p. 658.
(3) Metchnikoff et Roux, Annales de V Institut Pasteur, 4e mémoire, 1905,, vol. 19, p. 673.
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complétées par Finger et Landsteiner (1). Chez plusieurs Cynocephalus hamadryas , après la guérison complète des chancres sourciliers, ces auteurs remarquèrent des infiltrations mesurant 2 à 3 millimètres et intéressant la paupière supérieure. Ces infiltrations, de couleur brunnoirâtre, se couvrirent de squames et de croûtes, prirent un aspect serpigineux et se résorbèrent en laissant après elles des cicatrices pigmentées. Le même processus se présenta chez un autre hamadryas , au niveau du pubis, toujours au voisinage d’un accident primaire déjà guéri.
De leur côté, Neisser et ses collaborateurs (2) ont constaté dans huit expériences faites sur le Mac. cynomolgus , le Mac. niger , le Cercocebus fuliginosus et le Cynocephalus sphynx , des récidives locales serpigineuses et annulaires, qui firent leur apparition de douze à cent cinquante-sept jours après l’inoculation du virus, le plus souvent à un moment où le chancre était complètement cicatrisé.
Quel peut être le mécanisme pathogénique de ces lésions? Tous les observateurs sont d’accord pour admettre que les récidives locales ne sont pas dues au transport de l’agent pathogène par la voie sanguine, comme cela a lieu pour les manifestations syphilitiques de la période secondaire. En effet, ces récidives ne se rencontrent jamais loin de la région où siégeait le chancre, et n’ont été observées que chez les catarrhiniens inférieurs, lesquels n’offrent jamais d’exanthèmes spécifiques secondaires. Les récidives en question ont ceci de caractéristique que, la plupart du temps, elles font leur apparition au moment où il est impossible de réinoculer avec succès le virus syphilitique, c’est-à-dire lorsque le revêtement cutané à déjà acquis une immunité incontestable. Elles ressemblent donc aux manifestations de la période secondaire, lesquelles peuvent éclore malgré l’insensibilité de la peau à l’égard d’un virus étranger. Ce sont là des consta-
(1) Finger et Landsteiner, Sitzungsberichte der Kaiserl. Akad. der Wissensch. in Wien, 1905, vol. 114, fasc. III, p. 497.
(2) Neisser, Baermann et Halberstædter, Deutsche med. Woch., 1906, 1 à 3.
tâtions qui, au premier abord, semblent contradictoires, mais qui s’expliquent dès que l’on songe aux faits déjà connus du domaine de l’immunité antimicrobienne.
Les tréponèmes qui provoquent l’éclosion de ces récidives locales proviennent de leur principal foyer de pullulation, le chancre. Ils abandonnent ce foyer assez rapidement, alors qu’il ne s’est encore développé aucun état réfractaire de la peau, c’est-à-dire dans le court espace de temps qui suit de près l’éclosion du syphilome et au cours duquel la réinoculation est pratiquement possible. Installés dans les tissus voisins, les parasites s’y multiplient lentement, en même temps que l’immunité cutanée s’accentue et qu’il se forme des principes défensifs (anticorps). Ces tréponèmes, obligés ainsi de vivre dans un milieu peu favorable, finissent par s’accoutumer; ils pullulent alors abondamment et provoquent l’éclosion des récidives locales. Il en résulte que la peau, réfractaire à l’égard d’un virus d’origine exogène, est incapable de résister à la multiplication des spirochètes que l’organisme héberge depuis longtemps et qui se sont habitués à ce milieu en état de défense. De là l’apparition des récidives locales même en pleine période d’immunité.
En résumé, toutes ces recherches faites sur les singes, ont confirmé les données établies par l’expérimentation sur l’homme. Elles montrent que l’immunité cutanée vis-à-vis d’une nouvelle inoculation de virus spécifique, ne devient manifeste que quelque temps après l’éclosion de l’accident primaire. Avant cette période, l’organisme s’est cependant ressenti de la pénétration de l’agent pathogène, car il réagit autrement qu’un animal neuf à la réinoculation. U immunité s'établit donc par étapes , d'une façon lente et progressive.
§ 2. — L’immunité au cours des périodes secondaire et tertiaire de la syphilis.
On était d’accord jusque dans ces derniers temps, pour admettre que pendant la période secondaire et longtemps après
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elle, voire même au cours du tertiarisme, l’organisme est totalement réfractaire à l’égard de l’inoculation d’un virus spécifique venant du dehors. On avait bien constaté, il est vrai assez rarement, que des anciens syphilitiques, à la suite d’un coït infectant, pouvaient présenter de nouveau des lésions primaires typiques, suivies parfois de manifestations secondaires. Les auteurs expliquaient ces faits en admettant que l’immunité peut fléchir à un moment donné, sans cependant disparaître complètement. Les cliniciens avaient, en effet, remarqué que la seconde syphilis des tertiaires ne se manifestait le plus souvent que par un accident primitif et de l’engorgement ganglionnaire; c’est ce qui résulte du moins des observations publiées par Kôbner (1), Gascoyen, Diday (2), Neisser (3), Hallopeau (cités d’après Fingeret Landsteiner).
Tel était l’état de la question, lorsque tout récemment parut le travail de Finger et Landsteiner (4) apportant à ce sujet de précieuses contributions. Ces auteurs démontrent par des expériences faites sur l’homme, que la thèse qui admet l’existence d’une immunité absolue au cours des périodes secondaire et tertiaire de la syphilis, est complètement erronée. D’après eux, la « plupart des syphilitiques et dans tous les stades de la maladie, réagissent vis-à-vis du virus par des réactions locales nettement spécifiques ». Les savants viennois ont inoculé au cours de la seconde période d" incubation, des produits primaires, particulièrement des fragments de chancre, en se servant de leur procédé des poches sousépidermiques et ont obtenu des papules, ou plutôt des petits nodules, apparaissant au bout de quatorze jours et qui atteignaient les dimensions d’une lentille. Ces nodules se couvraient de squames et même de croûtes, persistaient quelques
(1) Kobner, Berlin, klin. Woch., 1872.
(2) Diday, Histoire naturelle de la syphilis , 1863.
(3) A. Neisser, Arch. /. Dermat. und Syphilis, 1898, vol. 44.
(4) Finger et Landsteiner, Sitzungsber. der Kaiserl. Akad. der Wissenschaft in Wien 1906, vol. 115, fasc. III, p. 179.
semaines et guérissaient, en laissant après eux des cicatrices pigmentées. Finger et Landsteiner ont remarqué que ces lésions étaient d’autant plus manifestes que la syphilis était plus récente, et qu’il y avait une certaine relation entre l’intensité de la réaction et la quantité du virus inoculé. Ajoutons que lorsqu’ils opéraient sur des malades en -pleine période secondaire, les accidents engendrés expérimentalement étaient moins développés, tout en conservant les caractères décrits plus haut.
Ces données sont fort intéressantes et assez inattendues, puisqu’elles tendent à prouver qu’à aucun moment de l’évolution de la vérole, on ne peut compter sur une immunité absolue du revêtement cutané à l’égard du virus exogène. Mais, plus surprenants encore sont les résultats que les auteurs viennois ont enregistré pendant la période tardive de la maladie. Ils ont constaté que non seulement les tertiaires ne sont pas absolument réfractaires, mais qu’ils ont encore une façon particulière de réagir. Inoculés avec du virus pris sur des accidents primaires ou secondaires, ils présentent, au point d’inoculation, des plaques érythémateuses et brunâtres reposant sur des indurations bien circonscrites. Ces lésions, qui se développent progressivement pour aboutir à des syphilides cutanées, offrent, dans la suite, une ressemblance frappante avec les manifestations tertiaires de l’individu soumis à l’expérience. Finger et Landsteiner ont ainsi obtenu des tubercules cutanés , des gommes et des syphilides ulcéreuses ayant les caractères les plus nets du tertiarisme. Ils se sont assurés d’ailleurs, par des inoculations témoins faites chez les mêmes malades avec du virus tué par la chaleur, que ces lésions étaient bien dues à la pénétration des tréponèmes vivants) ces inoculations d’épreuve sont restées, en effet, sans résultat.
Ces expériences sont trop récentes et ne furent pas encore vérifiées par d’autres chercheurs, pour que leur valeur démonstrative soit absolue. Ainsi Salmon (1), dans huit
(1) Salmon, Comptes rendus de la Société de Biologie , 1907, vol. 62, p. 254.
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réinoculations pratiquées chez trois syphilitiques dont l’infection datait de vingt et trente-six ans, n’enregistra que deux succès, et encore faut-il remarquer que les lésions provoquées expérimentalement ne consistaient qu’en des papules squameuses et ne ressemblaient nullement à des manifestations tertiaires. Quoi qu’il en soit, nous devons tenir compte de ces recherches et envisager de la façon suivante l’évolution de l’immunité au cours de l’infection syphilitique.
§ 3. — Considérations générales sur l’immunité dans la syphilis.
Le caractère principal de V immunité dans la syphilis est sa coexistence avec la présence- du virus actif dans V organisme. Ainsi, le revêtement cutané se montre plus ou moins réfractaire à une nouvelle inoculation de tréponèmes venant du dehors, et cependant au cours de la période secondaire et plus tard, pendant le tertiarisme, il se montre sensible à l’action du virus que l’organisme héberge soit dans le sang, soit dans l’intimité des organes. On sait que non seulement les manifestations secondaires, mais aussi les accidents tardifs (gommes ou ulcérations serpigineuses) contiennent des parasites virulents et sont capables de transmettre l’infection (Voy. chap. V, p. 61).
D’ailleurs Neisser et ses collaborateurs ont prouvé expérimentalement que si on examine les organes des singes syphilisés, sacrifiés au moment où la peau a déjà acquis un degré d’immunité assez nette, on y trouve du virus actif; ces tissus et particulièrement la moelle osseuse, inoculés à d’autres simiens, leur communiquent une vérole typique. La syphilis montre donc, à ce point de vue, une analogie frappante avec certaines infections causées par les protozoaires, entre autres les Pyroplasmoses et les Trypanosomiases. Il est établi à ce propos, à la suite des recherches de Theiler, confirmées par Nuttal et par l’un de nous, que les animaux atteints
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de Pyroplasmose canine deviennent immuns vis-à-vis d’une nouvelle inoculation de parasites ; ils ont un sérum riche en anticorps doués de propriétés préventives, et cependant ils contiennent encore dans leur circulation des parasites capables de transmettre la maladie à d’autres animaux neufs.
Quand on parle donc d’immunité syphilitique, on doit entendre par là un état réfractaire relatif du revêtement cutané et muqueux à l’égard des tréponèmes extérieurs, et non pas une immunité complète, avec stérilisation absolue de l’organisme. D’ailleurs, même en ce qui concerne cette immunité cutanée et muqueuse, il y a tout lieu de croire qu’elle peut ne pas intéresser toute l’étendue des surfaces extérieures, mais se localiser en certaines régions. Il y aurait donc une analogie avec ce qui se passe au cours de l’immunité vaccinale; on sait, en effet, depuis les expériences de Provazek, de Jurgens et de Kraus et Volk (1), qu’il est possible de déterminer dans la vaccine un état réfractaire de la peau, sans entraîner forcément celui de la cornée, et aussi de l’une des cornées à l’exclusion de l’autre. Kraus, en s’appuyant sur cette analogie entre les deux immunités, vaccinale et syphilitique, pense que l’état réfractaire naîtrait au point d’inoculation du virus spécifique, c’est-à-dire dans la région de l’accident primaire, pour envahir peu à peu tout le reste du tégument, en s’étendant progressivement, à la façon d’une tache d’huile, ou par poussées (2). Mais ce ne sont là que des vues hypothétiques qui attendent leur confirmation expérimentale.
Il n’en est pas de même des notions concernant l’évolution de l’immunité cutanée que nous avons résumées au début de ce chapitre. Cette immunité n’existe ni avant le chancre, ni pendant les quelques jours qui suivent son apparition ; elle ne débute qu’un certain temps avant les manifestations secondaires et augmente progressivement pendant la maladie.
(1) Kraus et Volk, Wien. klin. Woch., 1906, vol. 19, n° 21.
(2) Cette façon de voir a été récemment partagée par A. Neisser ( Kongress der deutsch. dermat. Gesellsch., tenu à Francfort-sur-Main, juin 1908).
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Tout porte à croire que plus tard, aux approches de la période tertiaire, l’état réfractaire fléchit, sans disparaître complètement. La preuve en est fournie tout d’abord par la possibilité d’une réinfection chez les anciens spécifiques, ensuite par les caractères particuliers des accidents du tertiarisme.
Ces caractères, sur lesquels ont insisté Finger et Landsteiner (1), sont des plus intéressants. Qu’elles soient provoquées par les parasites conservés dans l’organisme, ou, comme l’on fait les auteurs viennois, par des tréponèmes étrangers, ces lésions sont toujours analogues à elles-mêmes (gommes, tubercules et syphilides ulcéreuses) et diffèrent des autres manifestations primaires et secondaires. Comment interpréter cette particularité ? Deux hypothèses sont possibles : d’après la première, on peut admettre que les caractères propres aux manifestations du tertiarisme sont dus à la nature même du parasite qui, analogue aux protozoaires, présenterait plusieurs phases dans son cycle évolutif, et provoquerait des réactions spéciales à chacune de ces phases (Buschke et Fischer) (2); d’après la seconde, au contraire, ce n’est pas le parasite qu’il faut incriminer, mais la façon de réagir d’un organisme ayant subi de profondes modifications engendrées par une infection ancienne. La première hypothèse paraît bien invraisemblable, si l’on songe que, malgré les recherches de Siedleckiet Krzysztalowicz (3) (Voy. p. 199), il fut impossible jusqu’à présent de constater des formes indiquant l’existence d’un cycle dans l’évolution du Treponema pallidum , et si l’on se rappelle que la virulence assez inconstante, mais incontestable des accidents tertiaires, est liée à la présence de spirochètes typiques dans ces lésions (Doutrelepont et d’autres). Mais, la meilleure preuve de la fragilité de cette
(1) Finger et Landsteiner, Sitzungsberichte der Kaiserliche Akademie der Wissenschaft in Wien, 1906, vol. 115, IIIe division, p. 190.
(2) Buschke et Fischer, Medizin. Klin., septembre 1906.
(3) Krzysztalowicz et Siedlecki, Bulletin de V Académie des Sciences de Cracovie, classe des sciences mathématiques et naturelles, 1905, n° 9, p. 713.
conception, est que Finger et Landsteiner ont réussi Là reproduire des gommes et des ulcérations serpigineuses en inoculant à des tertiaires, du virus recueilli sur des accidents primaires ou secondaires. La qualité du virus importe donc peu ; c’est à la façon particulière de réagir de V organisme visà-vis d’un tréponème quelconque qu’il faut attribuer ces caractères spéciaux et constants du tertiarisme . On doit admettre ainsi qu’au cours de la période tardive de la syphilis, l’immunité, tout en fléchissant sensiblement, persiste néanmoins et se traduit par des réactions locales différentes de celles observées au début de la maladie.
D’ailleurs, on ne doit pas perdre de vue qu’en matière de syphilis, le mot «immunité » n’a qu’une signification relative. Non seulement, comme nous l’avons déjà vu, cette immunité n’implique pas la notion de guérison absolue, mais encore en tant qu’immunité cutanée et muqueuse, elle est soumise à des oscillations que l’on constate, mais dont il est difficile de préciser les causes. Elle n’est donc que relative et régionale, puisqu’on peut la vaincre, si on a soin d’employer une quantité de virus suffisamment abondante.
Quant à son mécanisme , il est, vu l’état actuel de nos connaissances, très difficile à déterminer. On ne peut se l’expliquer qu’en ayant recours aux notions déjà acquises concernant l’immunisation dans d’autres processus infectieux. On sait que non seulement dans l’immunité naturelle, mais aussi dans l’état réfractaire acquis, les moyens de défense sont représentés d’abord par les phagocytes , qui détruisent l’agent pathogène en l’englobant et le digérant, ensuite par les anticorps élaborés par l’organisme en voie d’immunisation. Dans le cas particulier de la syphilis, les phagocytes semblent jouer un rôle actif et peut-être prépondérant ; en tout cas, on peut affirmer d’une façon absolue que les tréponèmes se laissent englober par les leucocytes, comme le prouvent les constatations histologiques sur lesquelles nous insisterons plus loin. C’est même cet englobement leucocytaire des spirochètes
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qui nous semble expliquer le plus facilement l’innocuité des injections sous-cutanées de virus spécifique.
Quant aux anticorps , leur existence, malgré les travaux de Wassermann, Neisser et Bruck (1), est loin d’être rigoureusement démontrée à l’heure actuelle. Toutefois, si l’on tient compte des analogies entre la syphilis et les autres spirilloses humaines et animales, on doit considérer comme très probable la formation de ces anticorps au cours de la vérole, ainsi que leur présence dans le sérum des syphilitiques. Comment agissent-ils sur les tréponèmes et de quelle façon assurent-ils l’état réfractaire, nous l’ignorons. On a essayé d’expliquer la raison d’être des rechutes périodiques de la syphilis par des variations de la teneur des humeurs en anticorps. Ainsi Finger et Landsteiner pensent que l’apparition des accidents secondaires et tertiaires pourrait coïncider avec une disparition ou une diminution momentanée des principes défensifs. Ils établissent, à ce point de vue, une analogie entre les poussées intermittentes de la vérole et les rechutes que l’on observe dans la fièvre récurrente de l’homme. Ils rappellent que, au sujet de cette dernière maladie, Gabritchewsky (2) aurait établi expérimentalement que ces anticorps, bactériolysines et agglutinines, très abondants dans le sérum immédiatement après la première crise, disparaissent au cours de la période d’accalmie et cessent ainsi d’empêcher la pullulation des spirilles d’Obermeyer.
Or, les recherches que nous avons entreprises au sujet de la T ick-fever , spirillose très rapprochée de la fièvre récurrente (Levaditi et Roché) (3), nous ont montré que la théorie de Gabritchewsky n’est pas conforme aux faits et eu saurait, par conséquent, servir à expliquer la raison d’être des rechutes. Nous avons, en effet, constaté que, chez le rat, les
(1) A. Wassermann, Neisser et Bruck, Deutsche med.Woch., 1906, vol. 39, n° 19, p. 745.
(2) Gabritchewsky, Annales de V Institut Pasteur , 1896, vol. 10, n° 11; 1897, vol. 14, n° 3.
(3) Levaditi et Roché, C. R. de la Soc. de Biologie, 1907, vol. 62, p. 619 et 8I5.
anticorps spirillolytiques et opsonisants qui apparaissent peu de temps après la première crise, persistent avant et pendant la rechute. Il en résulte que la seconde pullulation des spirilles n’est pas due à une diminution de la teneur des humeurs en anticorps, mais bien à une modification des spirilles euxmêmes. Ceux-ci ont acquis des propriétés nouvelles, car ils sont devenus absolument réfractaires vis-à-vis de l’influence microbicide du sérum ; ces qualités de résistance persistent même en dehors de l’organisme et sont transmissibles de génération en génération. Des faits analogues ont été observés par Franke (1) et par Mesnil et Brimont (2) dans les infections à trypanosomes.
S’il est permis de transporter ces données dans le domaine de la syphilis, ce qui nous paraît rationnel, ces deux infections étant engendrées par des spirochètes et évoluant toutes deux par poussées successives, on peut envisager de la façon suivante le mécanisme des rechutes qui marquent les périodes secondaire et tertiaire de la vérole :
Les anticorps, qui apparaissent peu de temps avant le début de l’immunité cutanée, persistent, sans subir de modifications marquées, au cours de la maladie, et mettent une certaine entrave à la pullulation des tréponèmes. Tant que ceux-ci restent sensibles à l’action microbicide de ces anticorps, ils sont dans l’impossibilité de se reproduire et de provoquer des accidents. Mais, lorsque, au bout d’un certain temps, ils réussissent à s’adapter au milieu, c’est-à-dire à acquérir des qualités leur permettant de résister aux spirillolysines, les microbes pullulent de nouveau et engendrent de nouvelles lésions. De là cette immunité de la peau et des muqueuses vis-à-vis des tréponèmes extérieurs, coexistant aveo une réceptivité assez marquée pour les parasites qui ont vécu dans V organisme infecté. Cette explication, si plausible soit-elle, n’a que la valeur d’une hypothèse basée sur de
(1) Franke, Inaug. Disert. Giessen, 1905, G. Fischer , Jena.
(2) Mesnil et Brimont, C. R. de la Soc. de Biologie , 1908, vol. 64, p. 673.
simples analogies ; elle mérite néanmoins d’être mentionnée, d’autant plus qu’elle pourrait être vérifiée par l’expérimentation sur les anthropoïdes, dont la syphilis s’accompagne de manifestations secondaires.
§ 4- — Essais de vaccination.
Depuis l’époque à laquelle la transmissibilité de la vérole aux singes fut nettement établie, on essaya pour la syphilis les diverses méthodes de vaccination et de sérothérapie ayant donné des résultats satisfaisants dans d’autres maladies infectieuses. Malheureusement, aucune d’elles ne s’est montrée réellement efficace, et on n’a obtenu que des effets relativement minimes ou insuffisamment marqués pour qu’on puisse en tirer, dès maintenant, des déductions pratiques. Nous citerons pourtant quelques-unes des recherches faites à ce sujet, car elles peuvent être le point de départ pour de nouveaux travaux.
On tenta de vacciner les singes sensibles par deux moyens : en employant soit un virus dont la vitalité était diminuée ou même complètement détruite par l’action des agents physiques ou chimiques, soit un virus modifié par des passages successifs sur les simiens inférieurs.
Tout d’abord Metchnikofî et Roux recherchèrent si le virus spécifique, préalablement filtré , ou soumis à Y action de la chaleur , est capable de conférer l’immunité aux Chimpanzés. Ils diluèrent dans de l’humeur aqueuse de mouton, du virus de provenance humaine et filtrèrent une partie de ce mélange sur. bougie Berkefeld; une autre partie fut chauffée pendant une heure à 51°. Deux Chimpanzés furent inoculés par scarifications cutanées, avec les liquides ainsi traités; aucun d’eux ne prit la maladie et n’acquit l’immunité. Soumis quelque temps après (vingt et un jours pour le virus chauffé), à une réinoculation avec des matériaux syphilitiques, ces animaux montrèrent des accidents locaux typiques. Les auteurs con-
cluent que « les virus dépourvus de toute action pathogène et incapables de provoquer la moindre lésion locale, sont en général impropres à conférer l’immunité antisyphilitique » (1).
Cette conclusion a été vérifiée par Finger et Landsteiner (2), et par Neisser (3) et ses collaborateurs. Les premiers ont introduit soit dans le tissu musculaire, soit sous la peau de cinq Cynocephalus hamadryas , du virus humain frais ou tué par un chauffage durant deux heures à 60°. Les animaux se sont montrés tout aussi sensibles que les témoins à une inoculation d’épreuve. De son côté, Neisser rechercha d’abord les moyens les plus sûrs pour détruire l’activité du virus spécifique. Il constata qu’il est stérilisé par la dessiccation, par un séjour pendant trois heures à 10° et pendant vingt heures à la glacière, par le chauffage durant une demiheure à 48°, ou par l’action de la lampe Uvio et des rayons Rôntgen, etc. Ensuite il essaya la vaccination en introduisant du virus vivant ou tué, dans les veines ou sous la peau, ou bien encore en inoculant des extraits de tréponèmes préparés en faisant macérer des chancres, des plaques muqueuses, ou des organes d’hérédo-syphilitiques dans de l’eau salée. Les résultats obtenus par Neisser (4) furent tous négatifs, que l’inoculation ait été faite avant, pendant ou après le chancre.
Parallèlement à ces recherches, Metchnikofî et Roux ont tenté d’obtenir une immunisation active en se servant du virus vivant, mais atténué par des passages successifs sur des espèces de singes possédant une certaine immunité naturelle vis-à-vis de l’infection syphilitique.
Dans une première expérience, ces auteurs inoculèrent un jeune Chimpanzé avec des produits prélevés sur le chancre
(1) Metchnikoff et Roux, 3e mémoire. Annales de V Institut Pasteur , 1904, vol. 18, p. 658.
(2) Finger et Landsteiner, Sitzungsberichte der Kaiserl. Akad. der Wissensch., Vienne, 1905, vol. 114, IIIe partie, p. 514.
(3) Neisser confirme ainsi Salmon(C. R. de la Soc. de Biologie , 1904, n°29): destruction de l’activité du virus après six heures de séjour hors de l’organisme.
(4) A. Neisser, Die experimentelle Syphilisforschung, 1906. Berlin, Springer, p. 89.
d’un Macaque (Macacus sinicus) et obtinrent une lésion primaire relativement minime, ressemblant à celle de l’animal ayant fourni le virus. L’incubation fut de quinze jours, et il n’y eut pas d’induration des tissus, mais une adénopathie généralisée. Après la guérison de cet accident primitif, soit trente jours après la première inoculation, Roux et Metchnikofî firent au Chimpanzé une réinoculation d’épreuve avec de la sérosité d’un chancre humain ; or, pendant les trois mois (cent quatre jours) qu’a vécu l’animal, ils n’observèrent aucun accident ni local, ni général. A l’autopsie du singe, mort d’une broncho-pneumonie, on constata une hypertrophie des ganglions de l’aisselle, de l’aine et du mésentère (1). Cette expérience semblait montrer que le virus spécifique, ayant passé par l’organisme de certains catarrhiniens inférieurs, subit des modifications dans sa virulence, s’atténue sensiblement et peut se transformer en vaccin. Inoculé à des anthropoïdes, ce virus ne provoque qu’un accident local minime et confère un certain degré d’immunité vis-à-vis de l’infection par des tréponèmes de provenance humaine. Malheureusement, les recherches ultérieures ne confirmèrent pas ces données et certains auteurs, entre autres Neisser, apportèrent aux résultats obtenus par Roux et Metchnikofî des objections dont il faut tenir compte.
Actuellement on discute encore la question de savoir si le passage du virus spécifique par l’organisme des singes doués d’une certaine immunité naturelle, réalise une atténuation de l’activité de ce virus. Si Neisser et ses collaborateurs mettent en doute cette atténuation, si Finger et Landsteiner, qui ont fait un grand nombre de passages sur Yhamadryas , le rhésus , le sinicus et le cynomolgus , tendent à l’admettre, Metchnikofî et Roux sont très affirmatifs à ce sujet. Ces savants ont publié récemment certaines constatations qui prouvent qu’un virus spécifique de provenance humaine, ayant
(1) Metchnikoff et Roux, 2e mémoire. Annales de VInstitut Pasteur, 1904, Ami. 18, p. 1 ; 3e mémoire. Annales de V Institut Pasteur, 1904, vol. 18, p. 658.
fait de nombreux passages sur le Macacus rhésus , subit des modifications profondes qui se traduisent par une exagération de son activité pour cette espèce de singe, et par la perte d’une partie ou de la totalité de sa virulence pour les anthropoïdes (Chimpanzés). Au Congrès international de Dermatologie de Berlin (1904), les savants de l’Institut Pasteur ont annoncé que le tréponème, cultivé en série sur le Macacus cynomolgus. se montre tout aussi actif pour le Chimpanzé que le spirochète provenant directement de l’homme. Plus tard, ils ont répété ces expériences en se servant cette fois du Macacus rhésus et en employant un virus offert par Finger et Landsteiner, virus qui avait déjà fait huit passages sur des catarrhiniens inférieurs. Au moment où ils ont publié leurs derniers résultats, Metchnikoff et Roux (1) avaient réalisé 22 passages sur le rhésus ; ils ont observé des modifications se traduisant tout d’abord par une diminution manifeste et progressive de la période d’incubation qui, de dix-neuf jours, est tombée à sept jours; ensuite, par des particularités de l’action pathogène pour les autres espèces de singes. Ainsi, inoculé à des Macaques javanais, ce virus ne provoquait plus que des lésions fugaces et légères; d’autre part, introduit par scarification dans l’épiderme du Chimpanzé, il s’est montré, après le onzième passage, totalement inactif. De ces données, les auteurs déduisent les conclusions suivantes : «L’ensemble des faits que nous venons de résumer ne laissent aucun doute sur la grande plasticité du virus spécifique. Adapté à une espèce de Macaques, il s’est fortement atténué vis-à-vis d’une espèce du même genre et est devenu complètement inoffensif pour le Chimpanzé, cet animal le plus sensible à la syphilis ».
Ces conclusions se trouvent renforcées par une expérience faite sur l’homme et dont voici le résumé (2) : En août 1905,
(1) Metchnikoff et Roux, 5e mémoire. Annales de l'Institut Pasteur , 1906, vol. 20, p. 785.
(2) Metchnikoff et Roux, 5e mémoire. Annales de l'Institut Pasteur , 1906, vol. 20, p. 785. The Lancet, 1906, p. 1670.
c’est-à-dire un an avant la publication de cette observation, Metchnikofï et Roux inoculèrent à une personne âgée de soixante-dix neuf ans, du virus ayant fait plusieurs passages sur le singe. L’opération fut pratiquée à l’avant-bras; le virus, de provenance humaine, avait fait depuis 1904 plusieurs passages sur le Chimpanzé, le Cynocéphale et le Bonnet chinois ; en même temps ils inoculèrent le même virus à l’arcade sourcilière d’un Chimpanzé et d’un Macacus sinicus. Chez le premier animal apparut, au bout de vingt-trois jours, un chancre typique accompagné d’adénopathie; chez le second, l’inoculation fut suivie, au bout de trente et un jours, d’un petit accident primaire. Par contre, chez la personne inoculée avec ce même virus, on ne constata que « des lésions tout à fait insignifiantes. Il se développa en deux points sur les trois inoculés, des papules rose brunâtre; apparues le douzième jour après l’inoculation, elles ne se sont jamais ulcérées, ni recouvertes de croûtes. L’inflammation, faible dès son début, se calma vite, mais la disparition des papules ne se fit que plusieurs semaines plus tard. Pendant tout le temps que dura l’observation, c’est-à-dire environ un an, il ne se manifesta pas la moindre adénopathie, ni dans la région voisine du point inoculé, ni en aucun autre endroit du corps. Il ne se développa non plus aucune lésion attribuable à la syphilis, sauf les deux papules décrites » (Metchnikofï et Roux, loc. cit.).
Cette expérience tend à prouver que la préparation d’un vaccin vivant, capable de conférer une immunité active chez l’homme, n’est pas impossible ; elle montre également que le Chimpanzé est plus sensible que l’espèce humaine à l’égard d’un virus ayant passé par les singes inférieurs, ce qui, d’ailleurs, ne doit pas surprendre, étant donné que les anthropoïdes ont plus d’affinité avec les catarrhiniens inférieurs qu’avec l’homme. Il y aurait donc là, comme le remarquent Metchnikofï et Roux, un moyen de vaccination applicable en pratique, du moins pour une certaine catégorie de personnes, par exemple les femmes publiques que le métier expose à une contamination
fréquente. Bien entendu, il reste à élucider un grand nombre de questions au sujet des procédés à suivre dans ces vaccinations, entre autres le choix de l’espèce animale qui se prête le mieux à la préparation d’un virus fixe et vaccinant, le moment où ce virus de passage a acquis une atténuation suffisante pour qu’il puisse être encore efficace et non dangereux, etc.
En tout cas la méthode ne pourra être jugée que, lorsqu’ayant réalisé un grand nombre de vaccinations et ayant suivi les sujets pendant un temps suffisamment long, on pourra s’assurer que les vaccins, tout en ne provoquant qu’un accident primaire fugace, ne déterminent pas des manifestations tardives aussi dangereuses que celles de la syphilis constitutionnelle.
A côté de ces essais de vaccination prophylactique, il faut signaler les' tentatives de traitement étiologique entreprises par Kraus, à Vienne. Cet auteur pensa pouvoir appliquer à la vérole la méthode de Pasteur, si efficace dans le traitement de la rage. Le principe de cette méthode consiste à introduire dans un organisme déjà infecté, et pendant la période d’incubation qui s’écoule entre l’inoculation du microbe rabique et l’éclosion des phénomènes nerveux, un virus atténué et vaccinant. Le vaccin immunise l’organisme et met ainsi une entrave à la généralisation de l’infection. S’inspirant de ce procédé, Kraus inocule du virus syphilitique, traité d’une façon particulière, sous la peau de malades porteurs d’un chancre récent et étudie l’influence exercée par ces inoculations sur l’apparition des manifestations secondaires. On prépare le vaccin en triturant des chancres dans de l’eau salée physiologique et en stérilisant l’émulsion par de l’acide phénique à 0,5 p. 100. La stérilité absolue du liquide est éprouvée par des inoculations aux singes. On injecte le liquide dans le tissu sous-cutané des sujets syphilitiques à la dose de 1 à 2 centimètres cubes et en trois ou quatre fois, 'durant vingt jours. On commence par des dilutions étendues ( 1 p. 200) et on
augmente progressivement la dose jusqu’à l’emploi du virus concentré (solution au 1 p. 10). L’injection ne provoque aucun accident local.
Kraus (1) et Spitzer (2) ont appliqué ce mode de traitement dans vingt cas de syphilis au début de la seconde période d’incubation. Dans quelques observations, les manifestations secondaires apparurent en même temps que chez les malades non traités et eurent la même évolution. Dans d’autres, au contraire, l’éclosion des éruptions secondaires fut retardée et n’eut lieu que trois mois et demi après le début du chancre. Enfin, dans sept cas les malades ne présentèrent aucun accident secondaire pendant la longue période durant laquelle ils furent examinés. Kraus pense pouvoir conclure de ces. recherches que sa méthode de traitement est réellement efficace, puisque, dans 33 p. 100 des cas, le traitement put empêcher la généralisation de l’infection.
Malheureusement ces résultats ne furent pas confirmés par les auteurs qui tentèrent de les vérifier, notamment par Brandweiner (3) (clinique de Finger), Kreibich (4) et Krenn (clinique de Riehl) (5). Le premier entreprit des essais chez des syphilitiques avérés dont l’infection datait de cinq à six semaines et employa non seulement l’émulsion de chancres, mais aussi de ganglions lymphatiques et de papules hypertrophiques. Ses observations, au nombre de sept, montrent l’inefficacité de la méthode de Kraus. Il en fut de même des résultats obtenus par Kreibich. Quant aux expériences de Krenn, elles furent faites non pas avec du virus étranger, mais à l’aide d’un vaccin préparé avec des chancres excisés chez les individus qui étaient soumis au traitement.
(1) Kraus, Sitzungsber. der Kaiserl. Akad. der Wissensch. in Wien, 1905, vol. 114, p. 547 ; Wiener klin. Woch., 1905, n° 41 ; Bericht. der dermat. Gesellsch., Vienne {Wiener klin. Woch., 1906, nos 30 et 32).
(2) Spitzer, Wiener klin. Woch., 1905, n° 45; 1906, n° 38.
(3) Brandweiner, Wiener klin. Woch., 1905, n° 45.
(4) Kreibich, Wiener klin. Woch., 1906, n° 8.
( (5) Krenn, Verhandl. der N aturforsch. Kongress, tenu à Meran, 1905.
A ces constatations négatives, auxquelles s’ajoutent celles de Volk (1), Kraus formule quelques objections; il fait remarquer entre autres, que ces auteurs ont appliqué sa méthode à une période trop tardive, parfois quelques jours seulement avant l’éclosion des manifestations secondaires. Comme le principe du procédé réside dans la vaccination active pendant la seconde période d’incubation, il est nécessaire que la première inoculation soit pratiquée longtemps avant l’envahissement du revêtement cutané par les tréponèmes. Cette objection est suffisamment fondée pour qu’on en tienne compte; néanmoins, un certain doute persiste sur la valeur de ce traitement. Tout d’abord Kraus n’a obtenu des résultats positifs que dans 33 p. 100 des cas; or, de l’avis des syphiligraphes, le chancre peut évoluer sans donner lieu à des manifestations secondaires, ou en ne produisant que des accidents assez atténués pour passer inaperçus. Il n’y aurait qu’un moyen pour trancher définitivement la question : ce serait l’expérimentation sur les singes anthropoïdes qui, eux, font une syphilis accompagnée d’exanthèmes et chez lesquels on peut commencer le traitement dès l’apparition du chancre, ou même avant. Jusqu’à présent personne n’a fait de recherches suivies dans cette voie. La seule expérience réalisée est celle que Metchnikoff et Roux entreprirent sur un Chimpanzé et dont les résultats furent communiqués au Congrès international de Médecine tenu à Lisbonne (1906). L’animal, traité dès l’apparition des premiers signes de l’accident primaire, avec du vaccin préparé par Kraus, montra des pustules cutanées après la troisième inoculation ; à la suite de la treizième injection apparurent des plaques muqueuses sur les amygdales. Comme on le voit, ce résultat semble être plutôt défavorable à la méthode de Kraus.
D’ailleurs, pour que la démonstration de l’efficatité de ce procédé soit complète, il ne suffit pas de prouver qu’il retarde ou même empêche les accidents tardifs; il faudrait, en
(1) Volk, Kongressbericht. der deutsch. dermat. Gesellsch., Berne, 1907.
plus, démontrer que l’introduction du vaccin entraîne une disparition complète des tréponèmes disséminés dans les tissus. Il serait donc utile d’examiner les organes des singes syphilisés et traités, au point de vue de leur teneur en virus capable de transmettre la syphilis à d’autres animaux sensibles.
§ 5. — Essais de sérothérapie.
Les essais de traitement préventif ou curatif de la syphilis avec du sérum provenant d’animaux préalablement préparés par des injections de virus spécifique, sont relativement nombreux. Nous ne citerons que pour mémoire les recherches de Gilbert et Fournier, de Maragliano (1) et celles de Risso et Cippolina (2) (sérum de cheval, âne, chien, chèvre), recherches qui n’ont pu être vérifiées jusqu’à ce jour. Depuis la nouvelle période expérimentale, on s’est servi de sérum de singes traités de diverses manières, et on a étudié non seulement les qualités curatives de ce sérum, mais aussi son pouvoir préventif.
Déjà Neisser (loc. cit.) avait remarqué que les Chimpanzés inoculés sous la peau avec du sang recueilli chez des sujets en pleine syphilis, ou après la période secondaire, ne présentaient ni accident primaire, ni état réfractaire appréciable. Le sang spécifique ne jouit donc d’aucun pouvoir préventif pour cette espèce animale. Il ne semble non plus posséder des qualités bactéricides vis-à-vis des tréponèmes, car Finger et Landsteiner n’ont pas réussi à stériliser le virus, après l’avoir mis en contact pendant un certain temps, avec le sang des vérolés.
De leur côté, Metchnikoff et Roux ont examiné les propriétés curatives et préventives du sérum de singes préalablement syphilisés, et soumis ensuite à des injections répétées de sang provenant de sujets choisis en pleine période éruptive (sang dont la teneur en virus actif avait été démontrée par des
(1) Voir Annales de V Institut Maragliano , 1904-1905.
(2) Risso et Cippolina, Arch. f. Dermat. und Syphilis , 1906.
expériences faites sur l’homme et sur les simiens (Hoffmann, Metchnikofï et Roux). Ces recherches n’ont pas donné de résultats encourageants. Ainsi, les Chimpanzés traités dès l’inoculation du virus spécifique, ou peu de temps après elle, avec du sérum de singes inférieurs chargés de sang virulent, se sont montrés tout aussi sensibles que les animaux témoins vis-à-vis de l’inoculation d’épreuve. Voici une expérience très démonstrative à ce sujet :
Un Chimpanzé scarifié aux arcades sourcilières avec du suc de chancre simien, fut injecté, aussitôt après, avec du sérum d’un Macaque ( Macacus sinicus) et de quatre Cynocéphales qui avaient subi le traitement suivant : le Macaque, ayant eu déjà un chancre de provenance humaine, avait reçu pendant quatre mois, 62 centimètres cubes de sang de malades en pleine roséole; aux quatre Cynocéphales, dont trois étaient syphilisés, on avait introduit sous la peau, pendant sept mois, de 73 à 108 centimètres cubes du même sang. — Le sérum de ces animaux, chauffé préalablement à 57°, fut injecté pendant trente-huit jours à la dose totale de 55cc3,5. Or, malgré ce traitement, le Chimpanzé présenta un accident primaire quarante-cinq jours après l’inoculation. Le chancre se développa d’une façon très accusée et s’accompagna de ganglions rétro -maxillaires et de papules syphilitiques multiples. Metchnikoff et Roux concluent que le sérum est inactif contre le virus déjà introduit dans l'organisme.
Ce sérum possède-t-il des propriétés bactéricides? en d’autres mots, agit-il directement sur le virus, lorsqu’on a soin de le mettre en contact avec lui in vitro ? Quelques recherches de Metchnikoff et Roux prouvent que le sérum des singes préparés par des injections de sang syphilitique, jouit de qualités microbicides à l’égard du tréponème, inconstantes il est vrai, mais indéniables. Ainsi, les auteurs ont préparé dans le tube à essai un mélange de virus humain et de sérum d’un Cynocéphale traité depuis huit mois par des injections répétées de sang spécifique. Ce mélange fut inoculé par scarification, à un Cynocephalus sphynx qui survécut six mois, sans présenter la moindre lésion locale. Ceci semble prouver que le sérum en question possède réellement des qualités spirillicides, puisque le singe témoin, qui reçut un mélange du même virus et de son propre sérum, présenta un chancre au bout d’une incubation de vingt-sept jours.
A ces recherches s’ajoutent celles que les savants de l’Institut Pasteur ont entreprises avec du sérum desséché provenant de singes immunisés; ce sérum servit à saupoudrer et à frotter la peau au niveau du point d’introduction du virus. Les résultats concordent avec ceux que nous venons d’énoncer et montrent que si le sérum des simiens ayant reçu du sang syphilitique humain, est dépourvu de pouvoir curatif , il jouit néanmoins de qualités préventives et bactéricides incontestables (1). Ils laissent espérer que dans l’avenir, soit en modifiant le mode de vaccination, soit en choisissant un autre virus ou d’autres animaux d’expérience, on réussira à obtenir un sérum curatif.
§ 6. — Essais de prophylaxie.
Si tous les essais de vaccination et de traitement sérothérapique de la syphilis ont complètement échoué au point de vue pratique, l’étude expérimentale, au contraire, a permis d’établir sur des bases solides l’existence de moyens préservatifs efficaces, tel, par exemple, l’emploi de la pommade au calomel.
Les cliniciens avaient reconnu que le mercure, appliqué localement sur les accidents spécifiques, exerce une influence favorable et facilite leur guérison. Hallopeau (2), entre autres, insista particulièrement sur cette action des sels mercuriaux. « J’emploie, dit-il, systématiquement ce traitement local dans toute syphilide accessible à son influence ; c’est ainsi que j’applique sur le chancre induré la pommade au calomel, ou de l’ouate imprégnée de sublimé à 1 /5000e, que je conseille les mêmes moyens contre les plaques muqueuses ou, si elles
(1) Metchnikoff et Roux ont constaté que le sérum d’un mouton auquel l’un de nous avait injecté, à plusieurs reprises, des émulsions d’organes riches en tréponèmes, était également doué de pouvoir préventif (mélange in vitro , inoculations aux singes).
(2) Hallopeau, Société de Dermat. et de Syphilig ., mai 1906, cité d’après Maisonneuve.
Syphil. expér.
sont limitées à la langue, la cautérisation par le nitrate acidede mercure. Si je ne me trompe, cette systématisation du traitement mercuriel local, sur laquelle j’ai déjà insisté à plusieurs reprises, ne doit pas être regardée comme banale et je la considère comme étant d’une grande utilité pratique. » D’un autre côté, certaines observations, faites depuis la découverte du Treponema pallidum , ont montré que le mercure, déposé sous la forme de pommade au calomel à la surface des chancres, fait diminuer le nombre des parasites, ou même provoque leur disparition complète (Bodin) (1). Il est donc incontestable que les sels mercuriels exercent une influence nuisible sur le développement du microbe de la vérole et peuvent, par conséquent, servir comme moyen prophylactique.
Quelques observateurs avaient déjà eu l’idée d’employer le mercure comme moyen de préservation, mais aucun n’avait établi d’une façon irréfutable l’efficacité de la méthode. Ainsi Behrmann (2), à Nuremberg, conseilla de frictionner avec de la pommade mercurielle grise l’endroit exposé à la contamination, aussitôt après le coït infectieux. Cohn (3), de son côté, recommanda l’emploi d’une préparation mercurielle de Ledermann, avec laquelle on doit recouvrir, avant le contact, les régions exposées. En France, Guiard (4) préconisa des lavages avec une solution de sublimé à 1 /5000e. Enfin Bonnet (5), de Lyon, indiqua, comme moyen prophylactique, l’emploi de la pommade au calomel qui, d’après lui, doit empêcher les tréponèmes de contaminer la peau et les muqueuses, en exerçant sur eux une action microbicide.
Malgré tous ces essais précurseurs, c’est à Metchnikoff et Roux que l’on doit la démonstration scientifique de l’efficacité de la pommade au calomel, comme moyen pré-
(1) Bodin, Annales de Dermat. et de Syph., 1905, p. 987, cité d’après Maisonneuve.
(2) Behrmann, Dermatologisch. Centralblatt , 1900, p. 172.
(3) CdHN, Dermatologisch. Centralblatt, 1901, p. 237.
(4) Guiard, Arch. de Syph. et Dermat., 1901.
(5) Bonnet, Étude sur la prophylaxie de la syphilis. Thèse de Lyon, 1904, cité par Maisonneuve.
ESSAIS DE VACCINATION, DE SÉROTHÉRAPIE ET DE PROPHYLAXIE. 11b
ventif contre la syphilis (1). Ces savants firent cette démonstration en expérimentant sur le singe et vérifièrent leurs conclusions par une expérience sur l’homme.
Dans une première série de recherches, ils se sont servis de l’onguent mercuriel double (Hg. 100 gr., axonge benzoïque 100 gr.). Un Chimpanzé fut tout d’abord inoculé aux deux arcades sourcilières avec du virus humain; trois quarts d’heure après, le point d’introduction fut frictionné pendant dix minutes avec la pommade mercurielle. Dans la suite, il se produisit une irritation locale, mais aucun signe de syphilis ni locale, ni généralisée n’apparut chez cet animal. Le Chimpanzé se montra d’ailleurs sensible à une inoculation d’épreuve faite quarante-neuf jours après. La même expérience, répétée sur un Macacus cynomolgus , donna des résultats analogues. Inutile d’ajouter que les singes témoins qui reçurent le même virus dans les mêmes conditions, mais ne furent soumis à aucune friction, contractèrent la maladie.
Dans une seconde série de recherches, Metchnikofï et Roux essayèrent l’action préventive d’une pommade composée de 10 parties de calomel et de 20 parties de lanoline (pommade au tiers). Ils firent ces expériences sur plusieurs Chimpanzés, sur des Cynocéphales et des Macacus cynomolgus , en variant l’intervalle entre le moment de l’introduction du virus et celui de l’application de la pommade. Un Chimpanzé infecté aux arcades sourcilières par scarifications avec du virus humain, et, frictionné pendant cinq minutes, ne montra aucun accident primaire pendant les trente-deux jours qu’il survécut. Il en fut de même d’un Macacus cynomolgus traité d’une façon analogue et qui vécut cent dix jours après le début de l’expérience. Dans d’autres recherches faites soit sur le Chimpanzé (mâle et femelle), soit sur des singes inférieurs, l’emploi de l’onguent au calomel fut efficace, même lorsque
(1) Metchnikoff et Roux, Bull, de V Acad, de Médecine de Paris , séance du 15 mars et du 8 mai 1906 ; Annales de V Institut Pasteur , 1905, vol. 19, p. 673.
la friction fut appliquée de une heure à dix-huit heures après l’inoculation. Les témoins, scarifiés avec le même virus, se montrèrent sensibles, et d’autre part les singes traités n’acquirent aucun état réfractaire. En somme, dans douze expériences faites sur les singes, les auteurs obtinrent constamment des résultats positifs démontrant l’efficacité de leur méthode.
Forts de ces données, Metchnikofï et Roux apportèrent une preuve définitive de l’utilité pratique de leur procédé, en l’appliquant à l’homme. Voici en détail les recherches faites à ce sujet (1) : Un étudiant en médecine de la Faculté de Paris, à la fin de ses études, et capable par conséquent de se rendre compte de l’état de la question et des risques qu’il pouvait courir, s’offrit de lui-même comme sujet d’expérience. Il n’avait jamais eu la syphilis et n’avait aucun antécédent héréditaire spécifique. Le 1er février 1906, il fut inoculé par scarifications, au côté gauche du sillon balano-préputial, avec du virus provenant d’un chancre humain datant d’un mois ; une autre inoculation fut faite du côté droit du même sillon, avec du virus spécifique prélevé sur un chancre âgé de neuf à dix jours. En même temps on infecta quatre Macaques javanais avec les mêmes matériaux virulents. Une heure après, le sujet humain et un des Macaques furent frictionnés pendant cinq minutes, avec la pommade, tandis qu’un second Macaque fut traité d’une façon identique vingt heures après l’introduction du tréponème. On ne constata rien de particulier chez le jeune homme, sauf l’apparition de petites vésicules d’herpès remplies de pus et qui guérirent en deux jours. Pendant plus d’un an, période au cours de laquelle il fut suivi de très près, on ne remarqua aucune manifestation syphilitique. Quant aux Macaques témoins, ils présentèrent les lésions habituelles qui apparurent après une incubation de dix-sept jours. Parmi ceux
(1) P. Maisonneuve, Expérimentation sur la prophylaxie de la syphilis. Thèse de Paris , 1906, Steinheil.
qui furent frictionnés avec la pommade, celui traité au bout d’une heure se montra indemne, tandis que l’autre (vingt heures) présenta un chancre après trente-neuf jours d’incubation.
Aucun doute ne saurait donc subsister au sujet de l’efficacité de la méthode préventive de Metchnikofî et Roux, du moins dans les conditions expérimentales où se sont placés ces auteurs et qui sont celles se rapprochant le plus de la pratique. Cependant quelques observateurs se crurent autorisés à formuler certaines objections. Neisser, entre autres, tout en confirmant l’efficacité de l’emploi de la pommade au calomel à 30 p. 100, publia des résultats négatifs obtenus avec du calomel à 10 p. 100. Or, certains praticiens ont pensé pouvoir déduire de ces échecs des arguments contre la valeur pratique de la méthode des savants français. Cela nous paraît injustifié, puisque Metchnikofî et Roux, par des expériences faites sur le Cynocephalus sphynx , ont prouvé que pour qu’elle soit active, la pommade doit être suffisamment concentrée et contenir au moins un quart de calomel. Ils ont ajouté à leurs anciennes constatations de nouveaux faits.
Ainsi, il n’est nullement nécessaire de frictionner l’endroit inoculé, mais la simple application de la pommade, faite une heure après l’inoculation, suffit pour entraver l’éclosion du chancre. Il résulte d’ailleurs des recherches de Neisser, qu’on peut obtenir des résultats analogues non seulement avec le calomel, mais aussi avec l’acide phénique, le sublimé, le nitrate d’argent et même le lavage à l’eau, pratiqué quinze minutes après l’introduction du virus. Neisser serait ainsi disposé à faire jouer un rôle actif non seulement à l’influence antiseptique de ces agents préventifs, mais aussi à leur action mécanique ou simplement physique. Toutefois il serait nécessaire de répéter ces recherches, car, d’après des expériences inédites de Metchnikofî, le nitrate d’argent ne possède nullement l’action prophylactique que veut lui attribuer Neisser.
Nous avons vu que l’emploi de la pommade au calomel
n’est efficace qu’à la condition d’être employée assez rapidement après l’introduction du virus. De plus, elle doit avoir une composition bien déterminée, dont voici la formule définitive donnée par Metchnikofï et Roux :
Calomel 33 grammes.
Lanoline 67 —
Vaseline 10
Malheureusement, souvent on ne s’aperçoit que tardivement de la possibilité de la contamination, alors que l’emploi de la pommade serait absolument inefficace. Il est donc indiqué de chercher d’autres moyens capables de préserver de la syphilis pendant la première période d’incubation ; c’est ce que tentèrent Metchnikofï, Roux et Salmon (1), en s’adressant encore à l’expérimentation et en se servant de Yatoxyl. Leurs nombreuses expériences faites sur le singe, ont montré que l’injection sous-cutanée de doses faibles d’atoxyl, pratiquée quelques jours après l’introduction du virus, peut empêcher l’éclosion du chancre. Ainsi, chez le Bonnet chinois, une injection de 08P,15 d’atoxyl faite quinze jours après l’infection, eut une action préventive très manifeste. Les animaux ainsi traités se montrèrent d’ailleurs sensibles à une nouvelle inoculation de virus spécifique, ce qui prouve qu’il n’y eut ni généralisation, ni immunité consécutive.
Quant à la valeur de la méthode de la pommade au calomel comme moyen de préservation pratique, elle ne pourra être précisée qu’après une nombreuse statistique basée sur des observations recueillies dans des agglomérations (garnisons, collèges, etc.). Quelques faits isolés ont été déjà publiés : tels ceux communiqués par Gaucher et Lévy-Bing, faits négatifs et ceux de Crépi et Picqué, positifs. Toutefois ces observations sont trop peu nombreuses pour permettre de formuler
(1) Metchnikoff, Roux et Salmon, Rapport au Congrès international d'Hygiène, tenu à Berlin, septembre 1907 (résumé d’après Levaditi, La Presse médicale , 1907, n° 90, p. 721).
des conclusions définitives, cela d’autant plus que certaines d’entre elles sont incomplètes et passibles de quelques •objections (voir la critique de Metchnikofï et Roux).
Nous conclurons donc, avec Metchnikofï, RouxetSalmon (1), •que « la prophylaxie de la syphilis est relativement simple et facile. Ce qui est plus difficile, c’est d’en convaincre le public. L’exemple du traitement préventif de la syphilis montre, une fois de plus, l’utilité de la différenciation de l’hygiène et des autres branches de la médecine, notamment de la thérapeutique. Les progrèsde l’hygiène rationnelle imposent aux médecins d’apprendre aux gens bien portants le moyen de conserver intacte leur santé. Nulle part mieux que dans les maladies vénériennes ce but prophylactique peut être atteint (2) ».
(1) Metchnikoff, Roux et Salmon, Congrès international d'Hygiène tenu à Berlin, septembre 1907.
(2) Dans son rapport présenté au Congrès de la Deutsche dermatolog. ■Gesellsch., tenu à Francfort s. M. en juin 1908, Neisser reconnaît comme efficaces, au point de vue prophylactique, les produits suivants :
1° Pommades contenant du calomel ou du calomelol à 33 p. 100 et une solution •de chlorure de sodium.
2° Solution de sublimé et de sublamine à 2 ou 3 p. 1000.
3° Solution à 10 p. 100 de quinine dans de la glycérine.
4° Solution à 50 p. 100 d'isoforme dans de la glycérine.