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CHAPITRE VI

SYPHILIS ACQUISE

Dans les chapitres qui terminent cette seconde partie, nous étudierons la distribution du Treponema pallidum dans les tissus et les humeurs chez l’homme et le singe syphilisé. Nous ne ferons cette étude que d’après les données fournies par l’examen des frottis, nous réservant de revenir, au cours de la troisième partie, sur les détails qui concernent les rapports histologiques entre ce microbe et les éléments cellulaires.

§ I. — Chancre.

Les travaux concernant la présence du tréponème dans le chancre syphilitique sont innombrables. Étant impossible de les citer tous, nous n’indiquerons que les principaux, en particulier ceux qui ont apporté les constatations les plus nombreuses et les mieux fondées.

On a décelé le microbe de la syphilis dans les accidents primitifs de l’homme et de la femme, et cette constatation fut faite, dès le début, dans les contrées les plus diverses, en Allemagne comme en France, en Angleterre comme en Amérique. On a retrouvé le spirochète dans les chancres typiques plus ou moins indurés, dans les syphilomes compliqués, comme le chancre mixte et le chancre gangreneux, dans les syphilomes génitaux et extra-génitaux, etc.

En ce qui concerne le chancre typique, Herxheimer et

Hübner (1) constatent la présence des parasites dans quatre cas ; une seule fois l’examen fournit des résultats négatifs. Les auteurs ne se contentèrent pas d’examiner le pus chancreux, mais ils excisèrent aussi la lésion et firent des frottis avec sa face profonde. Cari Frankel (2) rapporte six observations positives, Rille (3) quatre cas (chez l’homme et la femme), Rille et Vockerodt (4) quatre cas également positifs. Spitzer (5), de son côté, constate le parasite de Schaudinn dans six syphilomes primaires non compliqués, et ses résultats correspondent à ceux enregistrés par Doutrelepont (6), à la clinique de Bonn.

A Vienne, la question fut étudiée par Kraus et Prantschoff (7), dont les recherches concernent 37 cas d’accidents primitifs ; 32 fois le tréponème fut décelé à l’examen des frottis. Dans les cinq observations négatives, il s’agissait de lésions compliquées, purulentes ou gangreneuses, ou bien de chancres examinés trop longtemps après leur excision. Il semble, en effet, que, d’une part, la suppuration provoquée par des microbes secondaires (en particulier les anaérobies de la putréfaction), et, d’autre part, l’autolyse qui s’opère dans les tissus conservés in vitro, exercent une influence destructive sur ce microbe. L’étude histologique du chancre confirme d’ailleurs pleinement cette constatation.

Grouven et Fabry (8) n’eurent que quatre résultats positifs sur huit examens, mais parmi les quatre cas négatifs, il y en avait trois dont la nature spécifique était douteuse, car les accidents secondaires ont fait défaut. Nous ne

(1) Herxheimer et Huebner, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 26.

(2) Carl Fraenkel, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 24.

(3) Rille, Münch. med. Woch., 1905, n° 29.

(4) Rille et Vockerodt, Münch. med. Woch., 1905, n° 34.

(5) Spitzer, Wiener klin. Woch., 1905, n° 31.

(6) Doutrelepont, N iederrhein. Gesellschaft für Natur. u. Heilkunde zu Bonn, 1905.

(7) Kraus et Prantschoff, Wien. klin. Woch., 1905, n° 37.

(8) Grouven et Fabry Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 37.

ferons que citer les travaux de Jensen (1), de Flügel (2), de Berger (3) et de Scholtz (4), pour insister sur les recherches de Oppenheim et Sachs (5), de Roscher (6), de Mulzer (7) et de Sobernheim et Tomasczewski (8), recherches basées sur des examens beaucoup plus nombreux et démonstratifs.

Oppenheim et Sachs trouvent le tréponème 13 fois sur 17 et insistent sur la grande variation du nombre des parasites constatée d’un jour à l’autre. Sobernheim et Tomasczewski publient plus de 20 cas de chancres typiques génitaux contenant des parasites, mais la statistique la plus importante a été recueillie à la clinique de Lesser, par Roscher, qui, dans 32 observations de chancre, dont 28 concernaient des syphilomes génitaux, trouva 31 fois le spirochète. Dans le seul cas négatif de cet auteur, la ponction ganglionnaire révéla la présence du microbe. D’ailleurs, dans tous les examens où Roscher fit des constatations positives, l’apparition des accidents secondaires vint confirmer la nature spécifique des lésions. Ces résultats concordent pleinement avec ceux obtenus à la même clinique par Mulzer et qui ont été publiés antérieurement.

En France, la question fut examinée surtout par Queyrat et Joltrain (9) et par Thibierge, Ravaut et Le Sourd (10). Les premiers trouvent le tréponème dans 9 cas sur les 33 examinés. Quant à Thibierge et Ravaut, sur 19 accidents primaires (dont un du col de l’utérus), ils firent 17 constatations positives.

On voit, d’après ce qui précède, qu’on peut considérer comme

(1) Jensen, Hospitalstid., 1905, n° 25.

(2) Fluegel, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 44.

(3) Berger, Dermatolog. Zeitschrift , 1906, vol. 13, fasc. VI, p. 401.

(4) Scholtz, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 37.

(5) Oppenheim et Sachs, Wien. klin. Woch., 1905, n° 45.

(6) Roscher, Berlin, klin. Woch., 1905, nos 44-46.

(7) Mulzer, Berlin, klin. Woch., 1905, n° 36.

(8) Sobernheim et Tomasczewski, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 39.

(9) Queyrat et Joltrain, Bull, de la Société, méd. des Hôp., séance du 23 juin 1905, vol. 22, n° 22, p. 559.

(10) Thibierge, Ravaut et Le Sourd, Bull, de la Société méd. des Hôpitaux , 6 avril 1906.

presque constante la présence du Treponema pallidum dans les syphilomes primaires typiques de la sphère génitale. Aussi, en présence des données si précises et si probantes des auteurs cités, on ne peut expliquer les résultats contradictoires de Nicolas, Favre et André (1) et de Heller et Lydia Rabinowitch (2), que par une insuffisance de technique ou par une recherche moins méthodique.

Le microbe de la vérole a été retrouvé tout aussi fréquemment dans les lésions primaires situées loin de la sphère génitale. Ainsi Oppenheim et Sachs (loc. cit.) communiquent cinq cas de chancres extra-génitaux avec quatre résultats positifs. Les lésions intéressaient le rebord orbitaire, la mamelle droite et la lèvre supérieure. Rille et Wockerodt (loc. cit.) insistent également sur la présence du tréponème dans le suc d’un chancre labial, et il en est de même de Mulzer (loc. cit.) et de Roscher (loc. cit.). Grouvèn et Fabry (loc. cit.) le décèlent dans un syphilome situé à l’angle interne de l’œil, et Spitzer, ainsi que Flügel (loc. cit.) font la même constatation dans des chancres spécifiques de la langue et du menton [Cf. Hoffmann (3)]. Les observations de Doutrelepont (4), concernant la présence de tréponèmes dans trois cas de chancre de la lèvre, sont particulièrement intéressantes, car elles montrent les variations quantitatives de ces parasites examinés sur frottis. Ainsi, dans un cas, il y avait plus de trente individus par champ microscopique, tandis que dans les deux autres (accidents primitifs chez deux sœurs) ils étaient fort rares. Mentionnons le travail de Nicolas, Favre et André (loc. cit.), qui trouvent le tréponème dans le suc d’un chancre anal et celui de Berger (loc. cit.), qui se rapporte à l’existence du même parasite dans un chancre de la lèvre, avant l’apparition de toute manifes-

(1) Nicolas, Favre et André, Lyon médical , 1er octobre 1905.

(2) Heller et Lydia Rabinowitch, Medizin. Klin., 1906, vol. 2, n° 28.

(3) Hoffmann, Berlin, klin. Woch ., 1905, n° 32.

(4) Doutrelepont, Sitzungsberichte der Niederrhein. Gesell. /. Natur. und Heilkunde zu Bonn , 1906.

tation secondaire. Rappelons également que, suivant Badin (1), le parasite de Schaudinn peut être constaté dans des accidents primaires de la main et des amygdales.

On a rencontré le tréponème pâle dans les chancres mixtes et les syphilomes compliqués. En ce qui concerne le chancre mixte, nous citerons les observations positives de Sobernheim et Tomasczewski (loc. cit.)1 de Grouven et Doutrelepont, de Mulzer {loc. cit.) et les constatations négatives beaucoup moins nombreuses de Grouven et Fabry (2). Dans tous ces cas, il s’agissait de lésions associées où il fut possible de retrouver, à côté du Treponema pallidum , le streptobacille de Ducrey. L’existence de cette association a permis à Thibierge, Ravaut et Le Sourd de conclure que « la bactériologie est venue confirmer la conception du chancre mixte que^Rollet avait basée sur la clinique ».

Quant aux observations ayant trait à des chancres gangreneux contenant le plus souvent le microbe de la vérole, elles furent communiquées par Oppenheim et Sachs, par Spitzer, par Berger et par Launoy et Loederich (3). Ces derniers examinèrent un syphilome du fourreau chez un malade infecté depuis un mois et présentant des manifestations secondaires. Le pus contenait de très nombreux tréponèmes pâles et en plus, de gros spirilles réfringents et des bacilles fusiformes. L’association fuso-spirillaire, analogue à celle que l’on a révélée dans l’angine de Vincent, avait provoqué une transformation gangreneuse de la lésion qui, en peu de temps, était devenue térébrante et phagédénique. Le phagédénisme n'est donc que le résultat d'une infection secondaire par des anaérobies surajoutés.

La recherche du tréponème dans les processus gangreneux et térébrants peut, lorsqu’elle donne des résultats positifs, faciliter beaucoup le diagnostic. C’est ce qui résulte

(1) Badin, Recherches du Treponema pallidum dans les lésions superficielles de la syphilis. Thèse de Bordeaux, 1906.

(2) Grouven et Fabry, Deusch. med. Woch ., 1905, n° 37.

(3) Launoy et Lœderich, Bull, de la Soc. méd. des Hôp., 1905, vol. 22, p. 601 1

de l’observation de Berger (loc. cit .), qui eut l’occasion d’examiner un cas de phimosis avec œdème induré du prépuce, compliqué de gangrène. On hésitait entre cancer et syphilome phagédénique ; l’examen, prouvant la présence du spirochète, trancha la question.

On peut donc conclure que, malgré les quelques résultats négatifs obtenus par les auteurs surtout au début, le tréponème existe d’une façon pour ainsi dire constante dans le suc des chancres nettement spécifiques. On aura d’autant plus de chances de recueillir des résultats positifs, qu’on aura recours aux procédés recommandés par Hoffmann et par Nicolas, Favre et André, et à la technique récemment préconisée par Zabolotny (1). Il s’agit de la recherche du parasite sur frottis non pas dans le pus chancreux, ni dans la croûte qui recouvre l’ulcération, mais dans la sérosité qui s’écoule après le raclage de la surface; ou bien encore, comme le recommande Zabolotny, on devra faire cette recherche dans le suc obtenu par l’application d’une ventouse de Bier sur la lésion. Nous reviendrons d’ailleurs en détail sur ces procédés aux chapitres consacrés à la technique.

| 2. — Roséole.

Beaucoup plus délicate est la recherche du spirochète dans les macules de roséole ; aussi très nombreuses sont les observations négatives publiées à ce propos. Ainsi Oppenheim et Sachs (loc. cit.) sur 15 cas, n’eurent pas un seul résultat positif et il en est de même des constatations de Grouven et Fabry (loc. cit.) et de Doutrelepont (loc. cit.). De leur côté, Roscher, Mulzer et Lipschütz (2) ne parvinrent pas à déceler le parasite dans la roséole simple, la roséole ortiée et la roséole annulaire, malgré le grand soin qu’ils mirent à scarifier la lésion et à examiner soit le sang, soit la sérosité, ou même des

(1) Zabolotny, Congrès d'Hygiène et de Démographie tenu à Berlin, septembre 1907.

(2) Lipschütz, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 46.

fragments de tissus. L’âge de la roséole ne semble pas avoir une grande influence sur le résultat, car Scholtz (1), opérant sur deux malades atteints de macules toutes récentes, rechercha vainement le parasite de la vérole.

A notre connaissance, il n’existe dans la littérature que trois observations mentionnant la présence du spirochète dans la roséole. Dans celle de Spitzer (2), il s’agit d’un exanthème maculeux siégeant sur le tronc et s’étant manifesté quarantesix jours après le début du chancre ; le suc, coloré au Giemsa, contenait de rares spirochètes. Cette observation se rapproche de celle de Flexner (3), qui, dans un cas, trouva de très nombreux parasites au niveau des macules roséoliques. Plus originale, quoique moins démonstrative, est la constatation de Badin (4), qui examina le sang provenant d’une roséole datant de quinze jours, après l’avoir traité par la méthode de Nœggerath et Staehelin (5). Ce procédé, appliqué surtout à la recherche du tréponème dans la circulation générale (voir p. 250), consiste à mélanger le sang avec de l’acide acétique, à centrifuger et à faire l’examen microscopique du culot par le procédé de Giemsa. Badin affirme avoir décélé des spirochètes typiques dans le sang recueilli au niveau d’une plaque de roséole et traité d’après cette technique.

En somme, ces rares constatations positives nous permettent d’affirmer que le Treponema pallidum existe bien dans la roséole, mais la nature même de la lésion rend sa découverte très difficile. En effet, comme l’étude histologique nous le montrera plus loin, les altérations qui constituent l’érythème maculeux sont peu prononcées et les parasites fort rares. De plus, l’écoulement sanguin que l’on provoque

(1) Scholtz, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 37.

(2) Spitzer, Wien. klin. Woch., 1905, n° 31.

(3) Flexner, The Medical News , décembre 1905.

(4) Badin, Recherche du Treponema pallidum dans les lésions superficielles de la syphilis. Thèse de Bordeaux, 1906.

(5) Nœggerath etSTAEHELiN, Münch. mediz. Woch., 1905, vol. 52, n° 31, p. 1481.

Syphil. expér. 16

inévitablement en recueillant le matériel, produit une dilution excessive du virus qui se perd dans une trop grande quantité de liquide.

§ 3. — Syphilides papuleuses, pustuleuses, plaques muqueuses, etc.

Le tréponème a été retrouvé dans l’exanthème papuleux, dans les papules ulcérées ou non, couvertes de squames ou de croûtes, quel qu’en soit le siège (Oppenheim et Sachsr Doutrelepont, Ehrmann et Lipschütz (1), Grouven et Fabry,, Roscher, Spitzer, Kraus et Prantschofî, Flügel, Jadassohn, Thibierge, Ravaut et Le Sourd, Scholtz, etc.). Le pourcentage des résultats positifs est très grand. Ainsi, pour ne citer que les recherches de Roscher et de Kraus et Prantschofî, les premières concernent 34 constatations positives sur 40 cas, les secondes 18 sur 25; encore faut-il remarquer que parmi les cas négatifs de ces derniers auteurs, il en était où l’hémorragie fut trop abondante au niveau du raclage, et d’autres qui étaient en voie de guérison.

Toutes ces constatations ont été faites sur des produits prélevés en raclant plus ou moins profondément la surface des papules. Mais on trouva également le parasite dans le liquide obtenu par l’application de vésicatoires sur des lésions papuleuses, même non ulcérées. Ainsi Levaditi et Petresco (2), dans trois cas de syphilis secondaire, ont constaté que les tréponèmes se trouvent non seulement dans la phlyctène qui couvre la papule elle-même, mais aussi dans les vésicules que l’on provoque sur la peau en apparence saine, au voisinage immédiat des lésions. Ceci prouve que les tissus qui entourent ces syphilides, probablement le derme papillaire et ses vais-

(1) Ehrmann et Lipschütz, Sitzungsbericht. der Wien. dermatol. Gesellseh . Arch. für Dermatolog., 1905, vol. 77, p. 133.

(2) Levaditi et Petresco, La Presse médic., 1905, n°78, septembre; Levaditi et Sauvage, Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1905, vol. 59, p. 344 j Levaditi, Annales de V Institut Pasteur , 1906, vol. 20, p. 47.

seaux, peuvent contenir un certain nombre de spirochètes qui se laissent entraîner par le liquide d’exsudation. Toutefois le procédé du vésicatoire est impuissant à mettre en évidence les tréponèmes chez des syphilitiques n’ayant pas des lésions cutanées ; d’ailleurs, même chez ceux qui présentent des syphilides de la peau, il faut, pour obtenir un résultat positif, que le vésicatoire soit appliqué tout près des papules. Rappelons que ces données ont été confirmées par Levaditi et Sauvage, en ce qui concerne les lésions cutanées de la syphilis héréditaire.

La présence du parasite a été constatée fréquemment dans les plaques muqueuses [Roscher (amygdales, piliers, langue, lèvre : 14 cas positifs sur 15), Grouven et Fabry, Heller et Rabinowitch, Thibierge, Ravaut et Le Sourd (8 fois sur 11), Nicolas, Favre et André (8 fois sur 14 : plaques muqueuses du gland, de la vulve, etc.), Doutrelepont, Sobernheim et Tomasczewski, etc., etc.]. C’est surtout au niveau des papules humides hypertrophiques situées au voisinage de l’anus et des organes génitaux, qu’on a décelé le plus fréquemment le tréponème. Sans insister sur les recherches de Lipschütz, d’Elehrmann, de Mulzer, et de Hoffmann, nous citerons la statistique de Roscher recueillie à la clinique de Lesser, et qui concerne 58 cas de papules humides de régions très diverses (organes génitaux, anus ombilic, orteils, poitrine, etc.) ; trois fois seulement le résultat fut négatif. L’abondance des parasites est si considérable, que dans certains cas l’examen du suc recueilli révèle la présence de véritables cultures de spirochètes.

En dehors des papules, des plaques muqueuses et des condylomes plats, on a retrouvé le tréponème dans les pustules syphilitiques (Doutrelepont, Lipschütz), les syphilides varicéloïdes (Lipschütz), les papules ragadiformes de la bouche (Flügel), et aussi dans certaines lésions syphilitiques secondaires tardives. Au sujet de ces dernières, Roscher communique l’observation d’un syphilitique infecté depuis

deux ans et demi et qui présentait une ulcération superficielle de la muqueuse buccale dans laquelle il fut possible de déceler quelques rares tréponèmes. Il publie également un cas positif de syphilides papuleuses en groupes chez un sujet infecté depuis deux ans et demi et porteur de manifestations faisant transition entre la syphilis secondaire et tertiaire.

Enfin, même dans les lésions spécifiques relativement rares, comme le psoriasis , Yimpetigo et Vonyxis syphilitique, on a décelé le Treponema pallidum. Rille et Vockerodt (1), examinent la sérosité recueillie après le raclage d’un psoriasis palmaire chez un syphilitique dont l’infection datait de trois mois, et découvrent des pallida à l’exclusion de tout autpe microorganisme étranger. De son côté, Doutrelepont (2) rapporte une observation analogue concernant un spécifique secondaire atteint de plaques muqueuses de la lèvre et de psoriasis palmaire. A ces deux faits positifs, s’ajoute la constatation négative de Lipschütz (3) dans un cas de psoriasis plantaire. Quant à Yimpetigo syphilitique du cuir chevelu, il y a lieu de citer les six cas de Roscher (4), tous positifs. Uonyxis fut étudié à ce point de vue, par Roscher qui, chez une femme atteinte de vérole maligne datant d’un an et présentant des syphilides pustuleuses, une gomme du tibia et de l’onyxis, trouva des tréponèmes typiques dans le pus de la matrice de l’ongle.

En somme, dans presque toutes les manifestations cutanées et muqueuses de la syphilis secondaire on a retrouvé le spirochète de Schaudinn à l’état de pureté, ou associé à d’autres microorganismes d’infection secondaire. Plus la lésion est intense et riche en matière virulente, plus elle renferme de spirochètes ; c’est, en effet, au cours des

(1) Rille et Vockerodt, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 34.

(2) Doutrelepont, Sitzungsberichte der N iederrhein. Gesellsch. f. Natur u. Heilkunde zu Bonn , 1905.

(3) Lipschütz, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 46.

(4) Roscher, Berlin, klin. Woch., 1905, n° 44-46 .

deux premières périodes, où les manifestations atteignent leur plus grand degré de contagiosité, que l’on a décelé des tréponèmes le plus facilement et le plus abondamment. C’est là une preuve de plus en faveur du rôle pathogène du parasite de Schaudinn dans la syphilis.

§ 4. — Syphilides tertiaires. Gommes syphilitiques.

L’observation clinique et l’étude expérimentale montrent que, contrairement aux manifestations des périodes primaire et secondaire, les lésions du tertiarisme (ulcérations ou gommes) sont soit complètement dépourvues de virulence, soit douées d’un pouvoir infectieux atténué. Il en résulte que si le tréponème est réellement l’agent pathogène de la vérole et non pas un saprophyte banal, on doit le retrouver rarement et avec difficulté dans ces lésions de la période tertiaire. Or, les nombreuses recherches faites dans cette voie ont pleinement confirmé cette supposition. Dans la grande majorité des cas d’ulcères tertiaires et de gommes ouvertes ou fermées, examinés à tous les moments de l’évolution du tertiarisme, il fut impossible de déceler le microbe de Schaudinn et Hoffmann; telles sont, entre autres, les constatations négatives de Jacquet et Sevin (1), d’Oppenheim et Sachs, de Sobernheim et Tomasczewski, de Roscher, de Lipschütz, de Flügel, de Heller et Lydia Rabinowitch (2), de Jadassohn, etc., concernant des gommes typiques, des infiltrations gommeuses, des syphilides tubéreuses et des ulcères serpigineux. Spitzer (3) fut le premier qui réussit à mettre en évidence le tréponème dans deux cas de manifestations tertiaires. L’une des observations a trait à un syphilitique dont l’accident primaire était apparu huit ans auparavant, et qui présentait des infiltrations ulcérées du nez,

(1) Jacquet et Sevin, Bull . de la Soc. médic. des Hôp., 25 mai 1905, p. 420

(2) Heller et Lydia Rabinowitch, Medizin. Klinik., 1906, vol. 2, n° 2b.

(3) Spitzer, Wien. klin. Woch., 1905, n° 31.

des oreilles et de la lèvre ; après de longues recherches, Fauteur décela quelques rares spirochètes dans le pus de ces ulcérations. La seconde concerne un cas de syphilis datant de douze ans et se manifestant par des gommes ulcérées du cuir chevelu ; dans l’une d’elles, Spitzer rencontra également quelques rares parasites. Dans la suite, Dudgeon (1) publia un cas de gomme de la joue encore non ulcérée et dont le pus contenait de nombreux tréponèmes. Mais c’est surtout aux recherches de Doutrelepont et Grouven (2), de Rille et Vockerodt (3) et de Tomasczewski (4) que l’on doit les renseignements les plus complets à ce sujet.

Les premiers trouvent le microbe de la vérole dans un cas d’infiltratioh serpigineuse de l’abdomen, dans une infdtration gommeuse cutanée et sous-cutanée de l’avant-bras, dans une gomme ulcérée du dos du nez et dans une périostite syphilitique. Les auteurs insistent sur l’extrême difficulté de la recherche du parasite dans ces lésions tertiaires et avouent avoir examiné un grand nombre de préparations et pendant des heures entières, avant d’avoir découvert un premier spirochète. Doutrelepont et Grouven attirent également l’attention sur l’existence d’une certaine variabilité dans la forme et l’aspect de ce parasite et sur sa présence beaucoup plus fréquente dans la paroi de la gomme que dans les parties nécrosées. Parmi les formes atypiques, il en est qui sont constituées par des chapelets de granulations et d’autres qui sont totalement déformées et qui se rapprochent beaucoup des spirochètes décrits par Bosc (5).

De leur côté, Rille et Vockerodt décèlent des tréponèmes dans un cas de papules sèches de la lèvre chez un ancien syphilitique. Citons enfin les cinq observations recueillies par

(1) Dudgeon, Lancet , 1906, n° 4306, p. 669.

(2) Doutrelepont et Grouven, N iederrhein. Versaml. Dermatol. zu Dusseldorf, avril 1906, et Deutsch. mediz. Woch., 1906, n° 23.

(3) Rille et Vockerodt, Münch. mediz. Woch., 1906, n° 34.

(4) Tomasczewski, Münch. mediz. Woch., 1906, n° 27.

(5) Bosc, Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1906, séance du 17 février, p. 338.

Tomasezewski, dont les recherches concernent dix sujets atteints de syphilis tertiaire ; les cas positifs sont : trois syphi lides tubéro-serpigineuses et deux gommes ou infiltrations gommeuses. De même que Doutrelepont et Grouven, Tomasezewski insiste sur la rareté des parasites, qu’il n’a pu découvrir qu’après six à dix heures d’examen. Ajoutons qu’il lui fut impossible de déceler d’autres formes parasitaires que celles spiralées typiques. A ces observations s’ajoute celle de Badin ( loc . cit.) se rapportant à la présence de spirochètes pâles dans des ulcères tertiaires de la jambe, chez un syphilitique dont l’infection datait de deux ans.

Ces faits et d’autres que nous passons sous silence, joints à l’étude histologique des lésions tertiaires, prouvent bien le parallélisme entre la rareté du Treponema pallidum dans les syphilides tertiaires, et la rare virulence de ces lésions démontrée par la clinique et l’expérimentation.

§5. — Syphilis maligne et Rupia.

On a retrouvé parfois le tréponème pâle dans les formes ulcéreuses et graves de la syphilis. Buschke et Fischer (1) furent les premiers à examiner à ce point de vue, des cas de vérole maligne; quoique les lésions contenaient incontestablement du virus actif, comme l’a démontré l’expérimentation sur le singe, il leur fut impossible de découvrir des spirochètes sur frottis. Par contre, Doutrelepont (2) d’une part, Herxheimer et Cohn (3) d’autre part, enregistrèrent quelques résultats positifs dont voici les détails : Herxheimer et son collaborateur ont observé huit cas de syphilides malignes et y ont révélé cinq fois la présence de spirochètes typiques. La plupart de ces syphilides dataient de quelques

(1) Buschke et Fischer, Berlin. Min. Woch., 1906, n° 13.

(2) Doutrelepont Sitzungsberichte der Niederrhein. Gesellsch. f. Natur u. Heilkunde zu Bonn 1905.

(3) Herxheimer et Cohn, Verhandlungen der Deutsch. Dermatolog. Gesells- •ehaft, IXe Congrès tenu à Berne (Julius Springer, Berlin, 1907).

mois et avaient pris brusquement un caractère grave et ulcéreux; leur aspect pustuleux était des plus nets. Les auteurs ont remarqué que les lésions légèrement érodées étaient les plus riches en parasites ; la rareté de ces parasites dans les manifestations très ulcérées, s’explique probablement par l’intervention des agents d’infection secondaire.

Rappelons que, d’après Doutrelepont ( loc . cit .), le microbe de Schaudin n’existe, quoique rarement, dans le Rupia syphilitique.

§ 6. — Ganglions lymphatiques.

Dès le début des recherches concernant le rôle pathogène du Treponema pallidum , Schaudinn et Hoffmann (1) signalèrent sa présence dans les ganglions lymphatiques indurés correspondant au chancre ; ils publièrent huit observations de syphilis primaire ou secondaire dans lesquelles ils purent déceler des tréponèmes soit dans des frottis faits avec des ganglions extirpés (deux cas), soit dans le suc retiré par ponction (six cas). Ce fut là [une des premières preuves du rôle étiologique de ce parasite.

Depuis, de nombreuses recherches furent faites dans cette voie et aboutirent à des résultats pour la plupart confirmatifs. Certains auteurs tentèrent vainement de découvrir le tréponème dans le suc des glandes lymphatiques, tels Herxheimeret Hübner (loc. cit.), Oppenheim et Sachs, Scholtz (2), etc. ; par contre, les investigations de Sobernheim et Tomasczewski (3), de Rille (4), de Rille et Vockerodt, de Grouven et Fabry (5), de Frankel (6), de Bertarelli et Volpino (7), furent couronnées de succès. Les statistiques les plus complètes ont été

(1) Schaudinn et Hoffmann, Deustch. mediz. Woch., 1905, n° 18.

(2) Scholtz, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 37.

(3) Sobernheim et Tomasczewski, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 39.

(4) Rille, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 29.

(5) Grouven et Fabry, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 37.

(6) Frænkel, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 24.

(7) Bertarelli et Volpino, Centralblatt für Bakteriolog., 1905, vol. 40, fasc. I,. p. 56.

publiéespar Bayet (1 ) et surtout par Roscher ( loc . cit.) . Le premier trouve le tréponème dans 9 ganglions hypertrophiés, le second pratique 38 ponctions ganglionnaires et obtient 30 résultats positifs. Parmi les glandes lymphatiques examinées par Roscher, le plus souvent il s’agissait de ganglions situés dans la région inguinale, mais trois observations portaient sur des adénites des régions sous-maxillaires et sous-mentales. Les chiffres publiés par Roscher sont ceux qui donnent le plus fort pourcentage. D’autres auteurs ont été, en effet, moins heureux que lui; ainsi Nicolas, Favre et André (loc. cit.) n’ont enregistré qu’un seul cas positif sur sept examinés, ^et Thibierge, Ravaut et Le Sourd (loc. cit.) ne retrouvent le spirochète que 3 fois sur 13. La plupart de ces constatations concernent des ganglions correspondant au chancre; cependant dans quelques cas, il est vrai très rares, il fut possible de trouver le tréponème dans des adénites spécifiques situées loin de l’accident primitif, ou bien ayant paru pendant la période secondaire, après la guérison complète du chancre. Nous citerons à ce sujet, les recherches de Lewandowsky (2) qui, à la clinique de Jadassohn, décela le microbe de Schaudinn dans un ganglion cubital induré chez un syphilitique en pleine période secondaire.

Il est donc certain, d’après ces études faites sur frottis, que le Treponema pallidum pénètre non seulement dans les lymphatiques correspondant au syphilome primaire, mais aussi dans les ganglions éloignés. Toutefois il semble assez difficile de l’y révéler constamment et cela pour plusieurs raisons : tout d’abord, comme l’a montré l’examen des coupes, les parasites sont répartis d’une façon inégale dans le tissu lymphoïde, de sorte que la ponction peut donner des résultats positifs ou négatifs suivant la région qu’elle intéresse. Ensuite, d’après les constatations de Roscher, l’hémorragie provoquée parfois

(1) Bayet, Journal médical de Bruxelles, 1905, p. 385, et Bulletin de la Soc . royale des Sciences médicales de Bruxelles, 1905, n° 25, p. 100.

(2) Lewandowsky, cité d’ap. Jadassohn, Mediz. Klinik, 1905, n° 52, p. 1342.

par la ponction, dilue le virus et rend ainsi sa recherche beaucoup plus aléatoire. Enfin, il faut tenir compte des infections secondaires qui, en déterminant la suppuration des ganglions, font disparaître les tréponèmes. En tout cas, cette inconstance relative du parasite, même dans les adénites primaires, rend impossible le diagnostic de la vérole à l’aide de la ponction ganglionnaire (Thibierge, Ravaut et Le Sourd).

Nous venons de voir qu’au début des recherches sur le rôle étiologique du tréponème, on avait considéré sa présence dans l’adénite spécifique comme une preuve décisive en faveur de son rôle pathogène. Sans nier la valeur démonstrative d’une telle preuve, nous pensons avec d’autres auteurs, qu’on en a beaucoup exagéré l’importance. En effet, si très souvent le tréponème fut décelé à l’exclusion de tout autre microorganisme dans le suc ganglionnaire, par contre Nicolas, Favre et André d’une part, Bertarelli et Volpino d’autre part, affirment l’avoir retrouvé associé à des bactéries diverses. D’ailleurs, on sait que beaucoup de microbes, même d’infection secondaire, ayant réussi à pulluler sur des surfaces ulcérées, peuvent envahir le système lymphatique. La présence du tréponème dans les ganglions doit donc être considérée comme une présomption en faveur de l’importance pathogénique du spirochète, car, comme nous le verrons plus loin, il a fallu d’autres preuves décisives pour entraîner la conviction.

§ 7. — Sang, liquide céphalo-rachidien, sperme, urine, etc.

A. Sang. — L’expérimentation a démontré que le sang des syphilitiques, incontestablement virulent à certaines époques de la maladie, ne l’est pas d’une façon absolument constante. Il en résulte que si le tréponème est bien l’agent provocateur de la vérole, il ne doit exister dans le torrent sanguin que d’une façon passagère et on doit l’y déceler avec une certaine

difficulté. Les nombreuses investigations faites dans cette voie ont pleinement confirmé cette supposition.

Dans la plupart des cas, la recherche du spirochète dans le sang des syphilitiques secondaires a abouti à des résultats négatifs, que le prélèvement ait été fait par simples piqûres du doigt, ou par ponctions intraveineuses; telles sont les observations communiquées par Spitzer (1), Roscher (2), Siebert (3), Radaeli (4), Oppenheim et Sachs (5), Herxheimer etHübner(6), Nicolas, Favre et André (7), etc., etc. Parfois il fut possible de déceler le microbe de la vérole dans les gouttes de sang recueillies après le raclage des taches de roséole [Richards et Hunt (8), Bandi et Simonelli (9)], mais ces constatations ne sont nullement probantes. Les parasites ont pu, en effet, provenir des macules roséoliques elles-mêmes et non pas du torrent circulatoire. Il n’en est pas de même des observations faites par Noeggerath et Stæhelin (10), par Nattan-Larrier et Bergeron (11) et par quelques autres auteurs qui eurent le soin de prélever le sang directement dans la veine médiane, en dehors de toute lésion syphilitique cutanée.

Noeggerath et Stæhelin puisent aseptiquement une certaine quantité de sang chez deux sujets atteints de syphilis secondaire non traitée et le mélangent à 10 volumes d’une solution d’acide acétique à 1/3 p. 100 ; le liquide est centrifugé après la dissolution partielle des globules rouges, et le culot étalé sur lames; on colore avec la solution de

(1) Spitzer, Wien. klin. Woch., 1905, n° 31.

(2) Roscher, Berlin, klin. Woch., 1905, nos 44-46.

(3) Siebert, Gesell. f. Vaterland. Cultur. Breslau, juin 1905, Berl. klin. Woch.. 1905, n° 34.

(4) Radaeli, Giornal. italiano delle malatie veneree e délia pelle, 1906, fasc. II, p. 151.

(5) Oppenheim et Sachs, Wien. klin. Woch., 1905, n° 45.

(6) Herxheimer et Huebner, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 26.

(7) Nicolas, Favre et André, Lyon médical, octobre 1905.

(8) Richards et Hunt, Lancet , sept. 1905, et mars 1906, p. 1650 et 667.

(9) Bandi et Simonelli, Gazetta degli Osped., juillet 1905, n° 85.

(10) Nœggerath et Stæhelin, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 31.

(11) Nattan-Larrier et Bergeron, La Presse médicale, janvier 1906, p. 19.

Giemsa pendant plusieurs heures. Dans les deux cas les auteurs ont décelé des spirochètes typiques, tandis que des recherches de contrôle concernant des cas de cancer, de tuberculose, d’eczéma, de décubitus, etc., ont donné des résultats négatifs. Cette méthode, qui n’est autre que celle recommandée par Staubli (1) pour la recherche des embryons de trichine dans le sang, fut employée ensuite avec succès par Grouven et Fabry (2), par Flügel (3), etc.

De leur côté, Nattan-Larrier et Bergeron puisent dans la veine médiane 10 centimètres cubes de sang qu’ils répartissent dans deux flacons contenant 100 centimètres cubes d’eau distillée. Après l’hydro-hémolyse, on centrifuge, on étale le culot sur lame et on dessèche à 37°. Les auteurs colorent les préparations par le procédé à l’argent, en les traitant tout d’abord par une solution de nitrate d’argent à 0,3 p. 100 (vingt-quatre heures), puis en réduisant par le liquide de Van Ermenghem. Cette technique leur a permis de découvrir des spirochètes dans trois cas de syphilis secondaire avec éruption maculo-papuleuse.

D’autres constatations positives furent recueillies par Raubitschek (4), par Badin (5), et par Sobernheim et Tomasczewski (6), qui examinèrent le sang pris par piqûre du lobule de l’oreille. Au contraire, les recherches de Doutrelepont (7) et surtout celles de Ravaut et Ponselle (8), qui eurent le soin d’employer des procédés différents et de faire les examens à des époques très variées (avant, pendant ou après l’éruption secondaire, le jour ou la nuit, etc., etc.), n’aboutirent qu’à des résultats négatifs.

(1) Staubli, Congress für innere Medizin, Wiesbaden, 1905.

(2) Grouven et Fabry, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 37.

(3) Fluegel, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 44.

(4) Raubitscheck, Wien. klin. Woch., 1905, n° 28.

(5) Badin, Recherche du Spirochæta pallida dans les lésions superficielles de la syphilis. Thèse de Bordeaux, 1906.

(6) Sobernheim et Tomasczewski, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 39.

(7) Doutrelepont, Sitzungsberichte der N iederrhein. Gesell. /. Natur. u. Heilkunde zu Bonn, 1905.

(8) Ravaut et Ponselle, Gazette des Hôpitaux, juillet 1906, n° 86.

Nous devons donc conclure que, si le tréponème a pu être incontestablement découvert dans le torrent circulatoire, sa présence y est relativement rare et fort probablement passagère. D’ailleurs il est actuellement établi que, contrairement aux autres spirochètes pathogènes (Spirillum gallinarum , Spirochæta Obermeyeri , etc.), le Treponema pallidum n’offre pas de prédilection marquée pour le milieu hématique. Hôte habituel de la peau , des muqueuses et de certains organes, le tréponème n'existe dans le sang que momentanément, lorsque, abandonnant son principal foyer de pullulation, il est entraîné ailleurs pour engendrer de nouvelles lésions.

B. Liquide céphalo-rachidien. — Thibierge, Ravaut et Le Sourd ( loc . cit.) firent le plus grand nombre de recherches concernant la présence du spirochète pâle dans le liquide céphalo-rachidien des syphilitiques secondaires, des malades atteints de manifestations nerveuses spécifiques et des enfants hérédo-syphilitiques. Le culot obtenu par centrifugation ne montra jamais ce spirochète et ne fut jamais virulent pour le singe. Des observations négatives furent également publiées par Siebert et par Rosenberger (1). On ne possède actuellement qu’un seul fait positif cité par Neisser (2), enregistré par Dohi et Tanaka (3), et ayant trait à la présence de tréponèmes dans le liquide cérébro-spinal d’un individu qui présentait des syphilides papuleuses.

C. Sperme. — Il a été démontré par les expériences de Finger et Landsteiner, que le sperme des spécifiques secondaires peut parfois contenir du virus actif ; cependant il fut impossible, jusqu’à présent, d’y découvrir le tréponème de Schaudinn. En effet, ni les recherches de Thibierge, Ravaut et Le Sourd, ni celles de Bab (4) et de Radaeli ne furent positives. Il semble, au premier abord, qu’il y ait contradiction entre

(1) Rosenberger, American Journal of Medical Sciences , janvier 1906, vol. 131, n° I, p. 143.

(2) A. Neisser, Die experimentelle Syphilisforschung, Berlin, Springer, 1906.

(3) Dohi et Tanaka, Zeitschrift für Dermatologie , 1905, vol. 5, p. 12.

(4) Bab, Çentralblatt für Bakteriologie, 1907, vol. 39, nos 20-22, p. 636.

la virulence du sperme des syphilitiques, prouvée par l’expérimentation et rendue très probable par les études sur la transmission héréditaire de cette maladie, et l’absence de tréponèmes dans le liquide séminal examiné sur frottis. Toutefois, on peut admettre que l’extrême rareté des parasites rend leur découverte difficile, ou bien que leur existence intracellulaire ne permet pas de les déceler avec les moyens dont on dispose actuellement. Quoi qu’il en soit, de nouveaux travaux sont nécessaires pour élucider cette question.

D. Urine. — Le tréponème fut décelé dans le sédiment obtenu par la centrifugation de l’urine chez quelques rares syphilitiques secondaires, pour la plupart atteints de lésions rénales avec albuminurie. Telles sont les observations publiées par Hirschberg (1), Mac Lennan (2) et par Dreyer et Tœpel (3). Ces derniers ont découvert le parasite dans l’urine, riche en albumine, d’un syphilitique dont l’infection datait de cinq mois. Il semble, d’après ces quelques constatations positives,, que la pénétration du parasite dans la sécrétion urinaire soit facilitée par l’existence de lésions spécifiques du rein, intéressant surtout le système épithélial. En tout cas nous pensons qu’il faut, dans ces recherches, procéder avec beaucoup de prudence, car la confusion est possible entre le Treponema pallidum et d’autres spirochètes saprophytes des muqueuses génitales, tel le Spirochæta refringens , cela d’autant plus qu’il s’agit de l’urine, c’est-à-dire d’un milieu dans lequel ces microorganismes délicats peuvent se déformer facilement.

§ 8. — Organes.

On possède quelques rares observations de nécropsies de syphilitiques ayant succombé en pleine évolution de la maladie ; jamais sur les frottis d’organes prélevés dans

(1) Hirschberg, Journal of the American Medic. Assoc., octobre 1905.

(2) Mac Lennan, British. medic. Journal , mai 1906.

(3) Dreyer et Tœpel, Dermatolog. Centralblatt, 1906, vol. 9, n° 6, p. 172.

ces cas, on n’a réussi à découvrir le tréponème pâle. Tels sont les faits publiés, entre autres, par Buschke et Fischer (1) et ceux que nous avons pu recueillir nous-mêmes. La seule constatation positive faite sur le vivant, est rapportée par Schaudinn ( loc . cit.) dans un de ses premiers mémoires concernant le rôle étiologique du tréponème. Ce savant a décelé le spirochète dans des frottis faits avec le suc obtenu par la ponction de la rate, chez un spécifique secondaire. Ces données se trouvent complétées par celles qui découlent de l’étude histologique des lésions syphilitiques des organes ; nous y reviendrons plus loin.

(1) Buschke et Fischer, Berlin, klin. Woch., 1906, n° 13.

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