CHAPITRE II
§ I. — Syphilome primaire.
L’étude histologique du chancre, dans ses rapports avec le Treponema pallidum , fut inaugurée par les travaux de Burnet et Vincent (1) et de Levaditi et Manouélian (2). Ces auteurs ont découvert le tréponème non seulement dans les couches profondes de l’épiderme, au voisinage de l’ulcération, et dans les fentes lymphatiques qui traversent l’induration chancreuse (Burnet et Vincent), mais aussi dans la paroi des vaisseaux sanguins, autour de ceux-ci, et même dans leur lumière (Levaditi et Manouélian). Plus tard, l’étude du chancre fut reprise par Queyrat et Levaditi (3), Blaschko (4), Bertarelli et Volpino (5), Ehrmann (6), Hoffmann et d’autres. Elle aboutit à des résultats qui permettent de résumer de la façon suivante l’histo-pathologie du syphilome primaire :
Le fond de Y ulcération est constitué par une exsudation fibrineuse riche en leucocytes polynucléaires, en détritus cellulaires et en microbes d’infection secondaire (coccus et bactéries). L’exsudât qui recouvre l’ulcère peut parfois offrir
(1) Burnet et Vincent, Comptes rendus de la Soc. de Biologie , 1905, vol. 59, p. 474.
(2) Levaditi et Manouélian, Comptes rendus de la Soc. de Biologie , 1905, vol. 59, p. 527.
(3) Queyrat et Levaditi, Bull, de la Soc. méd. des Hôpitaux , séance du 30 mars 1906, p. 321.
(4) Blaschko, Berlin, klin. Woch., 1907, n° 12.
(5) Bertarelli et Volpino, Centralb. jür Bakteriolog., 1906, vol. 41, p. 74.
(6) Ehrmann, Wien. klin. Woch., 1906, n° 27 ; Deutsch. med. Woch., 1906, n° 28 ; Centralb. für Bakteriolog., 1907, vol. 44, p. 223.
Syphil. expér.
un aspect diphtéroïde, comme dans le cas publié par Mucha et Scherber (1), ou bien renfermer des globules rouges provenant de la rupture des capillaires superficiels. Mais, quels que soient les caractères de l’ulcération, un fait est constant : c’est l’absence ou la rareté des tréponèmes à ce niveau. Tandis que les bactéries d’infection secondaire abondent à la surface du chancre, les spirochètes au contraire semblent être gênés dans leur multiplication par les éléments polynucléaires, les détritus cellulaires et la lymphe qui forment le pus chancreux. Il n’en est pas de même des autres espèces de spirochètes, tel le Spirochæta refringens , que l’on rencontre fréquemment à la surface de la lésion. En effet, ces microbes s’y développent abondamment sans toutefois réussir à envahirla profondeur des tissus. Ce fait a été établi par Levaditi et Manouélian ( loc . aï.), qui l’ont révélé dans un chancre de l’amygdale dont la surface était parsemée de « gros spirilles à larges ondulations, retenant fortement l’argent ( Sp.buccalis ) ». Depuis, d’autres auteurs confirmèrent cette constatation.
Comment expliquer cette rareté relative de tréponèmes à la surface du chancre et quel rapport il y a-t-il entre ces parasites et la formation de l’ulcération? L’examen du syphilome expérimental des singes à divers moments de son évolution, montre que dès le début de la lésion visible à l’œil nu, et lorsque l’épiderme est encore à peine ulcéré, les tréponèmes existent déjà au niveau des couches profondes de cet épiderme. Ils y déterminent une accumulation de cellules migratrices et des lésions épithéliales, lésions qui aboutissent à la désintégration du revêtement épidermique, et à la formation d’une érosion qui se transformera plus tard en une ulcération macroscopique. Nul doute ne saurait donc subsister quant à l’existence d’une relation de cause à effet entre l’envahissement de l’épiderme par le tréponème et l’apparition de l’ulcère chancreux. Comment interpréter alors l’absence ou la rareté de ce parasite au
II) Mucha et Scherber, Wiener klin. Woch., 1906, n° 6.
niveau de l’ulcère, lorsque le syphilome atteint un certain •degré de développement?
Nous pensons que cette particularité est due à l’envahissement des tissus par les microbes banaux et à la réaction cellulaire qui en est la conséquence. En effet, il est établi actuellement que si, dans des conditions données, certaines espèces bactériennes (la plupart anaérobies) facilitent le développement du spirochète, d’autres microbes au contraire semblent plutôt gêner sa pullulation. Dans les expériences de Levaditi et Mc Intosh (1), la culture du parasite de Schaudinn dans des sacs en collodion semblait être favorablement influencée parles nombreux anaérobies qui l’accompagnaient Mais dans les essais de culture du Sp. gallinarum et du spirille de la Tick-fever (Levaditi) (2), chaque fois qu’une impureté se glissait dans le sac, la culture était sensiblement gênée, sinon supprimée. Il se peut donc que l’invasion de l’ulcère chancreux par des microorganismes antagonistes soit une des causes de la rareté des tréponèmes à ce niveau. Une autre raison est certainement l’accumulation des leucocytes polynucléaires dans l’exsudât qui recouvre la lésion. Nous verrons plus loin qu’un des moyens dont dispose l’organisme pour se débarrasser des tréponèmes, est la phagocytose réalisée par les leucocytes mononucléaires (macrophages) et aussi par les polynucléaires (Levaditi, Ehrmann, Gierke). On conçoit ainsi la possibilité de la disparition des spirochètes là où précisément s’opère une diapédèse abondante de globules blancs à noyaux polymorphes.
Tout autour de l’ulcère chancreux, dans la couche de Malpighi , on constate des lésions épithéliales en rapport intime avec le tréponème. Le protoplasma des épithéliums est trouble, renferme souvent des granulations pigmentaires et apparaît comme gonflé. Les noyaux sont dégénérés,
(1) Levaditi et Mc Intosh, Annales de V Institut Pasteur , 1907, vol. 21. n° 10, p. 784.
(2) Levaditi, Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1906, vol. 60, p. 688 ; Comptes rendus de V Acad, des Sciences , 1906, vol. 142, n° 20, p. 1099.
mais leur fragmentation n’est jamais aussi intense que dans d’autres lésions syphilitiques de la peau, tel par exemple le pemphigus des nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire (Voy. p. 347). Les rapports réciproques des cellules ont subi des changements par suite d’une dilatation des espaces intercellulaires et d’une destruction du réseau qui les réunit. Il se forme ainsi entre les épithéliums des petites fentes, dans lesquelles s’accumulent la sérosité lymphatique et des leucocytes, pour la plupart polynucléaires.
C’est à ce niveau que l’on constate le plus grand nombre de spirochètes. Ils sont, comme on le voit sur la figure 22, disséminés dans toute l’étendue de la couche de Malpighi, et siègent, pour la plupart, dans les fentes intercellulaires. Ils conservent leur aspect habituel, sont régulièrement ondulés et possèdent de 8 à 15 tours de spires. On en décèle qui ont une extrémité enroulée sur elle-même, et d’autres qui sont entièrement disposés en boules. Malgré l’examen attentif des coupes, il est difficile de préciser si les tréponèmes sont contenus dans le protoplasma des épithéliums, ou bien tout simplement accolés à leur surface. Ajoutons que l’englobement des parasites par les leucocytes est plutôt rare à ce niveau.
Cette accumulation des tréponèmes au niveau de cellules de la couche de Malpighi est intéressante. Elle démontre que le spirochète offre une prédilection marquée pour les éléments épithéliaux, constatation qui concorde d’ailleurs,, avec l’existence des parasites dans l’épiderme, les cellules glandulaires de la peau, les éléments hépatiques, etc. des hérédosyphilitiques.
L’affinité pour les cellules épithéliales du revêtement cutané et la facilité avec laquelle les tréponèmes réussissent à se développer à leur contact, expliquent peut-être pourquoi le virus syphilitique se greffe de préférence sur la peau, lors de l’infection spontanée ou expérimentale. Il n’est pas sans ntérêt de rappeler ici les expériences de Metchnikofî et.
SYPHILIS ACQUISE
Roux, de Neisser et de Finger et Landsteiner, qui ont montré que l’inoculation de ce virus sous la peau du singe, reste sans effet, tandis que son application par scarifica-
Fig. 22. — Coupe de chancre humain. Imprégnation à l’argent-pyridine, coloration au rouge neutre et au bleu de méthyle (d'après une préparation de Levaditi et Manouélian).
tions dans V épiderme, est presque toujours suivie de succès. Cette prédilection pour les éléments épithéliaux ressort également des constatations de Levaditi et Yamanouchi (1) concernant Y incubation qui précède l’éclosion de la kératite
(1) Levaditi et Yamanouchi, Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1908, vol. 64, p 50.
syphilitique expérimentale du lapin (Voy. p. 368). Ces auteurs constatèrent, en effet, que les tréponèmes introduits dans la chambre antérieure de l’œil, ne commencent à pulluler qu’à partir du moment où le fragment de cornée inoculé s’organise. Au cours de cette organisation, l’épithélium de ce fragment prolifère en donnant naissance à des nodules épithéliaux, et c’est précisément au contact de ces nodules que les spirochètes se multiplient de préférence.
Dans la profondeur du chancre , la lésion consiste en une accumulation d’éléments migrateurs autour des vaisseaux sanguins et lymphatiques, en des altérations profondes de ces vaisseaux mêmes, et en un épaississement du tissu conjonctif. Suivant le travail de Blaschko (1), on décèle, dans la région indurée du chancre, une agglomération de cellules rondes et de plasmazellen (Unna) autour des artérioles et des veinules; ces cellules entrent en contact intime avec la paroi de ces vaisseaux et sont emprisonnées dans un réseau fibrillaire colorable en brun par l’argent. Les leucocytes polynucléaires sont rares à ce niveau, contrairement à ce qui se passe dans les lésions pianiques ( Yaw ), caractérisées par la formation d’abcès miliaires riches en globules blancs à noyaux polymorphes [Schüfîner (2), Levaditi et Nattan- Larrier (3)].
Cette disposition périvasculaire de l’inflammation mononucléaire est caractéristique pour le chancre syphilitique ; à elle s’ajoutent les altérations des vaisseaux sanguins, qui intéressent à la fois les trois tuniques et qui sont également pathognomoniques (fig. 23).
De ces tuniques, c’est l’interne qui est la plus atteinte; l’endothélium, gonflé et proliféré, obstrue entièrement, par places, la lumière du vaisseau. D’ailleurs, il n’est pas
(1) Blaschko, Mediz. Klinik, 1906, n° 13.
(2) Schueffner, Münch. med. Woch., 1907, n° 28.
(3) Levaditi et Nattan-Larrier, Comptes rendus de la Soc. de Biologie , janvier 1908 ; Annales de V Institut Pasteur, 1908, vol. 22, n° 3,, p. 260.
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rare de rencontrer dans certains chancres, l’existence de thromboses consistant en une oblitération partielle ou totale du canalicule sanguin par des détritus cellulaires
Fig. 23. — Coupe d’un chancre humain. Lésions vasculaires et périvasculaires ( d'après une préparation de Levaditi et Manouélian).
et des endothéliums hypertrophiés. Nous avons constaté ces thromboses dans un syphilome de l’amygdale étudié par Levaditi et Manouélian, et que nous reproduisons dans la figure 24.
Les tréponèmes sont en rapport intime avec les lésions périvasculaires, lésions qui doivent être considérées comme une conséquence directe de la pullulation des parasites autour des canalicules sanguins. On les rencontre répandus parmi les leucocytes mononucléaires et les plasmazellen qui entourent les canaux vasculaires ; ils sont pour la plupart libres et conservent leur aspect habituel. Certains d’entre eux réussissent même
à se glisser entre les endothéliums altérés de la tunique interne.
Cette accumulation des tréponèmes autour des vaisseaux atteints d'endo- et de périvascularite , montre que ces altérations sont provoquées par les spirochètes eux-mêmes et aussi par leurs produits de sécrétion. Il est, en effet, vrai-
Fig. 24. — Coupe d’un chancre humain de l’amygdale. Thrombus vasculaire contenant des tréponèmes en partie fragmentés.
semblable que les éléments cellulaires prenant part à la constitution des nodules périvasculaires, et qui proviennent en partie des vaisseaux mêmes, en partie de la prolifération des cellules fixes, s’agglomèrent autour des canalicules sanguins sous l’influence de quelque substance soluble douée de propriétés chimiotaxiques, élaborée par le tréponème.
Les spirochètes montrent également une préférence marquée pour les vaisseaux lymphatiques. Déjà dès leurs pre-
mièresrecherches, Levaditi et Manouélian ont insisté sur la présence du microbe de la vérole dans les espaces lymphatiques dilatés du syphilome primaire. Ces espaces, de dimensions variables, tapissés d’un endothélium hypertrophié, sont remplis d’une masse albumineuse coagulée, homogène, montrant une affinité particulière pour le bleu de toluidine (fig. 25), Lès
Fig 25. — Coupe de chancre humain. Tréponème dans un espace lymphatique dilaté.
tréponèmes contenus dans cette masse albumineuse sont soit isolés, soit disposés en amas [Mucha et Scherber, Blaschko, Paschen (1), Ehrmann] ; quelques leucocytes polynucléaires les accompagnent dans la lumière de ces espaces lymphatiques. La masse albumineuse qui remplit ces fentes et qui constitue un excellent milieu de culture poulie spirochète, n’est autre que de la lymphe coagulée. Cepen-
(1) Paschen, Deutsch. med. Woch., 1906, n° 10.
dant, comme le remarque Ehrmann (ioc. cit.), il est impossible de préciser si la coagulation s’est opérée pendant la vie, ou bien si elle n’est qu’une conséquence de l’action des réactifs fixateurs. Quoi qu’il en soit, ces faits prouvent que le microorganisme de la syphilis offre une affinité prononcée pour le système lymphatique, ce qui concorde avec les données cliniques et histologiques déjà acquises.
L’hypertrophie du tissu conjonctif et son état œdémateux au niveau de l’induration chancreuse, sont des lésions que l’on retrouve presque constamment dans les syphilomes primaires relativement avancés. On constate que les fibrilles conjonctives sont comme gonflées et séparées par une exsudation lymphatique assez pauvre en éléments cellulaires* et on décèle fréquemment de nombreux spirochètes au niveau de ces altérations scléreuses. Les parasites, comme l’ont constaté pour la première fois Burnet et Vincent, sont en rapport intime avec ces fibrilles et semblent exister à l’intérieur même des filaments conjonctifs. Toutefois, il est difficile de préciser si réellement les tréponèmes pénètrent dans la fibrille conjonctive, ou bien s’ils sont simplement accolés à sa surface. Un fait est digne de remarque : c’est la disposition des spirochètes en séries le long des espaces interfibrillaires. Comme on peut s’en assurer en examinant la figure 26, ces spirochètes sont rangés en files, se succèdent le& uns aux autres en se touchant par leurs extrémités, et suivent les ondulations des travées conjonctives (Queyrat et Levaditi, loc. cit.).
Ces constatations permettent de formuler certaines considérations au sujet du mode de multiplication du Treponema pallidum et du rôle de ce parasite dans la genèse du sclérome syphilitique. Nous avons vu que le mécanisme suivant lequel les spirochètes en général, et le tréponème en particulier, se segmentent, est loin d’être précisé. D’après certains protozoologistes (Schaudinn, Prowazek*
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Hartmann, etc.), les spirochètes, tout comme les trypanosomes, se multiplient par segmentation longitudinale, tandis que pour les partisans de la nature bactérienne, cette multiplication s’opère par division transversale. L’existence, dan& les travées conjonctives du syphilome primaire, de tréponèmes disposés bout à bout, se touchant presque, montre,, à notre avis, que la segmentation transversale de ces microorganismes est la plus probable. En effet, après un accroissement progressif du parasite, celui-ci s’étire et s’amincit en
Fig. 26. — Coupe d’un chancre cicatrisé ( d'après une préparation de Queyrat et Levaditi). Disposition en files des tréponèmes dans le tissu conjonctif.
un point; il se forme ainsi un filament extrêmement mince qui réunit encore les deux cellules filles, mais qui finit par se rompre, pendant que les deux jeunes tréponèmes se séparent et progressent indépendamment l’un de l’autre, le long des fibrilles conjonctives. Cette progression indique que le microbe de la syphilis ne réussit à se développer et à émigrer que dans le sens où la résistance opposée par les tissus est la plus faible. Son pouvoir de pénétration ne semble pas être bien considérable ; toutefois il est encore assez accentué,, puisque le tréponème réussit quand même à s’introduire dans le protoplasma de certains éléments cellulaires.
Le second fait qui se dégage de ces données, c’est le
rôle déterminant joué par le microorganisme de Schaudinn et Hoffmann dans la genèse de l’induration scléreuse du chancre. Ses rapports avec les fibrilles conjonctives hypertrophiées étant des plus intimes, on doit admettre que la sclérose est provoquée par la présence même du spirochète, ou bien par quelque produit soluble élaboré par lui. Nous pensons que l’hypertrophie du tissu conjonctif est, au même titre que la phagocytose, dont nous parlerons dans un instant, un moyen de défense que l’organisme emploie pour se débarrasser du microbe. Sous l’influence de l’épaississement des faisceaux fibrillaires, les parasites cessent d’avoir à leur disposition des matériaux nutritifs suffisants et finissent par se détruire. Cependant leur destruction ne paraît pas s’opérer rapidement, puisque dans un chancre cicatrisé du prépuce, chez l’homme, et dans un syphilome cicatriciel, chez un Macaque, nous avons pu encore déceler de rares tréponèmes dans l’intimité des travées conjonctives.
Les tréponèmes furent retrouvés au niveau du chancre, dans les fibres musculaires [Bertarelli et Volpino (loc. eit.f] et à l’intérieur de filaments nerveux (Ehrmann) (1). L’un d’entre nous avait déjà constaté, avec Queyrat, leur présence dans les nerfs, lorsque parut un travail très documenté d’Ehrmann se rapportant à ce sujet. Cet observateur (2) avait montré en 1904, que le processus syphilitique englobe, dans le syphilome primaire, les filaments nerveux et les corpuscules de Paccini. Reprenant l’étude du chancre à l’aide -de la méthode à l’argent, Ehrmann découvre de nombreux parasites non seulement dans la gaine des nerfs, mais aussi à l’intérieur du filament nerveux, disposés parallèlement aux iîbrilles; ils sont logés dans les fentes lymphatiques et ne semblent pas envahir la gaine myélinique. Si l’inflammation paraît respecter le nerf lui-même, par contre elle est assez accentuée à sa périphérie; on peut s’en assurer en examinant
(1) Ehrmann, Deutsch. med. Woch., 1906, n° 28.
(2) Ehrmann, Arch. für Dermat. u. Syphilis, 1904.
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la figure 27, reproduite d’après une de nos préparations.- f La présence du microbe de Schaudinn dans les filaments nerveux, tout en ayant son importance, ne nous semble pas avoir la signification que lui accorde Ehrmann. Cet auteur pense, en effet, que le tréponème, en s’insinuant dans les fentes lymphatiques du nerf, peut progresser le long de rami-
Fig. 27. — Coupe de chancre humain. Pénétration du tréponème dans un filament nerveux ( d'après une préparation de Levaditi et Roché).
fications nerveuses, et, à l’exemple du virus rabique ou de la toxine tétanique, atteindre les centres nerveux. Or, rien ne nous assure que les choses se passent réellement ainsi, ou du moins aucun fait ne le prouve d’une façon irréfutable. La pénétration du spirochète dans les filets nerveux au niveau même du chancre est bien naturelle, puisque ce microorganisme, tout en ayant une prédilection marquée pour les épithéliums et les vaisseaux, s’insinue presque dans tous les tissus qui entrent dans la constitution de l’accident primaire. Pour-
que l’hypothèse d’Ehrmann soit Arraie, il faudrait pouvoir déceler le parasite dans les nerfs en rapport avec le chancre, mais à une certaine distance de la lésion, en d’autres termes, le saisir dans sa pérégrination vers les centres nerveux. En attendant qu’une telle constatation soit faite, cette hypothèse ne doit être acceptée que provisoirement.
Les faits que nous venons d’exposer permettent de formuler quelques considérations sur le rôle joué par le tréponème dans la production des lésions du syphilome primaire , sur la voie qu’il suit pour envahir V organisme, enfin sur les moyens qui assurent sa destruction lors de la guérison du chancre.
Les observateurs qui ont étudié la distribution du spirochète dans l’accident primaire, ont été frappés de l’irrégularité de cette distribution ; en effet, une série de coupes d’un même fragment peut renfermer de nombreux parasites, tandis que d’autres séries, très voisines, en sont presque dépourvues. Blaschko (1) rechercha la cause de cette irrégularité et pensa tout d’abord qu’elle était due à l’imperfection de la méthode à l’argent. Cependant, en pratiquant des coupes dans toutes les directions, il est arrivé à reconnaître que les
tréponèmes sont accumulés en foyers bien délimités, entourés de zones presque complètement dépourvues de parasites. Si on examine ces régions, on ne retrouve les microbes que dans les fentes lymphatiques en communication avec les foyers riches en spirochètes ; par contre, au niveau de ces foyers de pullulation, on rencontre de très nombreux tréponèmes, pour la plupart logés dans des vais-
Fig. 28. — Schéma de la répartition des tréponèmes dans le syphilome primaire ( d'après Blaschko)*
u, ulcération; e, épiderme; l, vaisseau lymphatique; b, foyer de tréponèmes.
(1) Blaschko, Berl. klin. Woch., 1907, n° 12.
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seaux lymphatiques dilatés. La figure 28, reproduite d’après Blaschko, rend compte de cette particularité de la topographie des spirochètes dans le syphilome primaire.
En présence de ces constatations, on doit se demander par quel mécanisme les tréponèmes groupés en un foyer circonscrit, réussissent à engendrer à distance des altérations vasculaires ou autres? Blaschko pense que ces lésions sont provoquées par quelque produit soluble élaboré par le Treponema pallidum , mais ce n’est là qu’une simple hypothèse demandant à être vérifiée.
Nous venons de voir que le tréponème a été maintes fois retrouvé dans la lumière des vaisseaux lymphatiques ; on l’a décelé aussi à l’intérieur des vaisseaux sanguins, artériels ou veineux. Levaditi et Manouélian (loc. cit .) ont, les premiers, insisté sur l’existence de spirochètes libres à l’intérieur des vaisseaux papillaires, et plus tard, avec Queyrat (loc. cit.), Levaditi a figuré des parasites dans les canalicules sanguins situés dans la profondeur du chancre. Depuis, le fait a été confirmé par de nombreux observateurs, entre autres Blaschko et Ehrmann. La topographie des spirochètes intravasculaires est celle que nous représentons dans la figure 29 ; cette figure reproduit la coupe d’un vaisseau contenant des hématies et du plasma coagulé, au milieu duquel on distingue un tréponème typique.
La présence des parasites dans les vaisseaux sanguins est une constatation des plus importantes. Elle prouve, en effet, que, si la principale voie suivie par les spirochètes pour envahir V organisme, est celle des canaux lymphatiques, la voie sanguine se prête également à leur propagation. Ce fait est d’ailleurs conforme aux données fournies par l’observation clinique et par l’expérimentation. L’apparition presque simultanée des macules roséoliques et des papules sur une grande étendue du revêtement cutané, ne peut s’expliquer que par l’inoculation dans la peau, de tréponèmes charriés par le torrent circulatoire. D’un autre côté, l’expérimentation sur l’homme et
celle plus récente faite sur le singe, montrent que le milieu héma^ tique contient effectivement du virus syphilitique à certaines époques de l’évolution de la vérole. En outre, on a décelé le tréponème dans le sang par la méthode des frottis; le rôle de la circulation sanguine dans le transport du spirochète vers les organes et la peau ne laisse donc actuellement aucun doute.
La constatation de parasites spirillés dans les vaisseaux du syphilome primaire, au début de son évolution, montre de plus, que, conformément aux données cliniques et expérimentales, Y extirpation du chancre ne saurait préserver V organisme de V infection syphilitique. Cette excision est incapable d’empêcher la généralisation du virus, pour le simple motif que, dès les premiers jours, les microbes envahissent les vaisseaux sanguins et sont entraînés au loin par le: torrent circulatoire.
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La découverte du tréponème pâle et son étude sur coupes a permis de saisir le mécanisme qui préside à l’extension du processus syphilitique au niveau de l’accident primaire. Cette question fut étudiée en détail par Ehrmann, qui examina les rapports entre les spirochètes et les lésions périvasculaires à la périphérie du syphilome, c’est-à-dire là où s’opère l’accroissement du processus spécifique. Il constata qu’à ce niveau les parasites s’accumulent autour des cordons vasculaires isolés qui envahissent le tissu sain. Ce fait indique que les spirochètes, grâce à des produits de sécrétion, agissent d’une part sur les éléments cellulaires, dont ils provoquent l’accumulation et la prolifération, et d’autre part sur les bourgeons vasculaires eux-mêmes. Ils déterminent l’accroissement de ces bourgeons qui s’infiltrent dans les tissus voisins, et assurent ainsi l’extension du chancre. La diapédèse des globules blancs mononucléaires et le bourgeonnement des vaisseaux sanguins doivent être considérés, d’après Ehrmann, comme résultant de l’action de substances chimiotaxiques élaborées par le tréponème.
Il nous reste à examiner un dernier point, la phagocytose des spirochètes de Schaudinn et Hoffmann au niveau du syphilome primaire. Leur englobement par les leucocytes mononucléaires dans le poumon des hérédo-syphilitiques atteints de pneumonie blanche, fut démontré par Levaditi, qui insista sur l’importance de la phagocytose comme moyen de défense. Mais c’est à Ehrmann (1) que l’on doit des constatations intéressantes au sujet de la destruction de ce microorganisme par les phagocytes fixes et mobiles au niveau du chancre. Cet observateur décela des tréponèmes en rapport intime avec les fibroblastes du tissu conjonctif induré, ainsi que l’englobement des parasites par le protoplasma de ces cellules. Les spirochètes phagocytés montraient des signes de dégénérescence, se- traduisant par des changements de
(1) Ehrmann, Cenlralblatt für Bakteriolog., 1907, vol. 44, p. 223.
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forme et de colorabilité. Les leucocytes à noyaux polymorphes phagocytent également le tréponème. En effet, Ehrmann constata des spirochètes accumulés dans des vacuoles situées près de la concavité du noyau de ces globules blancs polynucléaires. Enfin, d’après le même auteur, les endothéliums des vaisseaux sanguins et lymphatiques sont, au même titre que les fibroblastes et les leucocytes, doués de propriétés phagocytaires à l’égard du tréponème pâle.
Toutes ces données prouvent que la destruction de V agent pathogène de la syphilis au niveau du chancre est , en grande partie , assurée par les phagocytes , et qu’il y a analogie , à ce point de vue, entre le tréponème et les autres spirochètes pathogènes. Cependant, certains auteurs se demandent si la dégénérescence des parasites ne commence pas avant leur englobement par les phagocytes fixes et mobiles ; ces cellules ne feraient alors qu’activer dans leur protoplasma, la spirillolyse extracellulaire provoquée par les humeurs. Nous n’entrerons pas ici dans les détails de cette question, que nous étudierons à propos de l’histologie pathologique de la syphilis héréditaire. Nous dirons seulement que nous n’avons jamais rencontré dans nos nombreuses coupes de chancre, le moindre signe de destruction des tréponèmes en dehors des éléments cellulaires. Par contre, la phagocytose de ces parasites est actuellement hors conteste, comme il résulte non seulement des constatations d’Ehrmann, mais aussi des faits communiqués récemment par Hoffmann (1) au Congrès d’ Hygiène de Berlin (1907). Ce savant décrit, entre autres, des cellules géantes contenant des parasites plus ou moins altérés dans leur forme et leurs affinités colorantes.
(1) Hoffmann, Rapport au Congrès internat, d' Hygiène, tenu à Berlin en septembre 1907.
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§ 2. — Roséole.
Les premiers auteurs qui ont décelé le Treponema pallidum sur des coupes de roséole, ont été Veillon et Girard (1). Voici quelles sont, d’après eux, les lésions caractéristiques de la roséole considérée au début de son évolution, ainsi que la topographie des tréponèmes :
L’altération la plus frappante est la congestion intense des capillaires des papilles cutanées ; à cette congestion s’ajoute une ébauche d’infdtration périvasculaire constituée par des éléments mononucléaires, mais cette infdtration est loin d’atteindre celle que l’on constate dans les papules bien développées de la période secondaire. Au point de vue microbiologique, les auteurs ont révélé l’absence de tout organisme d’infection surajoutée et n’ont constaté que des tréponèmes. Ceux-ci existent dans la lumière même des capillaires dilatés, et aussi, quoiqu’en plus petit nombre, parmi les cellules qui prennent part à l’infiltration périvasculaire. Les parasites ne se rencontrent que dans la région toute superficielle de la peau et offrent les caractères typiques du tréponème pâle.
Ces données furent confirmées par Levaditi et Queyrat (2), qui examinèrent des coupes d’une syphilide secondaire maculeuse , à caractères légèrement papuleux. Les auteurs ont décelé une accumulation des mononucléaires autour des vaisseaux des papilles et de quelques capillaires du derme, ainsi que la présence d’un très petit nombre de spirochètes.
11 en résulte que les lésions roséoliques ne sont pas dues à l’action exercée sur la peau par quelque produit toxique ou irritant, sécrétion du microbe, mais bien par sa présence même au niveau du revêtement cutané. Comme le pensent Veillon et Girard, la roséole est attribuable à une embolie
(1) Veillon et Girard, Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1905, vol. 59, p. 652.
(2) Levaditi et Queyrat, Bull, de la Soc. méd. des Hôpitaux. Séance du 30 mars 1906, p. 325.
microbienne à localisation cutanée, témoin l’existence des parasites dans la lumière des vaisseaux papillaires. Mais, malgré le caractère purement maculeux de l’exanthème, il y a déjà formation de lésions périvasculaires, engendrées par la présence des tréponèmes provenant des capillaires eux-mêmes; ces microorganismes réussissent à traverser la paroi des vaisseaux, grâce à leur minceur et à leurs mouvements de propulsion.
§ 3. — Syphilides papuleuses, papulo-croûteuses et circinées; acné syphilitique; plaques hypertrophiques.
On a examiné, au point de vue des rapports entre les lésions histologiques et le tréponème pâle, des manifestations syphilitiques secondaires autres que la roséole, en particulier des syphilides papuleuses , circinées et papulo-croûteuses et aussi des plaques muqueuses .
Pour ce qui concerne les syphilides papuleuses typiques, les recherches de Levaditi et Manouélian (loc. cil.) et de Levaditi et Queyrat [loc. cit.) ont montré que les tréponèmes existent non seulement au niveau des couches profondes de l’épiderme, au voisinage de l’érosion, mais aussi dans la profondeur du derme infdtré. Dans le réseau de Malpighi, les parasites sont, comme dans le chancre, logés entre les éléments épithéliaux disjoints par suite d’une exsudation lymphatique pauvre en cellules migratrices. Parfois les spirochètes forment des amas contenus dans de vrais nids inter cellulaires. Dans la profondeur, on constate des rapports étroits entre ce microbe et l’infiltration périvasculaire. En effet, comme on peut s’en assurer en examinant la figure 30, le tissu conjonctif qui entoure ces lésions est dépourvu de parasites spirillés, tandis qu’un certain nombre de tréponèmes typiques se rencontrent parmi les éléments mononucléaires qui s’accumulent autour des capillaires dermiques. Ajoutons que, d’après Levaditi et Manouélian, « les vaisseaux papillaires contiennent également quelques rares éléments spirillés, à une distance assez éloignée
SYPHILIS ACQUISE
de la région épidermique ». La plupart de ces constatations ont été confirmées par Thibierge, Ravaut et Le Sourd (1) et par Ritter (2) ; ce dernier insiste sur l’irrégularité de la distribution des tréponèmes dans les syphilides papuleuses ( syphilis
récidivante), et dit avoir décelé ces parasites aussi dans les parties non altérées du derme.
Plus nombreuses sont les observations concernant la distribution du microbe de Schaudinn et Hoffmann dans les papules hypertrophiques de la région périgénitale ( condylomes plats). On connaît l’extrême virulence de ces manifestations spécifiques et la richesse en spirochètes du suc qui s’écoule après leur raclage. L’étude des coupes a confirmé ces données
(1) Thibierge, Ravaut et Le Sourd, Bull, de la Soc. méd. des Hôpitaux. Séance du 6 avril 1906.
(2) Ritter, Münch. med. Woch., 1906, n° 41, p. 2004.
cliniques et microscopiques, en montrant l’abondance des tréponèmes dans ces tissus.
La première description de la topographie des spirochètes dans les papules humides fut donnée par Bertarelli et Volpino (1), confirmés depuis par Hoffmann (2), Radaeli (3), Schaudinn (4), Mucha et Scherber (5), Blaschko (6), Sakurane (7), etc., etc. Il résulte de leurs observations que les tréponèmes existent en grand nombre au niveau de la couche moyenne et profonde du revêtement épidermique, disposés dans les fentes élargies qui séparent les éléments épithéliaux plus ou moins dégénérés. Au niveau de l’ulcération même, on peut rencontrer des spirochètes réfringents (Hoffmann), ou des bactéries (Mucha et Scherber), mais ces microbes d’infection secondaire disparaissent dans la profondeur où l’on ne décèle que des tréponèmes. Comme le fait remarquer Hoffmann (8), cette abondance des spirochètes pâles dans les régions superficielles des condylomes plats, en particulier au niveau de la couche de Malpighi, explique l’infectiosité exceptionnelle de ces manifestations.
Dans le derme, conformément à ce que nous avons constaté dans le syphilome primaire, les tréponèmes existent soit autour des vaisseaux, en contact intime avec l’infiltration, soit dans la lumière même des canaux vasculaires [Herxheimer et Opificius (9), Bertarelli et Volpino (10)]. Ce rapport intime entre les vaisseaux et les parasites, de même que l’existence
(1) Bertarelli et Volpino, Centralb. für Bakteriol., 1906, vol. 41, fasc. I, p. 74.
(2) Hoffmann, Dermat. Zeitschr., 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 561.
(3) Radaeli, Giorn. Italiano dette malat. veneree, 1906, fasc. II, p. 151.
(4) Schaudinn, Arb. aus dem Kaiserlich. Gesundheitsamte, 1907, vol. 26, fasc. I, p. 11.
(5) Mucha et Scherber, Wiener klin. Woch., 1906, n° 6.
(6) Blaschko, Mediz. Klinik., 1906, n° 13.
(7) Sakurane, Arch. für Dermat. u. Syph., 1906, vol. 82, fasc. II, p. 227.
(8) Hoffmann, Die Aetiologie der Syphilis, Berlin, Springer, 1906, p. 23.
(9) Herxheimer et Opificius, Münch. med. Woch., 1906, n° 7.
(10) Bertarelli et Volpino, Centralb. für Bakteriol., 1906, vol. 41, fasc. I, p. 74.
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de ces microorganismes dans les artérioles, montrent que la genèse des lésions secondaires est due à la localisation dans la peau, de tréponèmes charriés par la circulation sanguine. Ajoutons que, d’après Bertarelli et Volpino, il est possible de rencontrer dans les condylomes plats, des parasites spirillés inclus dans le protoplasma des éléments cellulaires ; cette constatation semble être assez rare, si l’on se rapporte aux recherches de Sakurane ( loc . cit .), faites sous la direction de Neisser.
En somme, ce qui frappe, c’est la prédilection qu’offrent ces parasites pour les couches superficielles de la peau, en particulier pour le réseau de Malpighi. D’après Sakurane, cette pullulation à la superficie de condylomes, s’explique facilement; entre les surfaces opposées de deux plaques appliquées l’une contre l’autre, il se crée un espace clos propice au développement des anaérobies en général et du tréponème en particulier. Ce sont là des conditions qui, de plus, facilitent au plus haut degré l’auto-inoculation des plaques hypertrop hi ques .
L’histologie des syphilides circinées fut étudiée par Hoffmann et Beer (1). Les auteurs ont constaté une accumulation de plasmazellen autour des vaisseaux, dans les papilles et les couches superficielles du derme. Les tréponèmes se rencontrent non seulement au niveau de ces nodules périvasculaires, mais aussi dans l’épiderme, en particulier dans la couche de Malpighi, au voisinage de l’infiltration leucocytaire.
Les syphilides papulo-croûteuses et Yacnê syphilitique ont été examinées par Ehrmann etLipschütz (2). Dans Yacné1 ces observateurs remarquèrent que l’épiderme est pour ainsi dire intact, sa couche cornée étant légèrement surélevée. L’infiltration, localisée autour d’un follicule pileux, pénètre jusque dans le derme et intéresse également le muscle érecteur. A ce
(1) Hoffmann et Beer, Deutsche med. Woch., 1906, n° 22.
(2) Lipschütz, Wiener klin. Woch., 1906, vol. 19, n° 37.
niveau, on remarque la formation d’un véritable abcès miliaire à localisation épidermique, riche en leucocytes polynucléaires plus ou moins détruits. Les tréponèmes existent en assez grand nombre au niveau de l’abcès et surtout dans l’épiderme avoisinant. La plupart sont extracellulaires ; cependant Lipschütz décèle de rares cellules géantes renfermant des spirochètes phagocytés. Ces données semblent prouver que l’acné syphilitique est une lésion provoquée par la pullulation du tréponème, ses caractères spéciaux étant attribuables à l’évolution de ce parasite sur un terrain scrofuleux ou alcoolique.
Les cliniciens ont particulièrement insisté sur les variations quantitatives du pigment cutané au niveau de certaines lésions secondaires de la syphilis. Lorsque ces lésions intéressent la région du cou, on remarque une disparition du pigment au centre de la lésion ( leucodermie ) et son accumulation à la périphérie. On s’est demandé si cette pigmentation spéciale n’est pas due à la pénétration du tréponème dans les couches cutanées et aux troubles qu’il provoque. La question fut étudiée par Hoffmann (1) et par Lipschütz (2), qui constatèrent un appauvrissement très net de l’épiderme et des papilles en cellules pigmentaires dans les régions où les parasites pullulent abondamment. Ces auteurs admettent que le tréponème, soit par sa présence, soit peut-être par l’intermédiaire de ses produits de sécrétion, engendre une résorption du pigment. Lipschütz pense même que, dans certaines conditions, les spirochètes peuvent être la cause d’une hypertrophie pigmentaire, ce qui expliquerait la genèse des anneaux d’hyperpigmentation qui souvent entourent les taches leucodermiques. Cette opinion est certes des plus admissibles, mais, à notre avis, rien ne la démontre d’une façon indiscutable Il serait, en effet, tout aussi plausible d’admettre que ces variations quantitatives du pigment, sont, non pas sous la
(1) Hoffmann, Die Aetiologie der Syph., Berlin, Springer, 1906, p. 23.
(2) Lipschütz, Dermatolog. Zeitschr., 1907, vol. 14, fasc. II, p. 67.
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dépendance de la pullulation des spirochètes, mais sous l’influence des lésions mêmes provoquées par eux. Étant donné que, d’une part, la production du pigment dépend, en grande partie, de l’irrigation sanguine, et que, d’autre part, les vaisseaux sont profondément lésés dans les syphilides, on doit se demander si la leucodermie n’est pas précisément une conséquence de ces altérations vasculaires. De nouvelles recherches sont nécessaires pour élucider définitivement cette question.
§ 4. — Manifestations cutanées du tertiarisme.
L’étude histopathologique des manifestations tertiaires de la peau, tubercules, gommes et syphilides ulcéreuses, a confirmé les données cliniques et expérimentales, ainsi que les résultats fournis par la recherche des tréponèmes sur frottis. En effet, ces manifestations, dont la virulence est faible et même souvent nulle, ne montrent sur coupes que de très rares spirochètes, et cela d’une façon inconstante. Ainsi, pour ce qui a trait aux gommes , Doutrelepont et Grouven (1), après de longues recherches, ont fini par déceler quelques tréponèmes autour d’un vaisseau; il s’agissait de lésions gommeuses ulcérées et de parasites montrant des altérations de forme et de colorabilité. Certains de ces microbes étaient peu colorés et paraissaient formés par des granulations disposées' en chapelets; ils rappelaient de la sorte les microorganismes découverts par Bosc dans certaines gommes du foie hérédo-syphilitique.
Plus heureux furent les observateurs qui ont recherché le tréponème dans les syphilides tertiaires ulcéreuses , à caractères serpigineux. Parmi eux, citons Hoffmann et Feldmann (2) qui
(1) Doutrelepont et Grouven, Deutsche med. Woch., 1906, n° 23 ; IXe Congrès de la Deutsche derm. Gesell., 1907, Berne.
(2) Hoffmann et Feldmann, dans Hoffmann, Die Aetiolog. der Syph., 1906, Berlin, Springer, p. 24.
découvrirent quelques spirochètes dans la zone périphérique d’une syphilide cutanée, ainsi que Doutrelepont et Grouven et Blaschko (1). Ce dernier eut l’occasion d’examiner une syphilide serpigineuse à caractères condylomateux chez un malade dont l’infection datait de seize ans. La lésion, intéressant le scrotum, fut biopsiée et traitée par la méthode à l’argent. On retrouva des tréponèmes typiques non pas au niveau même de l’ulcération, mais en son voisinage, dans les parties profondes de l’épiderme, au contact du corps papillaire. Si à ces constatations positives on ajoute celles, moins nettes, de Ritter (2), on voit que le nombre des cas de manifestations tertiaires contenant des tréponèmes décelables sur coupes est infiniment restreint, ce qui concorde avec la rareté des spirochètes révélés parla méthode des frottis, dans des accidents du même ordre (3). Que faut-il en conclure?
Les recherches expérimentales de Finger et Landsteiner, exposées en détail dans la première partie de cet ouvrage, expliquent peut-être cette rareté des parasites dans les manifestations du tertiarisme. Ces recherches prouvent que le caractère particulier de ces manifestations, au point de vue de leur aspect et de leur évolution, ne tient pas tant à la nature du virus, qu’au terrain sur lequel ce virus réussit à se développer. Au cours du tertiarisme, l’immunité acquise de la peau, manifeste dès le premier mois qui s’écoule après le début du chancre, subit des modifications d’intensité, se traduisant par le mode particulier dont l’organisme réagit à l’égard du spirochète. Inoculé avec du virus « primaire », le syphilitique tertiaire fait au point d’inoculation, un tubercule, une gomme, ou une syphilide ulcéreuse, au lieu d’un chancre ou d’une papule. Dès lors, on peut admettre qu’au cours du tertiarisme et grâce à cette modification du terrain, un tout petit nombre
(1) Blaschko, Med. Klinik, 1906, n° 35.
(2) Ritter, Münch. med. Woch., 1906, n° 41, p. 2004.
(3) Nous n’insisterons pas ici sur les nombreuses constatations négatives recueillies à ce sujet.
de tréponèmes engendrent des altérations cutanées plus profondes que le chancre ou les papules, mais moins virulentes que ces accidents de la période primaire et secondaire. Tandis que l’organisme neuf réagit par un syphilome et ne s’oppose nullement à la pullulation des spirochètes, chez les tertiaires au contraire, la réaction se traduit par une gomme ou un ulcère, et la multiplication des microbes se fait moins facilement. De là la rareté des parasites spiralés dans les lésions tertiaires et la faible virulence de ces accidents.
§ 5. — Ganglions lymphatiques et lymphangite.
Queyrat et Levaditi (1) n’ont pas décelé le tréponème dans les coupes d’une lymphangite dorsale du pénis, correspondant à un syphilome primaire datant de vingt-neuf jours, mais des résultats positifs ont été enregistrés par Ehrmann (2) et par Hoffmann (3). Ce dernier découvre des spirochètes typiques non seulement dans la lumière d’un gros vaisseau lymphatique du prépuce, mais aussi dans la paroi vasculaire, entre les cellules endothéliales. Le tissu conjonctif infiltré et les faisceaux musculaires renfermaient également des parasites.
C’est surtout dans les ganglions hypertrophiés correspondant au chancre que l’on a le plus souvent découvert le Treponema pallidum sur coupes. Levaditi et Queyrat ( loc . cit.) examinèrent trois glandes lymphatiques extirpées chez des malades dont le chancre datait de trente, trenteneuf et soixante-quinze jours, et ne décelèrent le spirochète que dans un seul cas. Il s’agissait de très rares parasites contenus dans la lymphe coagulée d’un vaisseau lymphatique central dilaté. Ces constatations furent confirmées par
(1) Queyrat et Levaditi, Bull, de la Soc. méd. des Hôpitaux. Séance du 30 mars 1906, p. 325.
(2) Cité d’après Hoffmann (Voy. n° 3).
(3) Hoffmann, Die Aetiologie der Syphilis, 1906, Berlin, Springer, p. 24.
Thibierge, Ravaut et Le Sourd (1), par Versé (2) et par Mucha et Scherber (3) ; mais c’est à Hoffmann et Beer (4) que l’on doit une description détaillée de la distribution des tréponèmes dans les ganglions. Ces observateurs ont examiné un ganglion inguinal extirpé au cours de la seconde période d’incubation et un autre excisé chez un malade syphilitique depuis six mois et demi; voici les altérations constatées :
La capsule est épaissie et montre une infiltration périvasculaire constituée par des éléments mononucléaires. Les follicules et les centres germinatifs sont hypertrophiés et riches en macrophages, les vaisseaux sanguins montrent un épaississement de leur paroi et une lumière rétrécie par suite du gonflement de l’endothélium. Les tréponèmes, assez rares au niveau de la capsule et des sinus, sont plus nombreux dans le tissu trabéculaire, où ils longent les fibrilles conjonctives. On en rencontre également dans les canaux lymphatiques, tandis que les follicules en sont dépourvus; ce n’est que la zone périphérique de ces follicules qui contient de très rares parasites.
En somme, rareté relative des tréponèmes dans les glandes lymphatiques , malgré l’hypertrophie et l’induration des ganglions régionaux, si communes dans la syphilis acquise. Le fait s’explique facilement, si l’on tient compte de la richesse des ganglions en macrophages et de l’importance de la phagocytose dans la destruction du spirochète de Schaudinn et Hoffmann.
§ 6. — Lésions spécifiques des organes.
Il existe un contraste frappant entre l’énorme quantité de tréponèmes constatés dans les organes des hérédo-syphi-
(1) Thibierge, Ravaut et Le Sourd, Bull, de la Soc. méd. des Hôpitaux. Séance du 6 avril 1906.
(2) Versé, Med. Klinik, 1906, nos 24-26.
(3) Mucha et Scherber, Wien. klin. Woch., 1906, n° 6.
(4) Hoffmann et Beer, Deutsche med. Woch., 1906, n° 22.
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litiques, et la rareté des spirochètes découverts dans les viscères d’individus ayant succombé au cours de l’évolution de la syphilis acquise. Tandis que dans la grande majorité des cas, chez le nouveau-né issu de générateurs syphilitiques, pas un tissu ne se montre dépourvu de parasites, au contraire très rares sont les observations de syphilitiques adultes ayant fourni des résultats positifs. Jusqu’à présent, et malgré de nombreuses recherches, on n’a réussi à déceler le spirochète que dans les capsules surrénales , dans la paroi de V aorte atteinte d’aortite spécifique et peut-être dans certaines gommes du foie.
La présence des tréponèmes dans les gommes hépatiques fut constatée par Schaudinn (1) qui en rencontra quelques exemplaires dans la zone périphérique, au contact des tissus sains. Malheureusement, ce savant ne put donner d’autres détails sur cette importante constatation (Hoffmann). L’observation reste isolée, car, si Versé (2) décèle « un spirochète peu typique, à trois ondulations » dans la région marginale d’une gomme du foie, ni Bertarelli et Volpino (3), dans plusieurs cas, ni Levaditi sur le matériel provenant du service de M. Brissaud, ne purent confirmer le fait avancé par Schaudinn.
L’existence de tréponèmes typiques dans les tuniques de Y aorte syphilitique est parfaitement établie à l’heure actuelle par les recherches de Reuter (4). Cet auteur eut l’occasion de pratiquer la nécropsie d’un individu mort brusquement et sur lequel on ne put recueillir aucun renseignement. Il constata les lésions caractéristiques de l’aortite spécifique de Heller, lésions qui avaient déterminé l’obstruction presque complète de l’aorte. Le cœur ne présentait qu’une légère hypertrophie de sa musculature. Sur des coupes d’aorte im-
(1) Schaudinn, cité d’après Hoffmann, Die Aetiolog. der Syphilis , 1906, Berlin, Springer, p. 25.
(2) Versé, Mediz. Klinik, 1906, nos 24-26.
(3) Bertarelli et Volpino, Centralb. fiir Bakteriolog , 1906, vol. 41, fasc. I,p. 74 .
(4) Reuter, Münch. med. Woch., 1906, n° 16, p. 778; Zeitschr. fiir Hyg., 1906, vol. 54, p. 49.
prégnées à l’argent, il révéla des spirochètes dans la tunique interne, disséminés parmi les fibrilles conjonctives ou disposés dans les fentes lymphatiques. Les parasites existaient également au niveau d’un foyer de ramollissement et étaient par endroits agglutinés. Pas de tréponèmes dans les autres organes. Sur le pénis, une cicatrice indiquait la place probable d’un ancien chancre syphilitique (1).
Ces données furent confirmées par Benda (2) qui décela dans la tunique adventitielle de l’aorte syphilitique, des spirochètes, les uns régulièrement, ondulés, les autres en état de transformation granuleuse. La nature tréponémique des filaments spiralés décrits et figurés par Benda, ne laisse aucun doute, comme l’un d’entre nous a pu s’en assurer en examinant les préparations de ce savant. Toutefois, l’existence du microbe de la vérole au niveau des lésions syphilitiques des vaisseaux, ne paraît pas être fréquente, ce qui d’ailleurs se comprend, puisqu’il s’agit d’altérations chroniques, riches en tissu cicatriciel et d’où les parasites ont pu disparaître depuis longtemps. En effet, ni Buschke et Fischer (3), ni Versé (4) n’ont enregistré des résultats positifs au cours de leurs recherches qui concernent des lésions spécifiques intéressant surtout les artères cérébrales.
Nous devons à Jacquet et Sézary (5) la découverte du tréponème dans les capsules surrénales d’un syphilitique ayant succombé en pleine période secondaire. L’observation concerne un individu de soixante-six ans ayant présenté de l’asthénie, et qui éprouvait de violentes douleurs dans la région lombaire et dans les membres inférieurs. Le malade présentait une pigmentation accentuée de la peau ; il suc-
(1) Les préparations de Reuter ont été examinées par Schaudinn, qui en donne une description détaillée dans un travail publié, après la mort de ce savant, par les soins de Hartmann et Prowazek.
(2) Benda, Cité d’après Hoffmann.
(3) Buschke et Fischer, Berl. klin. Woch ., 1906, nos 13.
(4) Versé, Mediz. Klinik, 1906, nos 24-26.
(5) Jacquet et Sézary, Bull, de la Soc. mèd. des Hôpitaux Séances du 23 mars 1906 et du 1er février 1907.
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comba à la suite d’une attaque d’apoplexie. La nécropsie révéla une hypertrophie des capsules surrénales, qui étaient dures et sclérosées. Microscopiquement, elles présentaient une infdtration nodulaire riche en lymphocytes et une prolifé^ ration du pigment. Les tréponèmes, en assez grand nombre, existaient au niveau de la couche fasciculée; suivant la description des auteurs, « ils siégaient à l’intérieur des cellules ou hors d’elles et formaient des amas dans les mailles conjonctives ; on en voyait peu dans les vaisseaux. Ils n’étaient pas tous franchement spiralés ; un assez grand nombre étaient comme étirés et granuleux » (Jacquet et Sézary). Il fut impossible de déceler des parasites en spirale ni dans la couche médullaire de la capsule, ni dans les autres viscères et les trois syphilomes du scrotum.
En résumé, il s’agit d’un syphilitique ayant montré des phénomènes addisoniens et dont les capsules surrénales étaient* fortement lésées. Il est remarquable de constater la présence de tréponèmes précisément dans l’organe le plus atteint par le processus spécifique.
Cependant, une question reste à élucider : c’est la cause de cette rareté des spirochètes dans les viscères des individus morts en pleine évolution de la vérole (1). On ne saurait incriminer la méthode à l’argent, car la même technique appliquée à l’étude de l’hérédo-syphilis donne des résultats pour ainsi dire parfaits. On ne peut non plus invoquer les conditions défectueuses dans lesquelles on pratique ordinairement les nécropsies ; en effet, on a réussi à déceler de très nombreux parasites chez des nouveau-nés nécropsiés vingt-quatre et quarante-huit heures après la mort. Pour nous, le fait ne peut être interprété que de deux façons : d’abord, par l’intervention des microbes de putréfaction ou d’infection secondaire, ensuite par la résistance qu’opposent les tissus adultes au développement du spirochète. Il est
(1) Levaditi a examiné sans succès la plupart des organes de deux syphilitiques ayant succombé en pleine infection.
certain que les microorganismes étrangers gênent la pullulation .du tréponème, comme le prouve l’étude histologique du chancre, laquelle montre sa rareté ou son absence au niveau même de l’ulcération, là où ces microorganismes abondent. D’un autre côté, il est hors conteste que la richesse en tréponèmes des organes des nouveau-nés doit être en partie attribuée à l’absence de toute immunité naturelle chez des êtres n’ayant pas encore achevé leur développement. Il se peut, en effet, que chez l’adulte, il existe un certain état réfractaire des tissus, très faible, mais cependant suffisant pour s’opposer efficacement à une multiplication trop abondante du parasite de la vérole dans l’intimité de ces tissus. En résumé, si l’on se rapporte aux données microbiologiques et expérimentales, on doit admettre que le microbe de Schaudinn existe effectivement dans certains organes des syphilitiques adultes (moelle osseuse, rate); mais il y est trop rare pour qu’il soit possible de le déceler parles procédés d’investigation dont on dispose actuellement (1).
(1) Rappelons que, d’après les recherches de Marie et Lavaditi, de Marinesco, et de Queyrat et Feuillée ( Bulletin de la Soc. méd. des Hôpitaux , séance du 30 mars 1906), les tréponèmes n’ont pas été observées dans les lésions nerveuses de la parasyphilis ( tabes et paralysie générale ).