‹ La Syphilis constitutionelleChapitre 17 sur 49 · CICATRICES OSSEUSES SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

CICATRICES OSSEUSES SYPHILITIQUES

hyperplasies, semblables à celles que l'on observe dans la sclérose et dans Thyperoslose, Gosselin ( l) a parfaitement reconnu l'importance de l'aspect que ces lésions de voisinage impriment aux accidents syphilitiques consécutifs.

Si la nécrose n'attaque pas la totalité de l'épaisseur d'un os, il se forme à la surface de l'os, après la séparation et l'élimination du séquestre, une dépression, tantôt irrégulière, tantôt ayant la forme d'un godet. On n'y trouve ultérieurement qu'une faible quantité de tissu cicatriciel de nouvelle formation; la perte de substance est à peine comblée par les tissus régénérateurs. Le travail de reproduction se manifeste par l'amincissement et l'aplatissement successif des bords; ces derniers, taillés à pic au début, s'encroûtent d'une légère couche osseuse; ils deviennent inclinés, obliques ; de nombreux canaux et sillons les parcourent. Les parties osseuses environnantes présentent régulièrement de la sclérose et de l'hyperostose. Ces altérations ressemblent donc quelquefois, à s'y méprendre, à celles qui résultent de l'atrophie inflammatoire, sans suppuration ni nécrose; il faut, pour ne pas les confondre entre elles, bien connaître les circonstances antérieures et bien examiner l'état des parties molles environnantes.

Enfin, quand il y a des altérations persistantes, conmie dans l'ozène syphilitique , les bords osseux deviennent hsses, et subissent la sclérose et Thyper-

(1) Arch. gén., 185/i, 5* sér., U IV, p. 68/i.

Gk niÉNOHÈNES ACtIfS.

ostose; les perforations de Ih voûte palatine ont des bords trannliants , lisses et durs; un tissu ctcalrtciel, épais , blanchâtre et peu aboudaiit les recouvi-e. Le nez affaissé est soutenu par des os épais, souvent éburnés, paraissant comme polis k leur exlrémité inférieure; assez fréquemment il se forme une gouttière profonde sur le dos du nez. An lieu de former un toit, les os propres du nez convui'goiit en sons inverse^ fonnoiit un sillon profond qui remplace l'arête saillante normale. La surface de ces os est parcourue pur de nombreux sillons vasculaires affectant une forme radiée. Celte tendance à la sclérose et à l'hyperostose ne reste pas limitée à l'endroit affecté primitivement, elle s'étend au loin à la périphérie, jusqu'aux os de la base du crâne par exemple.

En novembre 1856, j'ai observé un cas semblable très remarquable, chez une personne de soixante-six ans, parvenue au dernier de^i^ré de marasme; elle avait, en outre, des cicatrices du foie, et le sphénoïde était complètement sclérosé. Ce cas a été minutieusement décrit par 0. Heyfelder (1).

Nous pouvons, après les considérations précédentes sur la syphilis des os. si uon^breusesdu reste que soient ses diverses formes, diviser en deux grands groupes les altérations qu'elle cause ; le premier groupe contiendra les productions inflammatoires simples; le second, les productions spécifiques.

La sclérose et l'hyperostose, les exostoses et les no-

(I) Archiv fUr pathoi Anatomie, thI. XI, p 5IA.

PRODUCTIONS IIVFLAitfMATOlRES SIMPLES. 65

* dus, les caries, correspondent à des états inflammatoires connus des os, tandis que les tumeurs gommeuses du

^ périoste, du tissu médullaire et du tissu osseux lui-

- même , Tatrophie inflammatoire qui en dépend (carie ' sèche), et la nécrose des os ne peuvent trouver leur

^ place parmi les précédents.

La peau , dont les altérations syphilitiques sont aussi fréquentes que variées, peut mieux que toute autre

. partie se prêter à la comparaison. On peut de même diviser les altérations syphilitiques de la peau en deux grands groupes. Nous y rencontrons, en effet, la tumeur

t spécifique à côté des irritations et inflammations simple's, des macules et des papules, des pustules et des

î foyers purulents, des nodosités et des plaques muqueuses. En admettant que les syphilides simplement

;* irritatives et inflammatoires appartiennent aux symptômes secondaires, on est en droit de se demander si les lésions osseuses simplement irritatives et inflammatoires ne sont pas des altérations secondaires; et si Ton sépare franchement plusieurs affections spécifiques de la peau comme appartenant aux syphilides tertiaires, il paraîtra alors contradictoire de réunir dans un seul et même groupe d'accidents tertiaires, des lésions osseuses, les unes spécifiques, les autres non spécifiques. On peut, à la vérité, objecter que jusqu'ici Tanatomie des syphihdes est encore bien incomplète, que nous ne pouvons, par exemple, établir d'une façon satisfaisante la différence histologique entre un condylôme plat (plaque muqueuse) et un condylôme pointu : mais il est toutefois hors de doute que les diverses formes de syphilis

des os répondent aux formes de syphilis cutanée aussi complètement que peuvent le permettre les différences de structure de ces parties.

Il importe à ma description d'attirer l'attention sur une altération de la peau ayant beaucoup d'analogie avec l'atrophie inflammatoire des os (carie sèche) que j'ai décrite précédemment ; c'est l'atrophie cicatricielle de la peau , qui se produit quelquefois après le lupus non exedens, et les tubercules de la peau. Cette affection occasionne ordinairement des taches déprimées, blanchâtres, luisantes, dont l'apparition est précédée d'une desquamation épidermoïdale exagérée ; elles sont quelquefois recouvertes de croûtes, mais jamais elles ne succèdent à l'ulcération. Ricord pense évidemment c^ celte forme, lorsqu'il dit : «Ces tubercules sont susceptibles de résolution franche ou d'une sorte de résorption rapide , sous l'influence de laquelle ils se ramollissent, se flétrissent et, sans s'ulcérer, finissent par se transformer sur la peau en une espèce de croûte en quelque sorte cornée, qui, en tombant, laisse une tache le plus souvent déprimée (1).» A la vérité une atrophie cicatricielle se montre après le lupus érythémateux non syphilitique, lésion décrite par Erasmus Wilson (2), sous le nom de vitiligo; mais elle s'en distingue par la forme tuberculeuse déjà décrite de l'affection syphiUtique antérieure. Quant aux formes mercurielles , il est impossible de ne pas les distinguer.

(i) Traité, p. 6A6. .

(2) Maladies de la peau, trad. de Schroeden Leipsick, 1850» p. A03.

TUBERCULES 60MMBUX. 67

Je suis cependant forcé d'avouer que les tubercules syphilitiques de la peau et du tissu sous-cutané n'ont pas tQujours une texture identique avec les tumeurs gommeuses des os , et que de nouvelles recherches doivent être faites pour voir jusqu'à quel point la comparaison peut être établie.

Dittrich (1) seul a donné une bonne description anatomique du tubercule dur et gommeux, siégeant dans le tissu sous-cutané des régions mammaires et scapulaires. Il décrit ces tumeurs comme des masses arrondies et irrégulières , rameuses 9 dont la grosseur varierait depuis celle d'une noix jusqu'à celle d'un œuf de poule, d'un jaune gris et fauve , inorganisées , molles et granuleuses vers le centre , épaisses et résistantes à la périphérie; ces masses seraient enkystées dans un tissu calleux très épais, fibreux, blanchâtre. Dans la même observation se trouve une tumeur tout à fait analogue, de la grosseur d'un œuf de pigeon, dans la fosse ptérygo-palatine , et une infiltration avec ulcération de la muqueuse du larynx. Je n'ai vu la tumeur gommeuse dure que dans le tissu conjonctif lâche qui entoure le vas deferens (obs. VII). Je ne l'ai, au contraire, jamais rencontrée à la peau, et Ricord (2) a défini la forme ordinaire comme une sorte de furoncle chronique du tissu sous-cutané ou sous-muqueux.

M. le docteur Deetï, ancien médecin supérieur de la Charité) a eu k bonté de me remettre deux fois des tu-

(1) Prager Viertelj., 1850, If, p. h9.

(2) Traité, p. 660,

6â PHÉNOMÈNES ACTIFS.

bei'oules de la peau, ainsi que des tubercules profonds du tissu souS'Cutané, enlevés sur le vivant.

Les premiers tubercules avaient la plus grande aaal(^ie avec la texture du tissu de granulations jeunes (1), On pouvait reconnaître, sous l'épiderme intact, dans le tissu conjonctif de la peau, l'accroissement progressif et la prolifération des cellules du tissu conjonctif, en même temps que la raréfaction et le ramollissement de la substance intermédiaire, ce qui finissait par produire une masse presque médullaire, vascularïsée, très ricbe en cellules arrondies, ayant presque toutes un seul noyau.

Les tubercules profonds étaient ramollis à leur centre;on y trouvait une masse muqueuse, filante, dans laquelle le microscope faisait découvrir beaucoup de détritus et un grand nombre de cellules arrondies *t relativement petites, ayant déjà subi une métamorphose graisseuse incomplète. A la circonférence se trouvait un tissu granuleux très riche en cellules.

Celle évolution se rapproche et ressemble beaucoup à celle que Ton remarque dans les ulcérations ordinaires et les abcès, et s'en distingue seulement en ce qu'il ne se forme pas de pus crémeux, de bonne nature, mais une matière muqueuse, visqueuse, se décomposant rapidement. Autant que je puis en jugar, ces lésions se rapprochent tout à fait des tubercules profonds de la syphilis congénitale, décrits minutieusement par Rinecker (2) .

(1) CtUulaTPalhol.,p. 37â-&01.

(2) Wtirib. VtrbandL, I, p. il 7.

TUBERGULKS PROFONDS CONGÉNITAUX. 69

J'ai rapporté moi-mêrne un cas semblable dans mes Ges, Jb/iand.^ p. 295, et je veux retracer ici brièvement le résultai d'un autre examen que je fi^, le 13 mars 1845, chez un enfant de quatre semaines très amaigri.

Cet enfant eut d'abord un panaris, puis des tubercules nombreux ulcérés, couvrant tout le corps, mais siégeant principalement aux extrémités supérieures ; cette suppuration attaquait la peau et le tissîT sous-cutané. A en juger par l'aspect extérieur, c'étaient des tubercules rougeâtres ou jaunâtres, à sommet un peu déprimé, et recouverts dans les points supi)urés par des croûtes d'un brun rouge ou jaunâtre.

Ils étaient formés par une couche périphérique dense , contenant dans son intérieur un pus très épais, visqueux et jaunâtre, se concrétant rapidement à l'air, et qui, traité par l'acide acétique, donnait un précipité fibrillaire abondant, dont la substance fondamentale, muqueuse et visqueuse, renfermait beaucoup de détritus granuleux et quelques cellules puriformes arrondies. De chaque petit tubercule partait un cordon lymphatique, relativement volumineux, et au bras gauche, où cette disposition était très marquée, tous les cordons aboutissaient aux ganglions axillaires tuméfiés et d'un rouge bleuâtre.

A Wurzbourg, où la syphilis congénitale est extrêmement fréquente , j'ai souvent rencontré cette disposition chez des malades porteurs de condylômes (tubercules muqueux) à Tanus, aux parties génitales, à la bouche; de sorte qu'il était diflBcile de savoir si c'était des accidents secondaires ou tertiaires, ou bien si, d'après la classification de Ricord, on devait les considérer comme formes de transition, comme une sorte de liaison entre les accidents tertiaires et les

70 ALTÉRATIONS SYPHILITIQUES DBS TISnCULES.

accidents secondaires tardifs. J'insiste sur ce point pour faire voir combien sont arbitraires , dans les accidents de la syphilis congénitale, les distinotions que l'on i établies entre les formes secondaires et tertiaires, ee que démontre parfaitement l'apparition simultanée di pemphigus et de l'hépatite syphilitiques. En effet, les accidents secondaires ne diffèrent, dans ce cas, des accidents tertiaires ni par l'époque de leur apparition, ni par des caractères anatomiques tranchés.

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