INFLUENCE DES LÉSIONS LOCALES
maintenant que nous avons atliré l'attention sur ce fait.
Pourtant, avant de passer à une autre question, il convient de dire encore quelques niots de l'étiologie de la localisation. Cela est d'autant plus nécessaire, que quelques médecins se contentent de considérer les affections locales comme découlant naturellement de la dyscrasie générale, tandis que d'autres nient leur nature spécifique , et les disent de nature traumatique, rhumatismale ou autre.
En y regardant de près , les deux partis sont dans le ^ vrai. En effet, la dyscrasie ne se localise pas sans une cause locale, qui peut être traumatique, rhumatismale, ou toute autre, et qui n'a aucun rapport, même éloigné, avec la dyscrasie. Évidemment, les choses peuvent se passer autrement, et l'on pourrait admettre que le virus spécifique, à la suite de certaines attractions particuhères, est absorbé en quantité plus considérable par certains organes. Comment les choses se passent-elles dans la syphilis? Voilà une question de la plus haute importance, dont l'explication nous donnera la clef d'une foule d'autres observations.
Il me semble que le choix des endroits où doit siéger le mal dépend essentiellement des perturbations tout à fait fortuites, dont les organes sont frappés à l'époque de l'infection syphihtique.
Duverney déjà (1) attribue la plus grande fréquence des exostoses au crâne, au tibia et à la clavicule, à
(l) Loc.ciU, p. kll-ixl^.
cette circonstance que ces os sont plus que les autres exposés à l'action de Tair, aux contusions et aux traumatismes divers.
Cette explication est sans doute préférable à celle de Bertrandi (1); d'après cet auteur, les exostoses apparaissent ordinairement sur les os qui ne sont pas recouverts de muscles, la compression musculaire empêchant le développement de la tumeur. La production d'exostoses internes démontre que la compression n'a aucune action sur le développement de la tumeur, mais tous les os qui ne sont pas recouverts de muscles sont plus directement exposés au traumatisme extérieur, et sont surtout exposés au refroidissement.
Ricord(''2) a établi d'une manière incontestable le rapport entre les douleurs ostéocopes et Taugmentation de température ; les gens qui passent Tété à la campagne et l'hiver à Paris ont des douleurs ostéocopes nocturnes pendant Tété, et diurnes pendant l'hiver, parce que, dans ces deux saisons, ils se couchent à des heures différentes.
Nélaton ajoute (o) que les malades affectés de douleurs ostéocopes peuvent, en voyage, en être entièrement débarrassés, pourvu qu'ils ne se couchent pas dans un lit pendant plusieurs nuits.
Il reste maintenant à mentionner encore les lésions des os consécutives à la carie et à la nécrose syphilitiques vraies; ces lésions sont les cicatrices osseuses syphilitiques. Je trouve ici certains caractères particu-
(1) Op. cit., p. 285-
(2) Gazette des hôpitaux, janv. I8/16, n° 1.
(3) Canstatfs Jahresb. pour raimée 1853, l. IV, p. 387.
CICATRICLS OSSliLlSKS SYPHILITIOUES. 61
liers qui se montrent rarement d'une manière aussi constante dans les autres formes de carie et de nécrose, et qui, en quelque sorte, représentent en grand ce que nous avons appris à coimaître en petit dans l'atrophie inflammatoire. La cicatrice syphilitique désosse distingue par un manque de production [productivité) au centre^ et par un excès de production à la périphérie. Si Tos a été entièrement détruit dans un point, comme cela s'observe aux os du crâne, à la cloison des fosses nasales, au palais, en général il ne se reforme en ce point aucun tissu régénérateur, ou du moins aucune production osseuse. Cela n'est nulle part aussi marqué qu'au crâne, où pourtant les perforations osseuses sont limitées en dedans par un organe susceptible d'ossification , la duremère. On sait assurément que d'autres pertes de substance, celles qui résultent de la trépanation par exemple, ne s'oblitèrent pas complètement par régénération osseuse; le trou se rétrécit par des productions venues peu à peu de ses bords. Dans la nécrose syphilitique, il est exceptionnel de voir se former quelque chose d'analogue dans le point perforé; la dure-mère s'épaissit dès le début, et lorsque le fragment nécrosé a été éUminé, il se produit une cicatrice dont le bord est formé par la réunion de la peau, des parties molles qui recouvrent le crâne, des os et de la dure-mère; vers le centre, on trouve une masse calleuse, unie, blanchâtre, peu vasculaire et très compacte, qui s'épaissit et se rétrécit de plus en plus; la voussure naturelle du crâne finit par disparaître en ce point; une dépression de toute la surface cicatricielle (obs, IX) la
remplace. Le même phénomène a lieu dans une circonstance semblable , dans les cicatrices syphilitiques tertiaires des parties molles, où la rétraction est un des accidents consécutifs les plus importants. Les cicatrices des brûlures ont presque seules ce caractère exceptionnel de manque de reproduction, de destruction persistante et ressemblent sous tous les rapports, de la ma-' nière la plus complète, aux cicatrices syphilitiques.
Les parties osseuses périphériques qui persistent encore subissent des phénomènes tout autres; elles sont affectées de sclérose liée assez fréquemment à une hyperostose assez considérable (1). Les cavités médullaires se remplissent de plus en plus de substance osseuse ; l'os devient dur, épais , lourd , puis tout à fait éburné , et à sa surface s'élèvent des saillies lisses, unies ou mamelonnées ; mais il y a cela de très particulier ici que ces productions nouvelles se forment lentement et en petite ({uantité , et que les dépôts périostiques ne sont plus ces masses poreuses, volumineuses, semblables à de la pierre-ponce, qui se produisent en si grande abondance dans les nécroses mercurielles ou phosphoriques des os maxillaires, et qui se rencontrent aussi, quoiqu'en plus faible quantité, dans toutes les autres nécroses. Ce point me semble être d'une grande valeur dans la comparaison des affections syphilitiques et mercurielles, surtout si l'on réfléchit que dans la syphilis constitutionnelle il se forme aussi autour des cicatrices des parties molles des hypertrophies et des
(1) Voy. Rokitansky, Anat. pathol. Vienne, 1856, [I, p. 156.