‹ La syphilis du cerveauChapitre 104 sur 151 · TYPE DE LA DÉMENCE PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

TYPE DE LA DÉMENCE PARALYTIQUE

die, un de mes clients qui vient de succomber tout récemment. Cethomme n’étaitpas seulement très-déprimé comme intelligence; il offrait de plus un état constant d’excitation et de divagation. [Il commettait quotidiennement insanités sur insanités, en paroles comme er actions. [l allait et venait sans but ni direction. Il voulait toujours sortir, « pour reprendre ses affaires où des bénéfices énormes l’attendaient ». [ s’habillait et se déshabillait vingt fois par jour, se couchait, se levait sans propos déterminé. Il ne savait plus distinguer sa femme et sa fille, qu'il interpellait l’une pour l'autre le plus souvent. En général, 1l n’accordait aucune attention aux personnes présentes. Îlne cessait de s’irriter, de gesticuler, de crier. Ilse trompait d'étage pour rentrer chez lui; il renversait son verre dans son assiette, il déchiraitle papier de sa chambre, ete. etc. Tantôtiirépondait aux questions qui lui étaient adressées, et tantôt il semblait ne pas même les entendre. — D'autre part, il ne présentait aucune paralysie, notamment aucun trouble moteur latéralisé. Mais ses mains étaient maladroites et tremblotantes. Sesjambes ne le portaient qu'à peine ; sa démarche était chancelante, heurtée, avec saccades de défaillance. La parole était devenue lente, embarrassée, confuse, parfois inintelligible. La langue se tirait par secousses et tremblait. Enfin la vessie et le rectum se vidaient le plus souvent sans que le malade en eût conscience. Bref, c'était un gdteux dans toute l’acception du mot. — Une sorte d’ictus apoplectiforme, suivi de coma, termina cette pénible seène, complétement assimilable, vous le voyez, à l’état du paralytique général dans une période avancée de la maladie.

Donc, ramollissement chronique et démence paralytique, telles sont les deux entités morbides que simule, dans ses phases avancées, la syphilis cérébrale; tels sont les deux aspects qu'elle revêt à une période voisine de sa terminaison.

Remarquez bien, Messieurs, je vous prie, cette allure ultime de la maladie; remarquez bien ce rapprochement symptomatologique entre la syphilis cérébrale etdeux affections vulgaires, communes, assurémentaussi éloignées que possible de la syphilis comme essence, comme nature. Cela esthien curieux, n’est-il pas vrai? Or celan’est pas moins légitime; cela n’a rien de surprenantet pouvaitmème être prévu de par les seules données anatomiques, de par le caractère des lésions qu'il est habituel de rencontrer aux autopsies. Si la syphilis cérébrale se termine de la sorte, en prenant les formes, en revètant les allures cliniques du ramollissement ou de la paralysie générale, c’est qu’elle a de bonnes raisons pour aboutir à tel ou tel de ces dénouements. Et, en effet, rappelez-vous ce que nous apprend l’anatomie pathologique relativement aux lésions cérébrales de nos malades. Elle nous apprend ceci :

1° Que, d’une part, la syphilis cérébrale détermine le plus souvent, comme conséquences, comme épiphénomènes de ses lésions propres, des lésions d'ordre vulgaire, et surtout des lésions de ramolhssement à forme chronique. ,

Donc, puisque la syphilis développe dans le cerveau (d’une façon ou d’une autre, peu importe) des lésions de ramollissement, 1l est tout naturel qu'elle emprunte au ramollissement ses caractères cliniques, sa symptomatologie propre.

2 L'anatomie pathologique nous apprend, d'autre part, que la syphilis cérébrale est, en nombre de cas, une affection à lésions périphériques, corticales.

Donc, tout aussi naturellement, elle doit, dans les cas de cet ordre, prendre les caractères, les expressions cliniques d’une maladie qui réalise au plus haut degré le type d’une affection corticale, périphérique, et qui n’est autre que la paralysie générale, la démence paralvtique, la méningo-périencéphalite.

Rien de plus simple, de plus légitime, dans l’un et l’autre cas.

Et c’est ainsi qu'après avoir débuté par des symptômes multiples etdivers, la syphilis cérébrale aboutit, en raison même de l’évolution et du siége de ses lésions, à revêtir dans une phase éloignée les allures, la physionomie de deux maladies vulgaires, à savoir : le ramollissement et la démence paralytique.

Voyez donc, Messieurs, comment se confirme, à mesure que nous avançcons dans notre sujet, cette proposition que j'émettais devant vous au début même de ces conférences, en vous disant ceci : La syphilis cérébrale tue rarement par ses lésions propres ; tandis qu'elle tue le plus souvent par le fait de lésions vuLGAIRES, communes, conséquences indirectes de la diathèse, et servant d'intermeédiaires entre la diathèse et la mort. Nous voici arrivés au terme de la maladie, et l’assertion précédente se trouve pleimement démontrée, puisque ce sont des lésions et des symptômes d’affections vulgaires qui préparent et déterminent le dénouement fatal.

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