GUÉRISONS EXTRAORDINAIRES
Que penser aussi de ce malade que le D' Buzzard parvint à guérir, malgré «une double hémiplégie faciale, une paralysie oculaire, une paralysie des quatre membres avec anesthésie cutanée, une paralysie partielle de la respiration et de la déglutition, ete. (4) » ?
Tel est de même un cas observé par Ramskill sur un malade qui, « se soutenant à peine sur ses jambes, paralysé d’un œil, sourd de l'oreille gauche, presque aveugle du mème côté, épileptique, amnésique, incohérent, délirant, hébété, imbécile au point qu’on était forcé de l’habiller, ete. », trouva néanmoins moyen de guérir avec toute cette pléiade de symptômes (2) !
Pour ma part, je déclare avoir vu guérir deux malades que j'avais trouvés dès ma première visite dans une situation des plus graves, des plus désespérées, me semblant inaccessible à toutes les ressources de l’art. J'avais porté, je l'avoue, sur ces deux malades un pronostic fatal, et mon opinion était absolument partagée par plusieurs de mes collègues. J’instituai néanmoins le traitement spécifique ; je l’instituai même avec d'autant plus d'énergie que le danger d’une terminaison prochaine me semblait plus imminent; et je fus récompensé de mes efforts par un double succès, auquel assurément j'étais bien loin de m’attendre.
De toute évidence, si les divers malades dont je viens de parler avaient été amenés à des états aussi graves par une cause autre que la vérole, ou bien ils seraient morts, ou bien ils n'auraient survécu qu'avec des infirmités sérieuses et définitives. Cela ne souffre pas l'ombre
(1) Ouvrage cité, p. 104, obs. xx1r.
(2) The Lancet, 13 mars 1869. — Annales de dermatologie et de syphi-
ligraphie, publiées par Doyon, {re année, p. 347.
574 PRONOSTIC | d'un doute. Maisils étaient syphilitiques ; mais ils avaient le bonheur de devoir à la syphilis leur affection cérébrale: c’est là ce qui les a sauvés, car c’est là ce qui a pérmis au traitement de les guérir.
Donc, avec la syphilis comme cause d’une encéphalopathie grave, aussi grave même qu'il plaise de la supposer, une porte doittoujours rester ouverte à l'espérance. Quel que soit l’état du malade, tout n’est pas perdu irrémédiablement. Et c’est 1c1 le cas de répéter encore un mot bien connu de mon savant et vénéré maître, M. Ricord : « Avec la vérole, tout estpossible comme guérison, l'impossible même quelquefois. »
Inutile d’ailleurs d'ajouter que, si des cas aussi extraordinaires ont pu se produire, 1ls ne se sont produits qu'au titre de cas extraordinaires. Ces cas, il faut les connaître et j'ai tenu à vous les citer, parce que d’une part ils sont très-authentiques, et parce que d'autre part ils sont bien faits pour conférer à la thérapeutique une incitation salutaire. Mais il faut aussi ne les prendre que pour ce qu'ils sont réellement, à savoir des raretés heureuses, tout à fait exceptionnelles.
Je viens de vous dire quelles sont les terminaisons diverses auxquelles aboutit la syphilis cérébrale.
Actuellement, Messieurs, surgit une question que vous avez devancée, que vous attendez comme complément naturel à ce qui précède : Dans quelle proportion de fré-