RECRUDESCENCES ET RÉCIDIVES
anciens qui étaient en voie de diminution reprennent leur intensité première. D'une façon ou d’une autre, il se fait un retour offensif de la maladie. On croyait toucher au terme ; tout est remis en question.
Que de fois, pour ma part, n’ai-je pas éprouvé déjà des déceptions de ce genre! Exemple: Un malade est pris, en décembre 1877, de divers accidents de syphilis cérébrale : céphalée, vertiges, phénomènes congestifs divers, surdité unilatérale, puis ictus résolulif, suivi d'hémiplégie. Je le traite à ce moment, et j'ai le bonheur d'obtenir en quelques semaines un amendement considérable de tous les accidents. Les mois suivants, l'amélioration suit son cours régulier, et je crois pouvoir compter sur une guérison prochaine, lorsque, le 15 juillet dernier, le malade se réveille avec une paralysie de la troisième paire et un état vertigineux des plus alarmants. Le traitement alors est continué de plus belle ; mais, en dépit de tous mes efforts, de nouveaux accidents ne font que compliquer la scène de jour en jour : l'hémiplégie subit une recrudescence progressive, les vertiges augmentent d'intensité, l'intelligence s’altère, etc. ; à ce point qu'aujourd'hui même la situation est plus grave qu'elle ne l’a jamais été jusqu'alors.
Tenez-vous donc pour avertis, Messieurs, et sachez bien ceci : la syphilis cérébrale est sujette en maintes occasions à des recrudescences inattendues, que rien ne présage, qu'aucune circonstance accidentelle ne suffit à expliquer.
Sachez aussi que ces recrudescences se produisent souvent en pleine période de régression évidente de la maladie, en pleine période de traitement, alors que, d'une part, l’évolution morbide et, d'autre part, l'ac-
588 PRONOSTIC tion manifeste de la thérapeutique sembleraient donner l'augure d'une marche continue vers la guérison.
IL — Les récidives ne sont pas moins fréquentes que les recrudescences.
Elles consistent en ceci : reproduction de la maladie après guérison, et après guérison s'étant maintenue pendant un certain temps.
C'est qu’en effet tout n’est pas fini, bien fini, avec l'effacement, la disparition des symptômes d'une syphilis cérébrale. Il se peut qu'à échéance variable les mêmes accidents ou d'autres accidents de même origine, de même nature, se produisent à nouveau et replacent le malade dans la situation périlleuse d’où il est heureusement sorti une première fois. Il se peut, en un mot, qu'une syphilis cérébrale guérie, bien guérie (à en juger du moins comme il nous est permis d'en juger, c'est-àdire par la disparition des symptômes cliniques) se reconstitue dans sa forme primitive ou dans une forme différente, à l'instar d'une maladie qui se double, qui récidive, à proprement parler, sur le même sujet.
Parcourez, Messieurs, les observations déjà contenues dans la science ; vous en trouverez bon nombre où des récidives de ce genre se sont produites, et cela dans toutes les formes de la maladie. C’est même là un fait si commun qu'il suffira de l’énoncer simplement, sans avoir besoin de le légitimer ici par des citations particulières |
Et ce n’est pas tout. On a vu quelquefois plusieurs récidives succéder à plusieurs guérisons bien confir mées, bien confirmées en apparence tout au moins. Tel est un cas que j'ai sous la main en ce moment, cas dans lequel un
RÉCIDIVES 589 malade éprouva, du fait d’une syphilis cérébrale, #rois hémipléqres successives, séparées les unes des autres par des stades intercalaires de complète guérison (1).
L'histoire d’un de mes clients est plus curieuse encore. Ce malade est resté sujet pendant plusieurs années à des récidives incessantes, presque subintrantes dirai-je, d'accidents cérébraux. Affecté de divers troubles qui se rattachaïent bien nettement à une encéphalopathie spécifique (accès violents de céphalée, faiblesse générale avec parésie des membres gauches, tremblement des mains, titubation, affaiblissement de la vue et de l’ouïe, débilité de mémoire, inaptitude relative au travail, etc.), il parvenait à se débarrasser de tout cela grâce à de fortes doses d’iodure, et alors il se trouvait bien, absolument bien, tout le temps qu’il restait sous l'influence du remède. Mais à peine avait-il cessé le traitement depuis quinze jours, trois semaines, quatre semaines au maximum, qu'aussitôt se produisait une récidive des mêmes accidents, sous la même forme et avec une égale intensité. Alors, reprise immédiate de l’iodure, et disparition rapide de tous les phénomènes. Puis, derechef, cessation du traitement, et, quelques semaines plus tard, invasion nouvelle des mêmes accidents, cédant encore au mêmeremède. Et ainsi de suite. Je ne parvins que très-difficilement à guérir ce malade par un traitement énergique et complexe (frictions mercurielles associées à l’iodure, bromure de potassium, hydrothérapie, ete.), qui dut être continué fort longtemps (2).
(1) Un fait identique a été observé par le Dr Buzzard (ouvrage cité). (2) Ce cas pourrait paraître surprenant s’il n'avait ses analogues dans nombre d’autres manifestations syphilitiques extérieures, qu'on voit parfois récidiver à maintes reprises après suppression du traitement