DURÉE DU TRAITEMENT
bénéfice des plus manifestes. Plusieurs semaines, par exemple, peuvent s’écouler sans amener une modification appréciable dans les symptômes morbides ; on en est presque à désespérer, à douter de l'opportunité de la médication antisyphilitique, quand une détente se produit tout à coup, quand les phénomènes pathologiques viennent à subir un premier et tardif amendement.
C'est dans les cas de cet ordre, Messieurs, qu’il importe surtout de savoir attendre. Savoir attendre, cela est à coup sûr plus facile à formuler théoriquement qu’à mettre en pratique ; etle médecin a souvent besoin d’une grande assurance, d’une rare autorité sur son malade et sur lui-même, pour persister quand même dans un traitement qui ne paraît rien produire, pour résister aux sollicitations inverses qui l’assiégent non moins qu’à son impatience propre, et pour dire résolàment : « Jusqu'ici ma médication est restée inactive, mais n'importe ! Je suis ou je crois être dans la bonne voie; done je ne la quitterai pas. » Tenez-le pour certain, Messieurs, cette persistance nécessaire dans un mode de traitément que semble condamner l'absence de tout heureux résultat est bien souvent difficile à obtenir des malades, et non moins difficile à obtenir de soi-même.
Au reste, je dois le dire, les cas auxquels je fais allusion ici ne sont pas très-communs. Loin de là. Ce qui est bien plus habituel, au contraire, c’est que la médication spécifique, alors qu'elle doit aboutir à bonne fin, se traduise à brève échéance par quelque modification de favorable augure. Et je vois de mauvais œil, pour ma part, les malades qui, après un traitement énergique de quelques semaines, n’en ressentent encore aucun effet, aucun soulagement. Ce silence obstiné de la médication
me semble plus que suspect ; cette nullité d'action thérapeutique ne présage rien que de fâcheux, en général tout au moins.
En second lieu, il est un autre ordre de circonstances dans lesquelles une amélioration partielle, plus ou moins rapidement acquise, est souvent lente à se généraliser, à se compléter.
C’est ainsi qu'on voit parfois le traitement faire Justice à bref délai de divers symptômes et en laisser subsister longtemps quelques autres. Sur certains malades, par exemple, la disparition hâtive de la céphalée, de Pépilepsie, de l’aphasie, de divers phénomènes congestifs, est suivie de la persistance à long terme d’autres troubles morbides, tels que paralysies (paralysies oculures et surtout hémiplégie), troubles intellectuels, amnésie, névrite optique, ete. Et souvent ces derniers troubles, au delà de l'amélioration première, réclament plusieurs mois avant de s’effacer complétement.
Donc, pour ces diverses considérations, le traitement des accidents cérébraux de la syphilis demande presque toujours à être longuement prolongé. Et notez que nous avons seulement en vue pour l'instant le traitement curatifaetial; plus tard nous parlerons de celui qui s'adresse après guérison à la possibilité des récidives ultérieures.
Mais surgit alors une question pratique des plus importantes : Si ce traitement doit être {ong, comme nous venons de le dire, de quelle façon devra-til être dirigé pour conserver, en dépit des effets atténuants de / accoutumance, son intensité première ?