‹ La syphilis du cerveauChapitre 133 sur 151 · MÉDICATIONS AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

MÉDICATIONS AUXILIAIRES

NE

Ce dont nous avons parlé jusqu'ici constitue le traitement spécifique de la syphilis cérébrale.

Or, à côté des agents spécifiques, d’autres médications peuvent aussi trouver leur place dans le traitement de la maladie, ne serait-ce qu'au titre de médications auxiliaires.

Leur place y estmême d'autant mieux marquée que la syphilis cérébrale, comme je vous l'ai répété bien des fois, ne se compose pas seulement de lésions spécifiques; elle se compose aussi de lésions vulgaires, lesquelles même, en nombre de cas, constituent à un moment donné le danger principal de la maladie. Rappelezvous à ce propos ce que je vous disais au début même de ces conférences en vous tracant l'histoire de ces lésions vulgaires : « La syphilis tue rarement par ses lésions propres ; elle tue le plus souvent, presque toujours, par le fait de lésions vulgaires, consécutives aux lésions spécifiques, symptomatiques de ces dernières ».

Donc, si la thérapeutique nous offre certaines ressources contre ces lésions vulgaires, il va sans dire que nous devons en profiter, et les annexer, les combiner au traitement spécifique.

Eh bien! ce qu'indique le bon sens «a priori, l'expérience le confirme. Et il est bien démontré actuellement que des médications d'ordre commun , absolument dépourvues de toute influence sur les lésions propres de la syphilis, sont susceptibles cependant d'exercer une action favorable sur certains symptômes de lasyphilis cérébrale. C'est ainsi, par exemple, que le bromure de potassium

ou l'hydrothérapie calme parfois d'une façon remarquable quelques-unes des manifestations des encéphalopathies spécifiques, telles notamment que les troubles congestifs, les symptômes d’excitation, voire l’épilepsie. De nombreuses observations témoigneraient de ce fait au besoin, s’il n’était superflu d’attester preuves en main ce qui vraiment est de notoriété acquise.

J'ai même vu plusieurs fois — et cette remarque comporte un intérêt pratique que vous allez facilement comprendre — j'ai mème vu, disais-je, plusieurs fois telle ou telle de ces médications d'ordre vulgaire modifier divers phénomènes de la syphilis cérébrale d'une facon assez heureuse et assez complète pour donner le change au médecin, pour dévier le diagnostic, pour conduire à l'exclusion de la syphilis, alors cependant que la syphilis seuleétaiten cause comme origine des accidents. Le fait, à coup sûr, a trop d'importance pour ne pas mériter de nous arrêter un instant. L'observation suivante en fera foi.

Affecté d'une syphilis cérébrale (dont le diagnostic devait être confirmé par l’autopsie), un jeune homme commença par présenter, pour unique ordre de symptômes initiaux, des crises d’épilepsie convulsive, sans mélange d'aucun autre trouble morbide. Dès l'apparition de ces crises, la syphilis fut suspectée comme cause de tels accidents. Mais le malade, homme intelligent et instruit, s’obstinant à renier formellement tout antécédent syphihtique (et cela avec d'autant plus d'énergie qu'il croyait avoir intérêt à tenir secrète une syphilis des mieux avérées), on passa outre, bien malheureusement, sur l'impression première, on mit la vérole hors de cause, et l’on s’arrèta comme traitement à une cure

MÉDICATIONS AUXILIAIRES 629 hydrothérapique. Or les effets de cette cure furent véritablement merveilleux de prime abord : suspension immédiate des crises épileptiques, qui ne se reproduisirent pas, même à l’état d'ébauche, pendant plusieurs mois ; amélioration de la santé générale ; guérison apparente, en un mot. Si bien que, devant ce succès irrécusable d'une médication vulgaire, le soupçon de syphilis fut de plus en plus délaissé. Était-il à supposer, en effet, qu'une médication vulgaire püt exercer une influence aussi puissante, aussicomplète, sur des symptômes d'ordre spécifique? Eh bien! ce qui était, ou pour mieux direce qui semblait inadmissible n'était que trop réel cependant. Et la preuve, c’est que, momentanément enrayée par l’hydrothérapie, la maladie- reprit le dessus quelques mois plus tard, et se révéla avec une intensité d'autant plus grande qu'on luiavait laissé tout loisir pour confirmer ses lésions dans le cerveau.

La possibilité d’un amendement de cet ordre, aussi catégorique, aussi tranché, se produisant sous l'influence d’une médication vulgaire, est assurément un fait curieux dans lhistoire de la syphilis cérébrale. Peu connue jusqu’à ce jour, cette particularité mérite bien d'être signalée à l'attention des praticiens. Car elle peut devenir, comme dans le cas précité, une cause d’erreur diagnostique, et une cause d'erreur vraiment difficile à éviter.

Mais revenons à notre point de départ, dont cette digression nous à quelque peu éloignés, et voyons quelles médications d'ordre vulgaire peuvent être utilement adjointes au traitement spécifique.

Page 1