‹ La syphilis du cerveauChapitre 135 sur 151 · HYDROTHÉRAPIE · texte numérisé non relu

HYDROTHÉRAPIE

Elle n’est pas sans avantage, encore, contre les troubles divers de la forme congestive. Inversement, je l'ai trouvée plusieurs fois nuisible, incontestablement nuisible dans les cas d’excitation mentale, d’agitation, de délire, etc.

Quelques praticiens la préconisent indifféremment dans toutes les formes el presque à toutes périodes de la syphilis cérébrale. C’est là, je crois, un abus. Utle en certains cas, je ne mets pas en doute qu’elle risque souvent d'être préjudiciable ; du moins ai-je en main plusieurs observations dans lesquelles elle a très-sûrement exagéré les symptômes morbides et précipité la marche de la maladie. Il importe donc de ne la prescrire qu’à bon escient et sur des indications précises, soit ratüonnelles, soit empiriques. Confessons dureste que notre expérience est encore bien imparfaite sur la question. Il serait donc prématuré de vouloir poser des conclusions formelles sur les avantages ou les inconvénients de l’'hydrothérapie dans les diverses formes de la syphilis cérébrale. Bornons-nous à signaler le peu que nous savons, et faisons appel à des observations ultérieures.

IT. — Au second rang des médications auxiliaires que nous étudions actuellement, citons le bromure de potassium et ses congénères (bromure de camphre, polybromure, etc.).

L'action sédative du bromure de potassium est trop connue pour que j'aie à faire autre chose que de la mentionner 11 simplement. Cette action peut être mise à profit en nombre de cas de syphilis cérébrale, contre divers phénomènes qu’il est essentiel de calmer ou de

632 | TRAITEMENT soulager, phénomènes d’excitation, d’éréthisme nerveux, d'ataxie, de délire, d’insomnie, de douleur, etc., etc.

Le bromure n’exerce aucune influence directe sur la maladie, mais il en modère, il en atténue certains symptômes. Au titre de médication incidente et provisoire, il est fort souvent utile, notamment à la suite des grandes secousses qui ébranlent fortement le système nerveux, à la suite des crises congestives, aphasiques, épileptiques, apoplectiformes, ete. Aucun médicament, par exemple, ne soulage et ne dissipe mieux que lui l’éréthisme nerveux qui succède aux attaques d’épilepsie convulsive.

La dose active sur nos malades est de 4 à 6 grammes en moyenne, quotidiennement. J'ai rarement eu besoin de l’élever plus haut pour produire les effets de sédation que je recherchais.

À côté du bromure trouvent naturellement place tous les agents de la médication sédative (narcotiques, opium, morphine, chloral, etc.), dont l'indication est fournie quelquefois, mais d’une façon bien plus rare, par cerlains symptômes incidents (excitation violente, délire, insomnie, céphalée, douleurs diverses, ete.).

Ainsi les injections sous-cutanées de morphine, qui constituent la forme la plus active de cette médication, rendent d’utiles services dans deux ordres de cas : 1° contre les symptômes d’excitation, d’agitation, qui figurent passagèrement dans la maladie ; — 2° contre les phénomènes douloureux rebelles à l’action du traitement spécifique.

A ce dernier propos, rappelez-vous le fait si curieux d'une de nos malades actuelles de la salle Saint-Thomas. Cette femme, hémiplégique et hémianesthésique par le

MÉDICATIONS AUXILIAIRES 633 fait d’une syphilis cérébrale, souffre en outre, depuis le début de sa maladie, de violentes douleurs dans la tête et les membres, douleurs assurément très-bizarres, non explicables par des lésions locales, et ne pouvant se rattacher comme origine qu'à l'affection encéphalique. Tout d’abord, le traitement spécifique a eu raison de ces douleurs; mais, plus tard, il a perdu son action sur elles, et nous avons dü recourir à d’autres remèdes. Les injections de morphine, alors, ont été mises en œuvre, et elles ont fait merveille, comme vous avez pu le voir. Mais, comme elles ne produisaient qu’un soulagement passager, nous avons été conduits par nécessité à les répéter bien plus souvent que nous ne l’aurions voulu, jusqu'à en avoir dépassé aujourd'hui le nombre de 150. Dès que nous les suspendons, d'intolérables souffrances se reproduisent, et vous avez entendu bien des fois la malade réclamer de nous à grands cris « ses deux ou trois injections quotidiennes, sans lesquelles la vie lui serait insupportable ». Toujours la morphine calme ses douleurs, mais toujours aussi elle ne détermine qu'une sédation provisoire. — Inutile de dire si nous avons essayé d’autres médications, et de divers genres (bromure, chloral, vésicatoires, bains prolongés, électrisation, glace, etc., ete.). Nous n'avons rien trouvé qui püt remplacer la morphine. Aujourd'hui, nous en sommes aux injections de chloroforme, qui produisent bien quelque effet, mais dont l’action calmante est certes très-inférieure à celle des préparations opiacées.

Le cas de cette malade est tout à fait exceptionnel, Messieurs; et je ne l'ai cité que pour vous montrer avec quel genre de difficultés inattendues on est parfois forcé de se débattre dans le traitement des accidents cé-

rébraux de la syphilis. N’en conservez souvenir qu'à ce ütre. Car, très-habituellement, les douleurs ou les phénomènes d’excitation qui légitiment, sur nos malades, e recours aux agents narcotiques sont infiniment moins rebelles. Et la règle, c’est que les ag'ents de cet ordre n'aient à intervenir dans la médication que d'une facon incidente, simplement provisoire.

IT. — Les purgatifs sont très-souvent utiles dans la syphilis cérébrale, mais utiles seulement pour combattre la constipation, phénomène très-habituel chez nos malades, et quelquefois encore pour remédier à certaines complications d’embarras gastrique ou gastro-intestinal.

À cela près, je ne leur reconnais aucun avantage. On les a dotés d’une prétendue « action révulsive » dont pourrait bénéficier, dit-on, l’état cérébral. Cela me paraît plutôt théorique que fondé sur une observation sérieuse, et j'en suis encore, pour ma part, à trouver un seul cas dans lequel cette «révulsion » se soit exercée d'une façon bien positive.

IV. — Les révulsifs cutanés (vésicatoires, cautères, séton), très-estimés autrefois et non moins discrédités aujourd'hui, ne sont plus guère prescrits que par habitude ou respect traditionnel. [ls n’ont en effet qu'une action très-limitée. En ce qui me concerne, je ne trouve guère dans toutes mes observations que deux ou trois cas où ils paraissent avoir produit quelques effets heureux. Somme loute, ce ne sont que des auxiliaires d'ordre très-Inférieur.

Je ferai cependant une réserve expresse pour le vésicatoire cränien, qui constitue parfois une médication

MÉDICGATIONS AUXILIAIRES 635 réellement efficace. Îl est très-positif, par exemple, qu'on arrive souvent à soulager, voire à dissiper complétement des céphalées opiniâtres, grâce à de larges vésicatoires placés sur le cuir chevelu. C’est là un moyen qui, pour ma part, m'a réussi sur plusieurs de mes malades affectés de maux de tête rebelles au traitement spéeifique. L'effet en est même quelquefois surprenant : d'un jour à l’autre, la céphalée disparaît, et les malades vous annoncent avec bonheur « qu'ils se sont immédiatement senti la tête dégagée ». Malheureusement, le résultat obtenu de la sorte n'est pas toujours très-persistant.

Je me suis encore servi avec avantage du vésicatorre crämen pansé à l’onquent mercuriel, suivant la méthode préconisée par Reade (1). C’est là, à coup sûr, une médication active, qui cependant n’a pas réalisé entre mes mains des effets égaux à ceux qu'elle parait avoir fournis au médecin précité.

V. — Quant aux émassions sanguines (sangsues aux apophyses mastoïdes, ventouses scarifiées à la nuque), elles ne trouveraient d'indication légitime que dans une intensité particulière des phénomènes congestifs ou inflammatoires. Mais de telles conditions ne s’observent presque jamais dans la syphilis cérébrale. La médication antiphlogistique ou spoliative n'offre done 1c1 aucun avantage : elle serait même nuisible, plutôt encore qu'indifférente, dans la grande généralité des cas.

VI. — L'électricité n'a guère été employée jusqu'ici, sur nos malades, que pour combattre les phénomènes d'ordre paralytique. Elle rend quelques services en ra-

(1) Syphilitic Affections of the nervous system, par Thomas Reade; Londres, 1867.

nimant la contraction musculaire dans les parties paralysées. Certains auteurs disent en avoir tiré un très-utile profit. J'ai été moins heureux pour ma part.

Peut-être serait-elle susceptible d'applications autres, d’un ordre plus élevé, sous forme de cowrants continus portant l'influence électrique jusque dans les centres nerveux. Le D' Althaus croit qu'employée de la sorte elle serait appelée à exercer une action thérapeutique bien plus importante, et cela, dit-il, « parce qu'exci- «tant puissamment la circulation collatérale autour,des «portions malades du cerveau, elle pourrait enrayer les «progrès du ramollissement, améliorer la nutrition des «tissus déjà affectés, et par ce mécanisme rétablir d’une «façon complète ou partielle les fonctions troublées (L) ». Il est acquis, en effet, aujourd’hui que la galvanisation crânienne réagit sur la circulation cérébrale; donc il n’est pas impossible qu'elle réalise dans le cerveau des effets curatifs. D'autre part, voici que, dans ces derniers temps, l’électrisation céphalique paraît avoir été appliquée avec un certain succès au traitement de diverses affections cérébrales (affections mentales, manie, etc.) (2). Je tiens de mon savant collègue, M. le D' Luys, qu'il a calmé soudainement, par ce moyen, un accès maniaque jusqu'alors rebelle à tout remède (3). Nos malades n’auront-ils pas à bénéficier de ces méthodes thérapeutiques nouvelles? Je l'ignore, mais en tout cas c'est là un champ d'exploration qui s'ouvre devant nous.

(1) Medical Times and Gazette, novembre 1811. — The American Journal of syphilography and dermatology, edited by Henri. Vol. IT, 1872, p. 333.

(2) V. L.-J. Teissier, De la valeur thérapeutique des courants continus thèse pour le concours d’'agrégation. Paris, 1878.

(3) Communication orale.

VII. — Enfin, en dehors du traitement de l'affection spécifique, d'autres indications se présentent à remplir relativement à l’éfat général du malade.

A maintes reprises, je vous ai fait remarquer dans ce qui précède que les sujets affectés de syphilis cérébrale offrent souvent, le plus souvent, un état général mauvais, appauvri, débilité, avec langueur de tout l'être, diminution des puissances digestives, phénomènes variés d'anémie, dénutrition progressive, voire parfois imminence de cachexie.

De toute évidence, des symptômes de ce genre et de cette importance réclament une surveillance spéciale de la part du médecin et exigent une médication particulière.

De toute évidence, aussi, cette médication doit être d'ordre éonique. Donc tous les agents reconstituants sont appelés à trouver 1ic1 leur place : préparations ferrug1neuses, quinquina, huile de foie de morue, amers, ete. — C'est à ce üitre encore que l’hydrothérapie pourra souvent être utilisée avec succès. — C'est dans le même sens qu'agiront également les eaux thermales sulfureuses. Ces eaux, qu'il ne faut prescrire, à mon sens, qu'à une période avancée de la guérison et après sédation complète des phénomènes d’excitation initiale, m'ont plusieurs fois rendu des services réels en facilitant la tolérance du traitement, en relevant les fonctions de nutrition, en modifiant la santé générale. Celles dont j'ai eu Le plus à me louer sont : Uriage, Luchon, Aïx (en Savoie), Cauterets, Baréges, etc.

Enfin, n'oublions pas le bénéfice considérable que les malades auront à retirer d’une hygiène sévère, ap-

propriée à leur état cérébral ; — d'une vie calme, exempte d’excitation d'aucun genre; — voire de l'isolement complet, qu’exigent parfois les phénomènes d’éréthisme nerveux; — souvent encore, à un autre point de vue, du changement de lieux, de l'air reconstituant de la cam-

pagne, des montagnes, de la mer, etc.

La maladie guérie, le traitement achevé, tout n’est pas encore fini pour vous, Messieurs. Sans parler de l’avenir et des médications ultérieures qu'il doit comporter (point sur lequel nous nous sommes suffisamment expliqués dans ce qui précède pour n'avoir plus à y revenir), il vous reste quant à présent un dernier office à remplir vis-à-vis du client que vous avez eu le bonheur de conduire à cette heureuse terminaison.

Il vous reste à le prémunir contre les dangers possibles, contre les dangers fréquents des récidives.

Dans ce but, qu'aurez-vous à faire ? Deux choses, que voici :

1° Tout d’abord, exposer catégoriquement à votre client la situation qui lui est faite de par sesantécédents, de par la maladie à laquelle il vient d'échapper. Je ne vous dis pas, bien entendu, de leffrayer, de luijeter la terreur dans l'âme par une révélation ex professo des périls ultérieurs auxquels il peut rester exposé. Je vous dis simplement ceci, qu'il est utile de l’avertir, avec tous les ménagements d'usage en pareille circonstance, de la possibilité d'accidents nouveaux, au cas où il s’écarterait d’une vie régulière et de l'hygiène spéciale qui lui sera imposée, Inutile, assurément, de rien énoncer

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