‹ La syphilis du cerveauChapitre 15 sur 151 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

sécutives dont elle a été l'origine. Sans doute, c’est bien au total la syphilis qui reste l’épine première et la cause réelle de la catastrophe ultime, cela n’est que trop évident; mais, dans une saine interprétation de la pathogénie des accidents, c’est moins à la lésion syphilitique qu'aux lésions nées à son propos et à sa suite, je le répète encore, qu'est imputable la mortle plus souvent.

Ne vous étonnez pas, Messieurs, de mon insistance sur une distinction dont le pourquoi peut vous échapper encore plus tard vous en apprécierez les raisons, avec l'intérêt clinique qui s’y rattache.

Et maintenant, Messieurs, que nous venons d'étudier en détail les multiples et diverses lésions de la syphilis cérébrale, voulez-vous que nous jetions un coup d'æil en arrière pour rassembler les points principaux, les points véritablement majeurs de ce long exposé ? Cette revue rétrospective nous permettra de résumer l'étude qui précède dans les quelques propositions suivantes

1° La syphilis se traduit sur l’encéphale par des lésions variées, qui affectent, avec une inégale fréquence, les méninges, les vaisseaux et le parenchyme nerveux.

2° Comme siége, ces lésions ont pour caractère d'être le plus habituellement périphériques, c'est-à-dire d'occuper de préférence aux régions centrales les parties corticales du cerveau.

En outre, on les observe le plus communément dans les régions antérieures de l’encéphale, et notamment, comme siége de prédilection, à la base du cerveau, vers les régions moyennes où sphénoïdales.

3° Ces lésions sont toujours partielles ; — assez souvent encore elles sont multiples et disséminées.

4° Comme nature, elles constituent deux groupes bien distincts. Ainsi :

Les unes sont spécifiques et primitives ;

Les autres sont vulgaires et consécutives.

5° Les lésions spécifiques primitives consistent originairement, dans le cerveau comme ailleurs, en des hyperplasies cellulaires, lesquelles aboutissent ultérieurement à des formations scléreuses où gommeuses.

Elles constituent de cette façon ce que nous avons décrit sous les noms de :

Sclérose méningée; — gommes méningées;

Encéphalite scléreuse; — gommes cérébrales ;

Artérites scléreuses ou gommeuses.

6° Les lésions du second ordre, vulgaires et consécutives, résultent 27 situ des précédentes, et se présentent sous deux formes :

Lésions inflammatoires:

Lésions ischémiques.

Au nombre de ces dernières figure la plus fréquente et la plus importante de toutes les lésions secondaires de la syphilis cérébrale, à savoir le ramollissement.

1° Sile cerveau peut être affecté primitivement, les cas de ce genre sont bien plus rares que ceux où 1l est affecté secondairement, par le fait de lésions méningées ou vasculaires.

Done les lésions cérébrales proprement dites sont bien plus fréquemment d'ordre vulgaire que d'ordre spécifique.

8° Les altérations syphilitiques du parenchyme cérébral se compliquent presque infailliblement de lésions

CONSÉQUENCES CLINIQUES 73 secondaires, lesquelles acquièrent très-souvent une 1mportance considérable, supérieure à celle de la lésion originelle. 5

9° Done, finalement, la mort dans la syphilis cérébrale est bien moins souvent le résultat des lésions spécifiques que des lésions vulgaires qui leur sont consécutives, notamment, et par-dessus tout, du ramollissement.

Voilà en somme, Messieurs, les données générales auxquelles aboutit l'analyse des nombreux faits anatomiques que nous venons de passer en revue.

Au début de cette étude, je vous promettais que, loin d'être stérile, elle abonderaiten applications du plus haut intérêt. Et déjà, en effet, la seule notion des faits anatoniques qui précèdent nous permet d'interpréter et de comprendre nombre des traits cliniques les plus saillants, les plus essentiels, de la syphilis cérébrale. Jugez-en par les quelques exemples qui vont suivre :

1° Sans contradiction possible, la syphilis cérébrale est particulièrement remarquable par la multiplicité et la diversité de ses expressions cliniques. Telle est même la variété des symptômes qui en dérivent qu’elle a recu souvent la qualification méritée d'affection protéiforme. Et, en effet, nous verrons figurer à son bilan quantité de phénomènes de tout genre : paralysies partielles, paralysies plus ou moins étendues, accès convulsifs, épilepsie, troubles intellectuels (amnésie, délire, manie, démence), troubles sensoriels, aphasie, névralgies, vomissements, polyurie, diabète, ete., ete.

Eh bien ! cette diversité étonnante de manifestations cliniques n'est-elle pas déjà justifiée à vos yeux par l’'excessive variété des lésions que nous venons de dé-

crire : — lésions affectant tantôt les méninges, tantôt le système vasculaire, tantôt le parenchyme nerveux ; — lésions essentiellement différentes d’un cas à l’autre comme formes anatomiques, comme siége, comme étendue, comme complications secondaires, ete.? Multiphieité et variété de lésions impliquent multiphieité et variété de symptômes. Cela devait être, et cela est (1).

2° La syphilis cérébrale, vous ai-je dit encore, se caractérise surtout par des lésions partielles, localisées, circonscrites. Delà,naturellementet d'une facon corrélative, ces paralysies circonscrites, ces symptômes partiels, qui sont si fréquents chez nos malades, el qui, comme vous le verrez bientôt, confèrent aux accidents cérébraux de la diathèse une physionomie si particulière, si spéciale, en nombre de cas.

3° Les lésions syphilitiques de lencéphale sont souvent multiples et disséminées. De là encore un des caractères cliniques les plus habituels et les plus accusateurs de la syphilis cérébrale, à savoir : Multiplicité et combinaisons bizarres de symptômes nerveux non habituellement associés, tels par exemple que les suivants :

Hémiplégie coexistant avee monoplégie du côté opposé, ou bien avec telle ou telle paralysie oculaire, ou bien avec une amaurose, une cophose, ete. ;

Hémiplégie faciale, avec paralysie de la troisième, de la quatrième ou de la cinquième paire;

(1) Gette diversité de manifestations cliniques serait encore explicable, pour M. Broadbent, par la tendance particulière qu'offre la syphilis à porter de préférence ses lésions sur les membranes, c'est-à-dire secondairement sur la substance grise. On sait en effet, dit-il, que des lésions de la substance grise peuvent également produire et des troubles intellectuels, et des convulsions, ct des paralysies, etc. De là, sans doute, la remarquable variété de formes eliniques qu'affecte la syphilis du cerveau.

CONSÉQUENCES CLINIQUES 75 Épilepsie, avec ptosis, strabisme ou amaurose : Accès maniaque, avec paralysie d'une paupière ;

Phénomènes cérébraux, avec phénomènes médullaires, ete., ete. ; |

Tous symptômes qui ne s’observent en général qu'isolés, indépendants les uns des autres, et qui répugnent, pour ainsi dire, à se trouver en compagnie, Eh bien ! ces combinaisons insolites, bizarres. extraordinaires même pour quelques-unes, la syphilis les réalise fréquemment, plus fréquemment en tout cas qu'aucun autre type pathologique. Et cela, l'anatomie nous en donne la raison, par la multiplicité et la dissémination possibles des lésions syphilitiques cérébrales, lesquelles, alors qu'elles affectent simultanément diverses parties de l'encéphale, sontnécessairement appelées à déterminer de compagnie, dans le même temps, des manifestations multiples et différentes,

4° Un autre attribut de la syphilis cérébrale, aussi fréquent que caractéristique, consiste dans l'association à un groupe symptomatologique donné de certaines paralysies des nerfs crâniens, de paralysies intéressant les nerfs craniens antérieurs, notamment les nerfs oculaires. Chaeun le sait, les paralysies de l'œil sont communes à ce point dans la syphilis cérébrale qu'elles portent avec elles, comme on l’a dit, le cachet, la signature de la diathèse. Ce sont des symptômes révélateurs par excellence, qui d'emblée accusent la vérole ou la mettent en cause pour le moins. Tel malade, je suppose, se présente avec une hémiplégie; cela ne veut rien dire relativement à la vérolé. Mais, en outre, ce malade offre un strabisme, un ptosis, une mydriase; tout aussitôt, et rien que par le fait de ces paralysies oculaires, voici le soupeon de vé-

76 ANATOMIE PATHOLOGIQUE role qui surgit; et ce soupçon se trouve confirmé quatrevingt-dix fois sur cent par l'examen ultérieur.

Or, pourquoi cela, Messieurs, et comment la syphilis est-elle appelée à devenir la cause la plus usuelle de ces paralysies oculaires ? [er encore l'anatomie pathologique va nous éclairer de ses lumières. Où done, en effet, se produisent de préférence les méningites spécifiques? Où done se rencontrent le plus habituellement les gommes méningées ou cérébrales? À la base de la région moyenne du crâne, au niveau ou au voisinage de la selle turcique et des fosses sphénoïdales. Et là, que rencontrent ces lésions? Précisément les nerfs antérieurs du cerveau, précisément les nerfs oculaires.

Ainsi se trouve expliqué d’une facon très-simple, vous le voyez, un fait des plus intéressants, des plus curieux, et j'ajouterai des plus importants pour le diagnostic pratique, comme j'aurai l’occasion de vous le montrer ultérieurement.

5° Impossible de ne pas être frappé, dans l'histoire clinique de la syphilis cérébrale, de la fréquence remarquable avec laquelle se présentent ces deux ordres de symptômes : d'une part, #roubles intellectuels, et, d'autre part, accidents convulsifs, épuleptiformes où épileptiques. Or l'anatomie pathologique peut-elle ïei encore nous venir en aide et nous donner le secret de cette double particularité? Oui, certes. Et comment? En nous révélant la tendance de la syphilis cérébrale à porter ses lésions vers les régions corticales du cerveau, c’est-àdire vers la substance grise; vers la substance grise, dont les lésions troublent si profondément les fonctions d’intelligence (àpreuvela paralysie générale des aliénés); vers la substance grise, dont l'excitation, comme l’a démontré

CONSÉQUENCGES CLINIQUES a D. Ferrier, a pour effet si commun de déterminer des spasmes convulsifs épileptiformes.

6° Enfin, dernière considération, non moins intéressante au point de vue pratique. |

La syphilis cérébrale offre vraiment un curieux mélange de cas qui guérissent et de cas qui ne guérissent pas. Ici des malades affectés des symptômes les plus graves, de symptômes semblant devoir entrainer nécessairement la mort, guérissent cependant contre toute prévision, guérissent miraculeusement, sont presque ramenés du trépas à la vie, presque ressuscités (pardonnez-moi le mot) par l'intervention toute-puissante des agents spécifiques. Puis là, inversement, d’autres malades, présentant les mêmes symptômes, voire à un degré bien moins grave, bien moins menaçant, n'éprouvent aucun bénéfice des mêmes remèdes, vont de mal en pis, quoi qu’on fasse, et finissent par succomber en dépit de tous Les efforts de la thérapeutique.

Pourquoi ces différences? Pourquoi ces succès et ces insuccès devant le même ennemi, combattu avec les mèmes armes? Eh bien! anatomie pathologique nous livre encore la clef du mystère.

C’est qu’en effet la syphilis cérébrale se compose de deux ordres de lésions : de lésions spécifiques et de lésions vulgaires. Contre les premières, les remèdes dits spécifiques agissent énergiquement et peuvent guérir. Contreles secondes, ils ne font rien. Que voulez-vous que fasse le mercure ou l'iodure contre une oblitération vasculaire ou un ramollissement? Donc, dans le premier cas, succès possible et fréquent; dans le second, au contraire, insuccès fatal.

Aussi, —et cette conclusion me ramène à une propo-

sition que j'ai déjà développée précédemment, — aussi les malades qui succombent à la syphilis cérébrale succombent-ils presque toujours par le fait de lésions vulgaiïres, C'est-à-dire d’altérations communes, consécutives aux déterminations spécifiques importées originairement par la diathèse dans le cerveau.

Voyez donc, Messieurs, par ces quelques exemples, combien l’anatomie éclaire l'histoire symptomatologique de la syphilis cérébrale, et jugez s'il y avait intérêt à bien poser ces prémisses avant d'aborder l'étude clinique de la maladie.

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