MULTIPLICITÉ DE SYMPTOMES
Le premier est relatif à l’excessive multiplicité de symptômes et de formes morbides qu'est susceptible d’affecter la syphilis cérébrale.
Jetez un simple coup d'œil sur la table des matières d'une des nombreuses monographies relatives à notre sujet actuel, et vous serez frappés d’y voir figurer quantité de symptômes, disons mieux, la totalité des symptômes qui composent la pathologie cérébrale. Ici, troubles de mouvement, et de tout genre : paralysies partielles, circonscrites, paralysies plus étendues, spasmes, convulsions, contractures, accès épileptiques, etc.; — là, troubles de sensibilité, et de sensibilité générale ou spéciale; — là encore, troubles intellectuels des plus variés : débilité mentale, hébétude, amnésie, aphasie, délires divers, manie, aliénation, paralysie générale, démence, etc. ; — sans parler d’autres symptômes et en grand nombre, de formes les plus disparates et souvent les plus inattendues : vomissements, boulimie, polyurie, albuminurie, diabète, troubles cardiaques ou pulmonaires, anémie progressive, cachexie, etc., ete. Toute la sémélologie cérébrale, sans exagération, vient figurer dans les divers chapitres de l’'encéphalopathie syphilitique. Et telle est l’inépuisable variété des symptômes qui traduisent l’action de la diathèse sur le cerveau qu’en vérité on à pu dire avec toule raison ce mot que vous connaissez déjà : «La syphilis cérébrale est de nature essentiellement protéiforme. »
Second point : au milieu de celte infinie variété de symptômes, la syplulis cérébrale »’en à pas un seul qui lu soit Spécial, qui lui appartienne en propre.
Parcourez, en effet, cette mème liste d'accidents, de
ABSENCE DE TOUT SYMPTOME PROPRE 81 formes morbides, dont je viens de parler; vous l’épuiserez d'un bout à l’autre sans y rencontrer un seul symptome qui, figurant ici, ne figure pas ailleurs. Vainement, je le répète, dans cette profusion de troubles morbides, vous en chercheriez un qui soit l'apanage exclusif de la syphilis cérébrale, qui traduise d’une façon spécifique l'influence spécifique dont il dérive.
Nul doute à ce sujet. Tous les phénomènes, tous les symplômes par lesquels se traduit la syphilis de l’encéphale sont des phénomènes, des symptômes vulgaires ; ce sont les phénomènes et les symptômes par lesquels se révèlent nombre d’autres affections complétement étrangères à la syphilis, n'offrant aucun lien, aucune parenté avec elle; ce sont, en un mot, les phénomènes et les symptômes de toutes les maladies encéphaliques, quelle qu’en soit la nature.
Notezle fait, Messieurs, mais ne vous en étonnez pas. Cela devait être, comme cela est.
Le cerveau, en effet, n’est qu'un instrument, une machine, qui, lésée dans un de ses rouages par une cause quelconque, traduit invariablement ce trouble accidentel par un seul et même ordre de phénomènes, c'est-à-dire par un désordre ou un arrêt des fonctions qui lui sont dévolues. Il en est du cerveau comme d'une montre, ainsi que l’aspirituellement ditun auteur anglais, le docteur Th. Buzzard (1). « Les roues d’une montre peuvent aussi bien être arrètées par un cheveu que par un grain de sable, et le désordre qui surgit reste toujours le même, quelle que soit la cause qui l'ait produit, que ce soit le grain de sable ou le cheveu qui ait lésé la mon-
(4) Clinical Aspects of syphililic nervous affections. Londres, 1874. FOURNIER. 6