DÉLIRE SYMPTOMATIQUE
travail, de tout exercice, qui le tient dans un état d’angoisse des plus pénibles, qui l’abrutit, qui l'anéantit véritablement.
Enfin, en quelques cas heureusement très-rares, mais non moins essentiels à connaître, elle acquiert une intensité telle qu'elle s'élève au niveau des plus fortes douleurs que puisse supporter l'organisme. Elle est alors atroce, épouvantable, et je ne saurais vraiment trouver de termes trop énergiques pour la qualifier. Les malades affectés de la sorte sont littéralement fous de souffrance. Leur tête est si douloureuse, tellement sensible au toucher, qu'ils ont à peine la ressource de l’'appuyer sur l’oreiller. Se tenant le crâne entre leurs mains, vous les voyez s’agiter, se tordre sur leur lit, jeter des cris déchirants, se lever et se recoucher vingt fois par heure, se rouler à terre, se démener comme des possédés, éclater en lamentations, en sanglots, ete. Tout entiers à leur douleur, c’est à peine s'ils prêtent attention à ce qui les entoure et s'ils répondent par monosyllabes aux questions qu'on leur adresse. Bref, et sans la moindre exagération, c'est là une scène d'angoisse comparable aux derniers instants de l'accouchement, ou bien aux crises des coliques hépatiques ou néphrétiques dans leurs paroxysmes les plus aigus.
Dans ces deux derniers degrés de la céphalée cérébrale, il n’est pas rare de voir apparaître certaines formes de délire éphémère : soit un délire tranquille et surtout un délire d'action, soit un délire furieux avec hallucinations, violences, tentatives de suicide ou d'homicide,
La première forme, qu'on observe surtout dans les cas
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de céphalée moyenne, consiste plus spécialement en des actes inconsidérés, étranges, comme impulsifs, auxquels s'ajoutent des propos extravagants, des paroles sans suite, mal articulées, etc.
J'ai eu l’occasion de soigner, avec M. le professeur Lorain de si regrettable mémoire, un jeune homme qui, à la suite d’une syphilis négligée, avait fini par être atteint de manifestations spécifiques graves, notamment d'accès formidables de céphalée, auxquels devait succéder plus tard une hémiplégie. En proie à l'un de ces accès, au moment où nous l’examinâmes pour la première fois, ce jeune homme répondait à peine à nos questions. Il paraissait indifférent à notre présence, étranger à tout ce qui se passait autour de lui. De temps à autre 1l articulait des mots incohérents. Plusieurs fois, dans le cours de notre consultation, il se leva sans motif, comme égaré, se promena à l'aventure dans l’appartement, puis se recoucha, se découvrit, se recouvrit, etc.; ettout cela sans propos, sans intention arrêtée, à la facon d'un malade en délire.
Au contraire, la forme furieuse du délire s’observe presque exclusivement dans les accès de céphalée excessive.
Plusieurs fois on a vu des malades «fous de douleur» se livrer à des gesticulations, à des violences identiques à celles de la manie aiguë, tenter de se suicider ou de tuer leurs gardiens, M. le D' Zambaco cite un cas de ce genre : dans une crise de céphalée atroce, le malade en question, « saisi d’un accès de fureur, s’empara d'un pistolet et se l'appliqua sur l'œil pour se faire sauter la cervelle ; heureusement il fut arrèté à temps ». Depuis cette époque, ajoute l'auteur de l'observation, ce mème
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malade « perdait la raison et divaguait entièrement dès que sa céphalée devenait intense, pour revenir ensuite à la raison complète dès que la douleur diminuait de violence. Une nuit, dans une crise de ces cruelles céphalées, il se précipita sur son gardien, le maltraita et faillit le-tuer » (1).
Mettant hors de cause ce dernier ordre de tas, dans lesquels la suracuité de la douleur est un indice évidemment significatif, il ne demeure pas moins certain que la syphilis du cerveau est, en général, particulièrement remarquable par l'intensité des douleurs céphaliques qu'elle détermine. L’'intensité seule de ces douleurs est donc un premier signe qui distingue la céphalée spécifique de la plupart des douleurs de tête d'ordre vulgaire. Qu'un tel signe n'ait rien d'absolument spécial, rien de pathognomonique, je n'y contredis pas ; mais avouez que tout au moins il est bien fait pour donner l'éveil, pour
exciter le soupçon de syphilis. Et c’est là l'essentiel en pareille matière.
29 La céphalée de la syphilis cérébrale est encore remarquable en certains cas par ses eracerbations noclurnes.
L’exacerbation nocturne, caractère bien connu des douleurs syphilitiques de tout genre, est parfois nettement accusée dans la syphilis cérébrale. Vous la trouverez signalée dans un certain nombre d'observations, à propos F malades chez lesquels la céphalée, moyenne pendant le jour, subissait pendant la nuit un surcroît
(1) Des affections nerveuses syphilitiques, par D.-A. Zambaco, Paris, 1862. :
94 EXACERBATIONS NOCTURNES d'intensité très-notable. C’est donc là, de par la clinique, un fait des mieux avérés.
Il s’en faut cependant et de beaucoup que ce soit là un fait constant. En nombre de cas, l’exacerbation nocturne ne se produit pas ou tout au moins n est pas suffisamment accentuée pour que le diagnostic ait à en ürer profit. Il y a plus mème. On a vu parfois la céphalée tertiaire être moins forte la nuit que le jour ets’atténuer par le sommeil. La chose est exceptionnelle assurément, mais non moins authentique. Pour ma part, j'ai noté d’une façon très-positive cette particularité sur deux de mes malades.
Au surplus, d'une façon générale, les symptômes douloureux de la svphilis tertiaire obéissent bien moins à l'influence nocturne que ceux de la période secondaire. C’est là un point que j'ai déjà plusieurs fois signalé. Et, en ce qui nous concerne actuellement, il n'est pas douteux que la céphalée tertiaire soit bien plus égale comme teneur, bien autrement continue, que ne l’est la céphalée secondaire.
Donc, comme conclusion, l’exacerbation nocturne de la céphalée dans la syphilis cérébrale est un signe d'une incontestable valeur séméiologique; mais c’est un signe inconstant, qui même fait défaut dans un grand nombre de cas. — Quand il existe, profitons-en ; mais gardonsnous d'attacher à son absence une signification négative
qu'elle ne comporte pas.
3° Enfin la céphalée qui accompagne la syphilis cérébrale est souvent remarquable par sa {énacité, sa persistance, ses récidives, en un mot, par sa lonque durée.
La plupart des maux de tête, qui relèvent d’une ori-