II. — FORME CONGESTIVE
l. Deux ordres de phénomènes congestifs dans la syphilis cérébrale : 10 phénomènes congeslifs fugaces, passagers. — Étourdissements, vertiges. — Troubles sensoriels. — Troubles de motilité. — Troubles d'intelligence. — 20 État congestif habituel, permanent. Mêmes phénomènes, mais exagérés de forme, et, de plus, répétés, assidus. — Malaise cérébral constant. — Symptômes vertigineux. — Exagération possible de cet ordre de symptômes, constituant presque une forme vertigineuse de syphilis cérébrale. — Troubles de la vue, de l’ouie, de la sensibilité générale. — Douleurs cérébrales des membres. — Troubles de motilité : faiblesse, torpeur musculaire; — défaillances musculaires subites; — défaut de précision dans les mouvements ; incertitude ébrieuse; hésitation de la parole. — Incrtie intestinale et vésicale. — Troubles intellectuels : torpeur de lintelligence; absences, obnubilations ; — modifications du caractère, troubles moraux. — Diminution de la puissance virile.
Évolution ultérieure. — La forme congestive n’est le plus souvent
que le prélude d’autres formes plus avancées et plus graves. — Par-
fois cependant elle se prolonge et se confirme sous son allure propre. — Dans ce cas, addition habituelle aux symptômes précédents de phénomènes nouveaux, à savoir :
10 Paralysies avortées. — Leur triple caractère de paralysies partielles, incomplètes et transitoires. — Leurs localisations habituelles. — Leur signification diagnostique.
20 Jctus congestifs. — Deux formes : ictus résolutif simple et iclus apo-
piectiforme. — Gravité de tels symptômes. — Tendance aux récidives. |
IT. Dénouement habituel de ces ictus congestifs et de la forme conges tive en général par des phénomènes de paralysie. — Quelles sont ces paralysies? — Paralysies avortées, passagères. — Paralysies déjà plus durables. — Paralysies stables, permanentes. — Type le plus
commun : hémiplégie.
IV. Variété maligne ou pernicieuse de la forme congestive. — Un coma subit et profond peut être un des premiers symptômes de la syphilis
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cérébrale. — Exemple clinique. — Caractères de ce coma sidérant. — Ses dangers. — Quelle situation particulièrement périlleuse crée au malade un accident de ce genre. — Nécessité d'un examen clinique minutieux pour démasquer l'origine de tels phénomènes. — Ressource inestimable offerte par le traitement spécifique. — Observation. — Résumé.
Messieurs,
Une seconde forme initiale de la syphilis cérébrale est celle à laquelle on peut donner le nom de forme congestive. |
Je l'appelle congestive pour deux raisons : parce que, d’abord, elle se compose d’un certain nombre d'accidents qui constituent la symptomatologie usuelle de l'état pathologique désigné communément sous le nom de congestion cérébrale ; et, en second lieu, parce que les troubles ultimes auxquels elle aboutit fréquemment sont identiques à ceux auxquels aboutit la congestion cérébrale proprement dite, à savoir l'ictus apoplectique avec ou sans paralysies, le « coup de sang » vulgaire.
Que cette dénomination de forme congestive soit attaquable au point de vue anatomique et pathogénique, c'est-à-dire relativement à la nature des lésions et au mécanisme des accidents, je le reconnais et l'accorde tout le premier. Mais peu nous importe en l'espèce. Elle a pour nous l'avantage de rappeler par un terme expressif et abréviatif un certain ensemble de symptômes par lesquels s’accusent fréquemment les lésions syphilitiques de l’encéphale ; et cela seul suffit à la légitimer à nos yeux.
Cette forme congestive est excessivement commune, soit qu'elle se présente seule, qu'elle fasse à elle seule,
si je puis ainsi parler, tous les frais d'une syphilis céré-
PHÉNOMÈNES CONGESTIFS PASSAGERS 103
brale commencçante, soit qu'elle se trouve associée à des troubles relevant de telle ou telle autre forme. Elle est commune à ce point qu'elle se rencontre approximativement dans les deux tiers des cas. C’est assez dire l’intérêt qui se rattache à l'étude que nous en devons faire aujourd'hui.
Les phénomènes qui composent la forme congestive de la syphilis cérébrale sont nombreux et variés.
Ils se présentent en général suivant deux modes, dont l’un est souvent appelé à continuer l’autre. Aïnsi ils consistent tantôt en de simples phénomènes congestifs fugaces, passagers, transitoires ; el tantôt en un véritable état congestif habituel, presque permanent.
Examinons-les sous ces deux formes.
I. Les phénomènes congestifs passagers s'observent, à des degrés divers, dans la plupart des cas de syphilis cérébrale. Ils sont constitués principalement par les quatre ordres de troubles suivants :
1° Étourdissements et vertiges. — Étourdissements, c'est-à-dire accès fugaces de défaillance cérébrale, d’ébranlement cérébral, pendant lesquels une sorte de nuage semble passer devant les yeux et l'intelligence, avec sentiment de perte d’équilibration ; |
Vertiges, c’est-à-dire étourdissements compliqués de sensation de tournoiement, de balancement, de vaeillement, de mobilisation étrange, voire (ce qui est beaucoup plus rare) de renversement des objets environnants, etc.
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2° Troubles des sens, consistant surtout en ceci : du côté de la vue, obnubilations passagères, éblouissements, vision des objets trouble et confuse ; bluettes lumineuses ; — du côté de l’ouie, tintements, bourdonnements, sifflements, « cloches ou sonneries dans les oreilles », comme disent les malades, etc.
3° Troubles subits et fugaces de la motilité, à sa- VOIr :
Balbutiements, hésitations de la langue qui s’embarrasse sur un mot, qui fourche sur une syllabe, comme on dit vulgairement ;
Ébranlements subits de l'équilibre ; sensations passagères de perte d'aplomb. Dans la marche, par exemple, c’est une jambe qui semble faire soudainement défaut, qui se dérobe sous Le corps ; d’où faux pas accidentels, défaillances saccadées de l’équilibration, de la locomotion, etc.
4° Troubles également fugaces de l'intelligence, caractérisés surtout par ce qu’on appelle l’échpse ou l'absence, c’est-à-dire par une suspension momentanée de l’activité mentale et analogue (sauf la fixité du regard et la pàleur subite qui font ici défaut) à quelques formes du petit mal épileptique.
Les malades traduisent ces phénomènes singuliers en disant que par instants « une sorte de voile leur passe sur l'esprit et les rend comme étrangers pendant une ou quelques secondes à ce qui les entoure ». Un de mes clients, par exemple, actuellement affecté d'une hémiplégie d'origine indubitablement syphilitique, me raconlait que, pendant les cinq ou six mois qui précédèrent son attaque, il avait été pris plusieurs fois de ces sortes d’absences momentanées. «De temps à autre, me disait-
ÉTAT CONGESTIF HABITUEL 105 il, 11 m'arrivait positivement de ne plus savoir ce que je faisais, ce que je disais ; ma pensée était littéralement suspendue, comme si je n'étais plus mot; je perdais absolument de vue ce qui m'occupait au moment même, ce à quoi je pensais, à quoi je travaillais. Cela durait l’espace d'un éclair, puis tout rentrait dans l’ordre aussitôt, » Remarquez bien, Messieurs, les quatre ordres de phénomènes que je viens de vous signaler, car ils figurent, je vous le répète, dans un très-erand nombre d’observations de syphilis cérébrale. De même que la céphalée dont je vous entretenais dernièrement, ce sont là des phénomènes prodromiques d’une fréquence indéniable, Les étourdissements et les vertiges notamment doivent être signalés comme des symptômes communs, usuels, au début de la syphilis du cerveau.
FE. — Dans les premiers temps de la maladie, ces divers
phénomènes sont essentiellement transitoires et en outre plus ou moins distancés chronologiquement. D'une part, ils ne font que se produire par instants; et, d'autre part, ils ne se répètent guère qu'à intervalles de plusieurs mois ou de plusieurs semaines, en laissant l’économie indemne de tout symptôme de ce genre dans le laps de temps qui les sépare.
Mais, plus tard, à mesure que la lésion cérébrale progresse, ils deviennent à la fois plus fréquents et plus intenses. Les étourdissements, par exemple, qui, au début étaient légers et ne se produisaient que de mois en mois, je suppose, s’accentuent comme par degrés et arrivent à se manifester toutes les quinzaines, puis toutes les semaines, plusieurs fois par semaine, quotidieniement, etc.