‹ La syphilis du cerveauChapitre 26 sur 151 · ÉTAT CONGESTIF HABITUEL · texte numérisé non relu

ÉTAT CONGESTIF HABITUEL

Et, si la maladie continue, si elle n’est pas enrayée dans sa marche par l'intervention du traitement, il vient un moment où ces accidents congestifs, à force de se répéter, deviennent pour ainsi dire habituels, et créent une sorte d'état congestif permanent.

En quoi consiste ce second mode de la forme congestive, mode assurément plus rare que le premier, mais également essentiel à bien connaître?

Les phénomènes qui le composent sont exactèément ceux que nous venons de décrire à propos de la forme précédente. Ce sont les mêmes accidents, mais les mêmes accidents exagérés de forme, amplifiés, si je puis ainsi dire, et, de plus, répétés, assidus, constituant un état cérébral habituel, qui se caractérise alors de la façon suivante |

1° Tout d'abord, malaise cérébral constant, dont les malades se rendent parfaitement compte, et qu'ils traduisent sous des formes diverses. La plupart vous diront qu'ils ont continuellement « la tête prise, la tête embarrassée ». Quelques-uns se plaignent d’éprouver comme une lourdeur continue de la tête, comme une « calotte de plomb » sur le crâne. D’autres accusent inversement la sensation d'une « sorte de vide dans le cerveau », ete. Chez d’autres enfin, ces troubles divers se compliquent d’une céphalée gravative.

Sous telle ou telle de ces formes, le malaise cérébral estévident, et de plus il se révèle d’une façon continue, permanente.

2° En second lieu reparaissent ici les é'ourdissements et les vertiges. Mais, d'une part, ils reparaissent plus fréquents, jusqu'à se montrer tous les jours ou même

VERTIGES 107 plusieurs fois par jour; et, d'autre part, ils sont plus accusés, plus intenses. Quand ils se produisent, les malades éprouvent la sensation d'une perte complète d’équilibre, avec vacillement et chute imminente ; ils tomberaient s'ils n'avaient le temps de s'appuyer sur le premier objet qu'ils trouvent à leur portée, de s’accrocher à un meuble, de s'adosser à un mur: quelquefois même l'étourdissement est si subit et si violent que la chute ne peut être évitée.

Et ce n’est pas tout, car indépendamment de ces étourdissements, de ces vertiges, se produisant par crises isolées, les malades restent sous le coup d’un éfat Sub-vertigineux habituel, continu. Sans avoir le vertige à proprement parler, ils semblent être constamment sous la menace du vertige. Ils accusent une espèce de vague cérébral, d'incertitude cérébrale qui ne les quitte Jamais. « Ils ont toujours, disent-ils, la tète mal assurée; ils ne se sentent jamais maîtres d'eux-mêmes : » ils se méfient incessamment d'eux-mêmes: et cette défiance saccroit encore lorsqu'il s’agit pour eux d’accomplr un exercice nécessitant une certaine précision de mouvements, tel, par exemple, que la descente d’un escalier.

Laissez-moi, à ce sujet, vous citer l'observation d’un de mes malades, qui, affecté aujourd'hui d'accidents cérébraux syphilitiques extrêmement graves (accidents dont je n’ai plus guère espoir de conjurer la terminaison fatale) éprouva au début, et cela pendant plus de deux années, les singuliers phénomènes que voici :

À la suite de plusieurs grands étourdissements qui l'avaient pris à quelques mois d'intervalle, il se plaignait d'un état constant de « vague cérébral » qui lui était des

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