VARIÉTÉ MALIGNE OÙ PERNICIEUSE
D'après ce qui précède et dans ce qu’on peut appeler la marche usuelle de la forme congestive, les accidents apoplectiformes dont nous venons de parler ont pour habitude de n entrer en scène, si je puis ainsi dire, qu'à un stade plus ou moins avancé de l'affection. Ils marchent à l'arrière, précédés comme avant-coureurs de ces troubles morbides variés dont je viens de vous entretenir. Quand ils se produisent, ils sont done en quelque sorte préparés, annoncés, prévus ; ils ne surprennent pas ; tout médecin sagace enaurait pu prédire l'invasion imminente ou possible.
Ainsi procède en effet la maladie, et telle estce qu’on peut appeler la règle. Cette règle néanmoins n’est pas inflexible, invariable. Elle souffre quelques exceptions ; exceptions rares, très-rares même, mais non moins: essentielles à connaître, car il s’y rattache, comme vous allez en juger, un intérêt pratique vraiment considérable.
Voici ce dont il s’agit:
Au lieu de se produire à terme plus ou moins éloigné, il n'est pas impossible que les accidents apoplectiformes, comateux, de la syphilis cérébrale fassent invasion de bonne heure et d’une façon tout à fait prématurée. Au lieu d'avoir pour antécédents, pour préludes, une longue série de troubles importants et variés, il n’est pas impossible qu'ils apparaissentbrusquement etde la facon la plus inattendue, soit précédés seulement à faible distance chronologique par quelques symptômes: plus ou moins sérieux, soit même en l'absence de tout sym-
134 FORME CONGESTIVE ptème antérieur alarmant, de nature à présager une imminence morbide aussi redoutable.
Cette invasion précoce et imprévue de symptômes d'une haute gravité, dès les débuts ou dans les premiers temps de la maladie, constitue dans l'espèce une véritable malignité. Et, n'était la crainte de multiplier les formes déjà si nombreuses de la syphilis cérébrale, je serais presque tenté d'en créer une nouvelle sous le nom de forme maligne ou pernicieuse, pour y donner place aux accidents dont 1l s’agit et mieux appeler sur eux l'attention des cliniciens. Mais n'importe au surplus la question de formes et de dénominations; voyons seulement quels phénomènes sont en cause ici.
Il est positif qu'en plusieurs cas on a vu des accidents de coma et de coma profond, persistant, menaçant la vie à brève échéance, se manifester d’une facon aussi rapide qu'inattendue consécutivement à quelques symptômes de l’ordre de ceux qui constituent la phase initiale de la forme congestive.
Tel fut le cas, par exemple, d’un malade observé par MM. Trousseau etLasègue, lequel, à la suite de quelques accès de céphalée et de troubles visüels, fut pris rapidement de cécité complète et tomba en même temps dans un état comateux profond, de nature à inspirer les plus vives alarmes (1).
De même, dans un cas observé par moi, cas dont je vous parlerai tout à l'heure en détail, un coma profond et persistant se produisit chez un jeune malade à la suite de quelques prodromes très-courts et très-
(4) V. Zambaco, ouvrage cité, p. 499.