COMA PRÉCOCE
déjà plusieurs observations contenues dans la science. C’est ainsi, par exemple, que, dans le cas précité de MM. Trousseau et Lasègue, l'administration du calomel et de l’iodure détermina « comme par enchantement » un amendement rapide des phénomènes, le retour de la connaissance au bout de huit jours, le rétablissement des facultés visuelles, etenfin la guérison complète après deux mois.
De mème, dans le cas qui m'est personnel, une énergique administration de l’iodure de potassium dissipa en quelques jours les accidents comateux, accidents qui, abandonnés à leur évolution propre, se fussent presque infailliblement terminés par la mort, je crois être en droit de l’affirmer.
Donc, en pareille occurrence, le salut du malade peut être au prix d’une intervention immédiate et suffisamment active du traitement spécifique. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.
Or, et c’est là le point essentiellement pratique sur lequel je tiens à appeler votre attention, représentezvous bien, Messieurs, quelle situation particulièrement dangereuse crée au malade, dans l'espèce, ce coma subit, inattendu.
IL s’agit ici d’un accident de forme sidérante, qui terrasse, quiassomme du coup le malade, si je puis ainsi parler, et qui du coup le rend incapable (ai-je à le dire?) de diriger le diagnostic du médecin. Supposez donc que le médecin ignore les antécédents spécifiques du malade, qu'il n'ait à recueillir, à ce point de vue, aucune lumière, aucun témoignage des personnes présentes; supposez, par exemple, un malade de ce genre apporté dans une
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salle d'hôpital, puis abandonné là sans renseignements, et jugez de ce qui peut, de ce qui doit presque nécessairement advenir en pareille situation. La conséquence est nette. Ignorant la syphilis comme antécédent, le médecin ne sera pas conduit à prescrire le traitement spécifique ; et, le seul traitement qui aurait eu chance de sauver le malade restant inappliqué, inutile de dire quelle sera ou pourra être la terminaison.
De là, Messieurs, cette règle pratique :
Un cas de coma étant donné, songer toujours à la syphilis comme cause possible de ce coma, et rechercher soigneusement tous les vestiges, tous les indices d'une syphilis antérieure, en vue de ne pas laisser perdre au malade le bénéfice d'un traitement d’où sa vie peut dépendre.
Que si le médecin ignore les antécédents du malade, c'est affaire à lui de s’éclairer sur le compte de la syphilis par tous les moyens possibles, par un examen minutieux, par un inventaire complet de tous les organes. Il est possible en effet qu'un tel examen révèle quelque lésion, quelque stigmate d’une diathèse ancienne; et alors quel trait de lumière! Là peut être le salut du malade. C’est ce qu'attestent déjà plusieurs observations. Exemple la suivante, qu'en raison de lintérêt considérable qui se rattache à la question je me ferai un devoir de vous citer avec détails.
. J'étais encore jeune médecin quand, un soir, je suis mandé pour visiter en toute hâte un malade qu'on disait être «à l’article de la mort». J’accours, et je trouve un pauvre garçon de vingt et quelques années étendu sur son lit sans connaissance, dans un état de coma