COMA PRÉCOCE
profond, identique à celui que je vous décrivais tout à l'heure. De renseignements, peu ou point. Ce jeune homme vivait seul, et sa concierge qui lui servait de femme de ménage racontait seulement que « depuis quelques jours 1l semblait mal à l'aise, tout en ayant du reste continué ses occupations; qu'il mangfait peu; qu'il paraissait triste, et qu'il se plaignait d'un léger affaiblissement des yeux ». La veille au soir, 1l était rentré comme d'habitude. Le matin, lorsqu'elle était montée dans sa chambre, cette femme l'avait trouvé « dormant »; revenue vers midi, elle l'avait de même trouvé « dormant toujours ». C'est alors seulement qu'elle commença à s'inquiéter; à plusieurs reprises, elle essaya, mais vainement, de le réveiller. Elle attendit ainsi jusqu'au soir; puis enfin, tout à fait effrayée et croyant à un « coup de sang », elle se décida à requérir un médecin.
De quoi pouvait-il s'agir? Examen fait, le coma était des plus évidents; mais à quelle cause le rapporter? Plus qu'embarrassé, très-perplexe, je me mis à interroger les divers organes, pour trouver une raison quelconque à detels symptômes. Je cherchais en vain depuislongtemps quand un des testicules me frappa par son volume. Je le palpai aussitôt et le trouvai gros, fortement induré, irrégulier, noueux, etc. Nul doute, ce testicule était affecté de syphilis; sans contradiction possible, c'était un sarcocèle syphilitique que j'avais sous la main.
N'était-ce pas là une révélation? En tout cas, ne trouvant aucune cause à laquelle je pusse rattacher le singulier et dangereux état du malade, je me décidai à tenter ce qu'il y avait de plus rationnel, c’est-à-dire à prescrire une forte dose d'iodure, avec quelques révulsifs cutanés ;
140 .. FORME CONGESTIVE et je me retirai, ne pensant guère avoir à revenir le lendemain.
Le lendemain, cependant, je risque une seconde visite, m'attendant bien à ce que la concierge me barrerait le passage pour m'annoncer une triste nouvelle. Pas du tout. Le malade n’était pas mort, et son état n'avait mème pas empiré. C'était déjà presque un succès. Je reprends espoir et recommande de continuer l’administrauon de liodure.
Le surlendemain, je retrouve le malade commençant à sortir de son état comateux. Il ouvre les yeux; il répond à quelques-unes de mes questions ; 1l me renseigne tant bien que mal sur ses antécédents syphilitiques, qui remontaient à plusieurs années. Inutile de dire si je connue le traitement de plus belle ; et je porte la dose quotidienne d'iodure à 6 grammes.
Bref, une amélioration surprenante se produit les jours suivants, ettous les accidents se dissipent en quelques semaines. |
À quoi donc, dans ce cas, le malade a-t-il dù sa guérison ? À son sarcocèle, qui me mit sur la piste du diagnostic et me révéla le seu/ traitement qui, dans l'espèce, püt avoir chance de succès. Sans ce bienheureux sarcocèle, je crois pouvoir dire que le pauvre garcon était perdu.
Résumons-nous et disons :
1° Il est incontestable que la syphilis cérébrale peut aboutir d’une façon prématurée, soudaine et absolument inattendue, à des accidents comateux des plus graves; et cela, sans que l’imminence de semblables accidents ait été rendue probable par des phénomènes précurseurs
COMA PRÉCOCE 141 importants. Un coma subit et profond peut être un des premiers symptômes de la syplalis cérébrale. Cela est rare, très-rare assurément; mais cela est.
2° Ce coma, que j'appellerai sidérant ou malin, pour mieux attirer l'attention sur lui, peut être justiciable du traitement spécifique.
3 Donc, comme conséquence pratique, un cas de coma soudain étant donné, 1l y a toujours lieu de songer à la syphilis comme cause possible de ce coma, et de rechercher par tous les modes d'investigation si le malade est ou n’est pas en puissance de syphilis.
4° Et alors, la syphilis étant démontrée comme antécédent, l'indication formelle (sauf contre-indications particulières, et en l'absence de toute autre cause à laquelle ce coma reste plus rationnellement imputable), l’indication formelle, dis-je, est de prescrire le traitement spécifique, et de le prescrire d’une façon énergiquement active, proporlionnée à l’imminence et à la gravité du péril à conjurer.