FRÉQUENCE
Unis, où ont été publiés la plupart des travaux relatifs au sujet qui nous occupe), moins accepté en France, moins estimé parmi nous à sa juste valeur. De cela permettez-moi de juger par mon expérience personnelle. Plusieurs fois il m'est arrivé en pratique d’avoir à formu ler devant des confrères le diagnostic d'épilepsie syphilitique, et plus d’une fois j'ai vu ce diagnostic n'être accueilli qu'avec réserve, qu'avec défaveur, qu'avec défiance, comme si j'avais émis une nouveauté paradoxale ou extraordinaire (1).
Et cependant, Messieurs, cette épilepsie syphilitique est un symptôme aussi formel, aussi authentique que possible, de la diathèse. En tant que manifestation spécifique, elle est attestée aujourd'hui par quantité d’observations irrécusables. C'est là ce dont j'espère vous convaincre par l'exposé qui va suivre.
Affirmons tout d’abord la /réquence du symptôme ou du syndrome épilepsie dans la syphilis.
De par les connaissances actuellement acquises, il n’est pas douteux que l’épilepsie soit un symptôme fré-
(4) Ceci était écrit en 1873. (De l’épilepsie syphilitique tertiaire, lecon professée par le Dr Alfred Fournier, recueillie par F. Dreyfous, et publiée dans l'Union médicale.) — J'aurais mauvaise grâce à ne pasreconnaître que, depuis cette époque, on a commencé parmi nous à se familiariser avec cette épilepsie syphilitique, qui rencontre aujourd’hui moins d'incrédulité et de défaveur. Cet heureux résultat est dû, je pense, aux divers travaux qui, depuis lors, ont été publiés en France, peutêtre aux miens, mais plus sûrement à ceux de M. le professeur Charcot que nous aurons à mettre à profit plus d’une fois dans ce qui va suivre.
146 FORME ÉPILEPTIQUE quent, très-fréquent, de syphilis cérébrale. C’est ce dont témoignent de nombreuses observations éparses dans les recueils, les monographies, les journaux français et étrangers. L’épilepsie syphilitique est un symptôme que, pour ma part, je déclare rencontrer soit à l'hôpital, soit en ville, d’une facon commune, presque courante.
Cette fréquence, d’ailleurs, trouve une explication plausible dans une particularité que vous connaissez déjà, Messieurs, par ce qui précède. C'est qu’en effet la syphilis cérébrale, ainsi que je vous l'ai répété tant de fois à propos de l'anatomie pathologique, est surtout une maladie à lésions périphériques, corticales, une maladie affectant de préférence l'écorce du cerveau, c'est-à-dire intéressant avec une prédilection marquée (par un processus primitif ou secondaire, peu importe) la substance grise des circonvolutions. Or il est actuellement démontré que cette substance grise, alors qu'elle subit une excitation morbide, a grande tendance à traduire l'excitation reçue par des convulsions épileptiformes ou épileptiques. C’est là un fait qu'ont mis en lumière les belles expériences de David Ferrier, expériences bien connues de tous aujourd'hui et qu'il me suffira de signaler (1). Ajoutons que, d’ailleurs, ce fait expérimental a été pleinement confirmé dans ces derniers temps par de nombreuses observaüons cliniques.
Sans doute, 1l n’est pas que les lésions corticales de l’encéphale qui soient susceptibles de déterminer, dans la syphilis, des accidents épileptiques. Aïnsi que nous
(4) V. Recherches expérimentales sur la physiologie et la pathologie cérébrales, par David Ferrier, traduction de H. Duret. Paris, 1874.