SYMPTOMES
aurons l'occasion ‘de le voir au courant de cet exposé, des accidents de mème forme se produisent parfois à propos de lésions affectant d’autres siéges, à propos de lésions profondes, par exemple. Mais, à coup sûr aussi, les cas de ce dernier genre tiennent une place infiniment moindre dans l'anatomie pathologique de l'épilepsie spéciale dont nous parlons ici, que ceux où cette épilepsie dérive d’altérations superficielles, corticales, de l’encéphale. Aussi, d'après ce que j'ai vu, ai-je été amené à croire depuis longtemps que /es lésions les plus habituelles de l'épilepsie syphilitique résident dans les enveloppes du cerveau et dans la substance grise. Telle est également l'opinion de M. le professeur Charcot qui tout récemment, dans une publication des plus intéressantes, écrivait ceci : « Les lésions de la pachyméningite gommeuse cCirconscrite, avec participation des membranes sous-jacentes, paraissent être le substratum anatomique le plus habituel de l’épilepsie syphilitique partielle, etc. (1). »
Sous quelles formes cliniques se présente l'épilepsie dans la syphilis cérébrale ?
Nul doute, Messieurs, que, comme tout le monde, vous n'ayez entendu formuler cette proposition qui. pour
(4) Progrès médical, 1817, page 68. — Voir aussi l'ouvrage de M. Gonzalez Echeverria (On epilepsy, New-York, 1870), où se trouvent deux magnifiques planches relatives à des lésions corticales du cerveau observées sur un sujet syphilitique qui avait présenté de nombreuses crises d’épilepsie.
ma part, m'a été objectée bien des fôis : « Ce dont on parle comme épilepsie syphilitique n’est pas une épilepsie vraie; ce n’est et ce ne peut être qu'une /ausse épilepsie. »
Que veut dire cela? Quel est le sens, quelle est la portée de cette proposition ?
Entendons-nous bien ici sur les termes, Messieurs, et ne nous laissons pas abuser par une question de mots, car les confusions de mots ne conduisent que trop souvent à la confusion des choses.
Oui, sans doute, l’épilepsie qu'on observe dans la syphilis est différente comme nature, comme entité morbide, de l’épilepsie véritable, de l’épilepsie spontanée, primitive, de cette épilepsie essentielle et pure, que, ces derniers jours encore, devant l'Académie, M.'le professeur Lasègue s’efforçait de séparer des autres maladies épileptiformes, et pour laquelle 1l revendiquait une individualité propre, exempte de tout mélange (1). Oui, certainement, l’épilepsie vraie n’est pas celle que détermine parfois la syphilis; et un épileptique de naissance ne saurait jamais être assimilé à un malade syphilitique venant à présenter accidentellement, de par la syphilis, quelques crises d’épilepsie.
Cela est incontestable, et généralement, je crois, incontesté.
Mais de là, Messieurs, n'allez pas vous laisser entrainer à conclure, avec certains médecins, que les phénomènes épileptiques de la syphilis soient d’une forme clinique essentiellement différente de l’épilepsie vraie. N’allez pas croire que cette épilepsie spécifique n’affecte
(1) Bulletins de l'Académie de médecine, 1877.
SYMPTOMES 149 avec l’épilepsie vraie, en tant que symptômes, en tant qu’expressions morbides, que des rapports lointains ou des « analogies forcées ». Cela serait une erreur, et une erreur grave.
Non, l’épilepsie syphilitique, cliniquement, n’est pas si différente qu'on veut bien le dire de l’épilepsie vulgaire. Tout au contraire elle s’en rapproche étrangement. Elle en reproduit les symptômes, les crises, les manifestations diverses; et elle les reproduit si fidèlement, d’une façon si frappante, si complète, qu'étant donné au hasard un mode quelconque de cette épilepsie syphilitique, ce mode ne saurait être différencié cliniquement, rien que par ses attributs objectifs, du mode correspondant de l’épilepsie vraie. Je m'explique par un exemple.
Voici, je suppose, deux malades couchés au voisinage l’un de l’autre dans une salle d'hôpital, et présentant au même moment une crise épileptique de forme convulsive, la crise vulgaire du grand mal. L'un de ces malades est un épileptique vrai, tandis que l’autre n’est qu'un syphilitique, accidentellement affecté d’une crise d’épilepsie par le fait d’une lésion cérébrale spécifique.
Or un médecin, ne connaissant en rien les antécédents, l'histoire de ces deux malades, se trouve là, à point nommé, pour assister à cette double scène. I] voit les deux crises ; 1l peut les comparer de part et d'autre, les observer ab ovo ad finem, les étudier dans leurs moindres détails.
Eh bien ! ce médecin, de par ce qu’il aura vu, constaté, pourra-t-1l se faire une opinion et poser un diagnostic différentiel? Pourra-t-il dire, par exemple : « Le
malade de gauche est un épileptique vrai, par excellence; — et le malade de droite est un épileptique aceidentel, par syphilis ou par toute autre raison, peu importe ; mais ce n'est pas un véritable épileptique » ?
Non, ce médecin ne pourra pas se prononcer de la sorte, quelles que soient d’ailleurs son expérience et son habileté. Il ne le pourra pas; car, à ne considérer que les phénomènes apparents, les symptômes de la crise, il ne sera conduit qu'à reconnaitre entre les deux malades une identité presque absolue de caractères. Sans doute, instruit et expert en la matière, comme nous l'avons supposé, il parviendra peut-être à saisir de part et d’autre quelques nuances, quelques particularités délicates dont je voüs entretiendrai plus tard. Mais, de par le seul spectacle des deux crises, il n’arrivera jamais à colliger une somme suffisante de réelles différences pour se permettre d’instituer un diagnostic formel, pour distinguer à coup sûr, pertinemment, l'attaque de fausse épilepsie de l’attaque d’épilepsie vraie.
Et, de même, ce médecin resterait dans une égale incertitude, si, au lieu d'accès convulsifs du grand mal, nous soumettions en parallèle à son jugement deux crises d’une autre forme, comme par exemple, d’une part, une crise du petit mal vulgaire, et, d'autre part, une crise du petit mal syphilitique.
Donc, en somme, cette fausse épilepsie syphilitique se rapproche assez de l’épilepsie vraie pour qu'il soit cliniquement impossible de l'en différencier par ses seuls attributs objectifs. Ce ne sont pas de simples phénomènes épileptoides que la syphilis est capable de produire; ce sont, belet bien, quant à leur modalité apparente, des phénomènes véritablement épileptiques. En