PRODROMES
ouvert la scène. Elle a été par excellence le symptôme initial, symptôme non précédé d'aucun autre; car à maintes reprises, dans le cas précité, j'ai soigneusement examiné, interrogé le malade, en vue de savoir si sa première crise épileptique n'avait pas été précédée de tels ou tels phénomènes, et jamais je n’ai obtenu de lui que des réponses formellement négatives.
De même, il me serait facile, Messieurs, de vous citer plusieurs observations dans lesquelles la syphilis cérébrale a débuté, débuté réellement, dans toute l’acception du mot, par d’autres symptômes d'ordre épileptique. Il n’est pas à nier que, dans un certain nombre de cas, l’invasion de la diathèse dans le cerveau se fasse originairement par des manifestations du genre de celles qui constituent le petitmal, c’est-à-dire par des vertiges, des absences, des spasmes musculaires, des impulsions soudaines, des troubles psychiques variés d'ordre comital, etc., etc.
Interrogez à ce propos un de nos malades actuels, couché au n° 19 de la salle Saint-Louis ; il vous racontera que le début de sa maladie a été marqué par une série de « petites crises », comme il les appelle, consistant simplement en ceci : douleur soudaine apparaissant dans un membre et s’irradiant ensuite dans toute la moitié correspondante du corps; crampes musculaires ; vertiges, bruissements d'oreilles et obnubilation passagère de la connaissance.
Mais si de tels faits sont possibles et avérés, ils sont loin de constituer la règle. Tout au contraire, ils sont relativement peu communs; et, quand on analyse de près l’évolution clinique de la syphilis cérébrale à forme
158 FORME ÉPILEPTIQUE épileptique, on constate que le plus souvent les phénomènes d'épilepsie, quelque forme d’ailleurs qu'ils affectent originairement, sont précédés à distance variable par tels ou tels autres phénomènes qui leur servent de prodromes.
Quels sont ces prodromes ?
Variables d'intensité, ils consistent le plus souvent (sans parler de la céphalée à laquelle je réserve une mention spéciale) en des troubles d'ordre con-
gestif, tels que : malaise cérébral vague; — lourdeur de tète; — tendance au sommeil; — aptitude moindre aux travaux de l'esprit ; — lassitude, dimi-
nution des forces, fatigue musculaire, etc.
Fréquemment encore, l'invasion des phénomènes épileptiques est précédée par un #rouble notable de la santé générale : päleur du visage, décoloration des téguments, expression de langueur sur la physionomie et dans l'habitude extérieure, diminution d’appétit, amaigrissement, ete., tous phénomènes qu'aucune lésion viscérale, aucune cause saisissable ne vient expliquer. Remarquez bien, Messieurs, je vous prie, ces troubles généraux dont je ne vous parle ici que pour la première fois, mais sur lesquels j'aurai à revenir bien souvent. Ce sont là des phénomènes qui, dans bon nombre de cas, accompagnent la syphilis cérébrale à ses débuts et qui constituent ce qu'on a appelé l’anémie cérébrale (comprenez : de provenance cérébrale); dénomination qui, si elle n’exposait pas à une erreur de mots, serait parfaitement juste à mon gré, car l'espèce d'anémie qu'elle caractérise se rattache certainement comme origine aux troubles des centres nerveux.
Ce qu'il y a de curieux dans cette anémie cérébrale,